‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 224 sur 397 · Strasbourg 8" s. d. (17.")1) an. ; rééd · texte numérisé non relu

Strasbourg 8" s. d. (17.")1) an. ; rééd

5. Le Large, abbé de Lignac (1710-62) resta fidèle à De/srartes, au temps où le sensualisme triomphait. Il a écrit une ^^claphl|siq^le lirce de l'expérience, Paris 1752, 12, un H.i(tnien sérieux et conii<iue des discours sur '■■ VEspril «, Amst. 1759, 2 V. 8", contre Uelvéiius, et />c témoignage du sens inlimc et de l'expérience opposé à la foi profane et ridicule des fatalistes modernes Auxerrc 1700, .3 V. 12, contre les Encyclopédistes et contre le déterminisme en général. C'est un esprit de valeur, digne de l'Oratoire, qu'il quitta pour des laisons inconnues. V. Ollé-Laprune : « Malebranchc •> t. II, 209. Le Goff. : Thèse, Paris 1805.

0. Lettres à un amériquain sur l'histoire naturelle générale et particulière de M. de Buffon, Hambourg 1751, 3 v. 10 (an.). Sur ces controverses pseudo-scientifiques, V. Mornet : « Les sciences de la na,ture en France au xv!!!» siècle », Colin 1911, in-16.

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Dans ce conflit deux méthodes se heurtent : celle d'observation, celle d'autorité (1) ; et deux philosophies, le naturalisme et le supranaturalisme, s'affrontent sans issue. Lignac voit nettement les tendances a-religieuses de la science nouvelle : ne faire intervenir aucune cause hors de la nature, c'est-à-dire omettre l'hypothèse Dieu, observer simplement les faits sans se préoccuper des autorités antérieures, exténuer les différences entre les èfres, pour montrer le passage de l'un à l'autre par des gradations insensibles, fortifier le matérialisme en expliquant généralement le supérieur par l'inférieur, notamment en favorisant l'hypothèse de la génération spontanée (2).

La lutte essentielle se livre autour du Déluge. Les observations de BufTon l'ont conduit à penser qu'il fallut des milliers d'années pour constituer les terrains ; l'amalgame de débris d'animaux avec les roches ne peut être l'œuvre d'une inondation passagère ; l'origine et la disparition de cette masse d'eau serait d'ailleurs inexplicable. Tous les terrains à fossiles, y compris les terrains montagneux, ont été déposés par la mer. Leurs inégalités proviennent de l'action des vents et des marées. La mer, rongeant ses bords et son fond, a lentement mêlé des éléments minéraux avec des déchets organiques. C'est parce qu'elle creuse son lit qu'elle a découvert les montagnes. Son travail d'érosion est bien visible sur les côtes : un trou de 16 pieds dans la falaise du Tréport est effacé en 30 ans. La force des courants qui la traversent est telle que nous trouvons dans notre sol des fougères apportées des Indes.

A cet essai, encore bien boiteux, d'une explication naturelle, de Lignac oppose l'hypothèse d'une dilution générale de la surface terrestre par le Déluge, balayant tout ce qui a vie. Avec ces matériaux de l'ancien monde Dieu en reconstruit un nouveau, auquel il donne des aspérités pour marquer que c'est une terre de châtiment (3).

1. Le temps énorme que demande le système de Buffoii sur la formation du monde prouve sa fausseté. Buffon ne doit pas se donner cent mille ans de plus. « Qui vous le défend ? la révélation ; ce que Dieu vous déclare lui-même dans « ses livres saints, que les poissons n'ont point existé avant (jue la terre fût <i hors des eaux et qu'elle fût revêtue d'arbres et de plantes >>. 20.

2. Buffon ne vise pas à renverser le christianisme, mais <• les matérialistes regardent son énorme préface comme l'anti-Polignac et comme le rétablissement de l'épicurisme. Ils ont tort assurément ». 5. Le hasard d'Epicure était renvplacé par l'attraction.

3. N'oublions pas que jusqu'aux temps du romantisme la montagne, qui est pour nous source de joie et de beauté, ne laisse à nos Français qu'une impression de terreur. Dans la vallée, — car ils ne montent pas sur les sommets, — ils ont littéralement peur de voir les rocs « pendants » leur tomber sur la tête. Voir à ce sujet la curieuse inscription en vers gravée par deux fonctionnaires

Sur ce problème des montagnes, les arguments des deux auteurs Ijortent à faux comme des coups d'aveugles, parce qu'ils ne soupçonnent pas les convulsions et les plissements de l'écorce terrestre. Buffon rapporte les failles au dessèchement du sol. Mais pendant qu'il s'exténue à expliquer les hauteurs par l'usure des siècles, Lignac les construit lestement à coups de miracles ; et, par le même procédé, il assemble et fait disparaître les eaux diluviennes.

Bien plus que les apologies théologi(pies, une telle défense de la Genèse mettait à nu la faiblesse du christianisme traditionnel, au moins sur des questions où l'autorité n'a que faire et où ses docteurs s'obstinaient à dogmatiser.

7. -Montes- i^q progrès de l'irréligion ouvrit les yeux sur des impiétés jadis quieu inaperçues. Montesquieu et Baijle excitèrent chez certains ecclél'inipie siastiques des colères d'autant plus véhémentes qu'elles étaient plus tardives. L'abbé J.-B. Gaultier constate avec douleur que les Lettres persanes n'ont été llétries par personne : « je ne puis « l'attribuer qu'aux circonstances du temps où elles ont été i)u- « bliées. Alors, on ne pensait qu'à la bulle Unigenitus. A la faveur « des troubles qui nous agitaient, les impies ont écrit et on les a (k négligés. On sent aujourd'hui combien on leur a laissé prendre « de terrain et l'on commence à en être alarmé » (1).

Pour le cas où l'on voudrait censurer ces dangereuses Lettres, Gaultier en extrait le venin. Sa critique ressemble au rapport d'un censeur chargé de relever des propositions téméraires. 11 a un œil de lynx pour les discerner, là même où nous n'en verrions pas. Il essaie de les réfuter, mais c'est en opposant une aflirmation à une autre. Les attributs de Dieu ne se concilient pas. — Si, mais nous ignorons comment. — Le monde a vraisemblablement plus de (5.000 ans. — La Bible ne le dit pas. — Les modernes ont mieux débrouillé que Moïse la formation du monde, par la mécani([ue. — Le fiat est bien plus noble. — Le célibat religieux nuit à la population. — « A de tels discours, que répondre ? rien du tout : avec des pourceaux on se tait » (2).

Dans son excellente Instruction pastorale de 17.').'} ('^), si vive, claire et concentrée, Helsunce s'en prend très i)articulièrement à

(lu XVMI'" sii'clc sur un rocher de l:i valh'c de (Utiuiniic. un peu iii amoni du pont Napoh'-on.

1. Les Lrl 1res persanes coiwaincucs d'impictc s. 1. pel. iii-12, IT.'.l, p. II.

■2. V. lo:!.

3. Inslruclion pastorale de Mtjr l'évèque de Marseille sur rincrùdulité, Marseille 12.

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Montesquieu dont il cite les livres à côté d'oeuvres matérialistes comme « l'Histoire naturelle de l'homme ». C'est que quelquesunes de ses thèses sont aussi redoutables que l'apologie des passions ou la négation de la loi morale, particulièrement celle de la relativité des religions à l'égard du climat. Comme si le christianisme n'avait pas fleuri aux lieux où Mahomet règne ! L'évêque fait aussi bonne justice de la naïve légende des sauvages heureux, sur laquelle ont vécu nos philosophes et leur descendance. Il en excepte au moins les femmes des Indiens qu'on brûle sur le bûcher de leurs époux.

Un autre Gautier, prêtre de la congrégation de St-Sauveur, 8. — Miraqui devint professeur de mathématiques et d'histoire des Cadets baud et la de Stanislas, dénonça un manuscrit qu'il appelle le Celse mo- thèse de derne et qui circulait au moins depuis 1740 sous le titre de : l'illusion Existence de la foi chrétienne, ou Motifs pressants pour exciter la foi des chrétiens et pour leur en faire fréquemment produire les actes. M. Lanson l'a identifié avec les Opuscules de Mirabaud, publiés par Xaigeon en 1769 : « Opinions des anciens sur les Juifs, Eé flexions impartiales sur l'éuangile » (1). Cet ouvrage est une critique très fouillée de tous les points faibles des évangiles. C'est, à notre connaissance, le relevé le plus complet qu'on en eût encore fait à l'usage de notre public. Gautier ne se méprend pas sur les mérites de l'auteur. « Il a, dit-il, plus de finesse que <c Collins, plus de profondeur que Woolston, plus de méthode que « Tyndal » (2). 11 infirme d'abord la valeur historique du N. T. en exploitant Mill et Dodivell (3), il passe à l'examen du fait, douteux pour toutes les raisons qu'il énumère(4), à l'examen du dogme qui tombe avec le fait ; la morale de J.-C. n'est pas nouvelle, ses prédictions sont rédigées après l'événement, ses raisonnements sont faux ou captieux.

1. Lond. 8°. V. Lanson, R. h. 1. avr. 1912, On sait que Mirabaud riG75-17B0) ancien militaire, ancien oratorien, fut précepteur des filles de la duc\liessc d'Orléans cl secrétaire perpétuel de l'Académie (1712j. D'Holbach publia sous son nom le Sysitéme de la nature.

2. Réfutation du Celse moderne, ou Objections contre le christianisme ave& des réponses, Lunéville et Paris 1752, 12 p. III, rééd. 1765, 8°. Cette réfutation» trop faible, avait été interdite à Nancy (V. Quérard).

3. Le Nouveau Testament de Mill était précédé de Prolégomènes utiles pour l'histoire du Canon. — Henry Dodwell (1641-1711) théologien, quelques années professeur d'histoire à Oxford (1688-91) avait publié en 1681 une dissertation sur les fragments def Sanchoniaton, et en 1682 des Dissertations sur S. Cyprien, où il plaçait la rédaction des évangiles sous Trajan.

4. L'obscurité de J.-C, le refus des juifs de croire en lui, le silence inouï de Philon et de Joscphc, qui parle pourtant de Jean Baptiste, l'absurdité criante de l'histoire des mages etc..

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(iautier répond faiblement à l'objection tirée des deux généaloijies du Christ : les juifs, dit-il, ne se sont jamais prévalus de leur désaccord, il est donc imaginaire. Matthieu a sans doute omis des générations que ses contemporains connaissaient (1). En présence des doutes que fait naître la constitution tâtonnante du Canon, il allirme hardiment : le canon date du jour où Jean écrivit son cvangile pour compléter les synoptiques connus depuis 30 ans (2). Quand Mirabaud reproche à Jésus d'avoir renversé les lois en soustrayant la femme adultère au châtiment prescrit, il répond que les pharisiens n'avaient pas le droit légal d'être ses juges. La critique et la réponse portent bien la date d'un temps étranger aux choses de l'âme (3). Pour prouver que Jésus était connu sous Claude à Rome, il invoque Suétone et Tacite qui le montrent connu sous Néron (4).

Mais il se relève quand Mirabaud, préludant aux exagérations énormes mais plaisantes de Voltaire, s'exerce à ravaler les Juifs, la nation la plus méprisable, d'une imbécile crédulité (5). Il les montre austèrement prosternés devant le seul vrai Dieu au milieu de l'efï'royable corruption des autres peuples. L'accusation de fanatisme, portée contre eux par des païens pleins eux-mêmes de superstitions, n'a aucune valeur.

Mirabaud faisait une large part à l'hypothèse de l'illusion : les miracles du Christ n'ont peut-être existé que dans l'imagination des disciples. A quoi Gautier répond : les dons de l'Esprit que Paul réglemente chez les Corinthiens (6) ne sont pas une illusion ; de même sa conversion et ses propres miracles qu'il invoque. Il voit le parti que l'on peut tirer des épîtres incontestées, qui renferment, dit-il, les mêmes dogmes et la même morale que les évangiles (7). L'adversaire connaît bien la voie d'eau de la barque chrétienne : l'intervalle qui sépare les faits évangéliques de la rédaction des évangiles, et il essaie de l'élargir, (iautier la bouche aussitôt avec les épitres.

Tout compte fait, l'ouvrage de Mirabaud marciue un progrès de la critique : la thèse de l'illusion fait son chemin dans les esprits.

5. Mirabaud est prosqiu' toujours srricux cl forl. Gautier ne Ir rappelle qu'une seule fois à l'exact ilude. Jésus a refusé 2 fois de faire des niij-hcles devant les pharisiens. « Cependant le Celse moderne assure que la demande des pharisiens y est plus de 10 fois. Il y a des {jcns qui ont, pour ainsi dire, une imagination à facettes ». 152.

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