Toussaint et la morale indépendante
1. C'est l'avis de P. Villey : « La cécit? n'appoiie aucun argument inédit en faveur de l'athéisme... comme si les yeux étaient nécessaires pour mesurer ce qu'il y a d'ordre dans la nature ». — A propos de la Lettre sur les aveugles. R. du XVIII'' siècle, oct.-déc. 1913, p. 427.
2. Boullier croit que la Lettre a pour objet de rendre douteuses les vérités géométriques. Hormis l'hypothèse matérialiste, l'idée de Diderot est qu'il faut croire la raison plutôt que les sens, puisque l'aveugle ordinajre à qui l'on rend la vue ne reconnaîtra pas un cercle ou un cube qu'il connaît par le seul toucher, tandis que l'aveugle géomètre les identifiera plus aisément.
.3. L'expression est de lielsunce, dans son lnslruc,tion pastorale de 1753. Le 6 mai 1748 le Parlement avait condamné « les Mœurs ».
4. Essai de critique sur le livre des Mœurs; à la suite des Pensées raisonnables.
a ont-ils tiré ces règles admirables, ces principes salutaires si ce « n'est de l'évangile ? » (1).
6- — Buflfon Au moment où « les Mœurs » libéraient la morale, Buffoii et la physi- nffranchissait ce qu'on appelait d'un terme général « la phyque indé- sique ».
pendante lç 15 janvier 1751 la Sorbonne censure 14 propositions de
Vllistoire naturelle et demande une rétractatioii. Le 12 mars, le savant donne par lettre des « explications » sur les points censurés : il avait fait une pure supjîosition philosophique. Le 4 mai la Sorbonne se déclare satisfaite. Mais l'abbé Duhamel (2), outré de cette complaisance, publie les Lettres d'un philosophe à un Docteur de Sorbonne sur les explications de M. de Buffon (3) pour s'étonner « qu'il se tienne constamment dans les bornes du ( déisme... que la Faculté n'entreprenne pas de l'en faire sortir <i et ne lui apprenne pas à parler et à penser, leçon dont il a « grand besoin, car il s'en faut de beaucouj) qu'il ne connaisse « toutes les choses sur lesquelles il entreprend de décider » (4).
Tel est le ton sur lequel les hommes d'Eglise parlent encore des savants.
Duhamel dénonce les erreurs sans les réfuter. Son ouvrage est fait pour blâmer les juges tout autant que le condamné.
Mais l'oratorien dk Lig.nac (5), sans culture préalable autre que la connaissance de la Genèse, eut le beau courage d'écrire une réfutation générale de Buffon, la plus com])lète qui ait paru (()). L'ignorance du public sur des matières aussi neuves que la forn^.ation de la terre excuse l'audace de l'abbé, puisqu'on attribua sérieusement son ouvrage à Réaumur.
1. Ce reproche soulève un problème insoluble. Il est à jamais impossible de savoir si, sans le christianisme, le philosophe ancien qui hésitait à soigner un esclave malade, fût devenu au cours des siècles SI Viitceiil de Paul ou Lincoln.
2. Né à Lille en 1700, mort en 1709, plus connu comme auteur des Lettres Paniandcs (1752).