P. fi.l
4. I^s idi'-es de Diderot sur le miracle ont éti' aussi rrfutôes par Vernet, au t. IV de son apologie, p. 217. V. infra p. SSO.
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L ENCYCLOPEDIE
En 1759 Boullier inséra dans ses « Pièces philosophiques et littéraires » des Observations, où il soutenait que la beauté de la Nature apparaîtrait même à un aveugle par les sens autres que la vue, dans l'harmonie des sons, dans les rapports géométriques, le mécanisme des organes. 11 y pourrait trouver la preuve de Dieu(l). Le témoignage des voyants lui suffirait à la rigueur : il conçoit bien l'astronomie et les lois de la lumière sur un simple témoignage. L'aveugle sera même plus naturellement spiritualiste que le voyant, car connaissant moins de qualités de la matière, il sera moins enclin à croire qu'elle pense (2).
Si le scandale causé par les opuscules du père de l'Encyclopédie s'explique aisément, la réprobation soulevée par le livre des Mœurs nous étonne. C'est un honnête recueil de réflexions morales assez médiocres. On n'ose pas, à propos de Toussaint, rappeler La Bruyère ou Nicole ; il est vraiment trop loin d'eux. Seulement ce médiocre, placé en plein courant du siècle, traite de la morale comme si elle se suffisait à elle-même, et, avec la même énergie que ses chefs de file, réhabilite la nature et « canonise les passions » (3). Sans lui consacrer de réfutation en forme, presque tous les apologètes lui décocheront quelques traits.
Formey (4), après avoir critiqué Diderot, s'en prend à ce moraliste qui insiste avec une complaisance suspecte sur l'amour et ses plaisirs, et qui laisse entendre qu'il rejette la révélation. « On « dirait que Fexpérience a démontré que les hommes peuvent « avoir des mœurs sans le secours de la révélation et c'est pour- « tant tout le contraire ; car il ne s'agit pas de quelques partiel culiers ; il s'agit des nations entières dont personne n'ignore « l'état corrompu avant le christianisme. C'est un étrange artifice « que celui dont les déistes se servent perpétuellement. Ils em- « pruntent de la révélation ce qu'elle a de plus beau, de plus « pur, de plus lumineux et vous disent ensuite : voilà la nature... « elle vous suflit, vous n'avez pas besoin de la religion. Et d'où