‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 228 sur 397 · Part. III. sect · texte numérisé non relu

Part. III. sect

4. S. n. n. L (Douay) 12. V. Trév. 1738, p. 1109 et Xoiiv. Mém. de l'abbé d'Artigny, t. II, 272. Le Febvre (1G94-17.")5) enseigna la philosophie à Douai, dirigea le séminaire de Beuvrages et mourut à Valenciennes. Raynal reconnaît qu'il a souvent raison dans sa « maussade critique », « mais comme un sot peut l'avoir avec un homme d'esprit... un docteur avec un philosophe ». Corresp. de (irimiii etc.. éd. Tourneux, t. I p. 81 sq, La Bibliothèque française, journal indéiiendant, se moque de l'idée que Bayle est dangereux : « Nous ne pouvons résister à la tentation de croire que tout cela n'est qu'une ironie ». [61] 1739, t. 28 p. 29(1.

Le bibliothécaire tire pudiquement le rideau sur îe Dictionnaire critiqnc à l'arrivée du docteur. Celui-ci fulmine contre les ouvrafjes de Bayle, mais l'autre de répliquer : ils ne doivent pas être si pernicieux, « autrement se pourrait-il faire que nul de ses « lecteurs ne se fût récrié, ne les eût dénoncés aux évêques et « n'eût tâché de les faire proscrire ? » (1). Le docteur allirme bien que les vrais catholiques ont jeté les hauts cris, témoin l'auteur des Abns de la critique en matière de religion. — Oui, mais les évêques ne l'ont pas interdit.

Le docteur dessille les yeux de l'abbé, et leurs entretiens nous aj)prennent que Bayle est obscène, i)yrrhonien, mauvais critique, mauvais raisonneur. C'est sur le ton d'un capucin, non d'un jésuite, que Le Febvre appelle ses ouvrages « un repaire affreux de reptiles impurs » (2). « On dirait qu'il a voulu que ses livres « fussent comme le répertoire de toutes les ordures (pour ne rien « dire de pis) dont les libertins d'une certaine trempe assaison- « nent leurs conversations » (3). C'est un aventurier, un nouveau Fiabelais, plein « de raisonnements louches, de sophismes grossiers « (4).

A vrai dire Le Febvre ne le réfute guère, mais sa diatribe est un témoignage intéressant du revirement qui s'opère chez les chrétiens catholiques et aussi de l'action persistante de Bayle sur les mondains (5).

L'élan était donné, les censures sinon les réfutations se nndtiplient(G). En 1740 paraît la traduction française des Thèses de

2. P. 25. Raynal disait du livre dp Le Febvre : « l'ospril monacal s'y fait sentir à chaque ligne » loc. cit.

.1. P. ir>.

fi. V. les joyeux compagnons qui veulent entraîner avec eux l'Anli-JUiijle (Le Febvre) pour ie tourner en dérision (3'' entretien). « L'Anatomiie » fut réfutée dans les Lettres chinoises ; Le Fehvre y est traité « d'avorton théologique ». 11 riposta par 2 réponses : Clef <lii cabinet de Verdun, mai 1741 et sept. 174*2. A la 3'' édition de son ouvrage, il ajouta des Fnirelicns sur la raison, suite de la critif/ue des ouvrages de Bayle, Paris 1747. 8". I^ véracité divine, qui nous garantit l'existence des objets extérieurs, nous garantit aussi la vérité des mystères.

fi. A côté des critiques que nous étudions il faut mentionner : en 171(1, Jamet : « Lettres critiques sur le (joùt et la doctrine de liaijle », 8" ; <( Proniptuaire de la métaphysique du Dictionnaire de Bayle », s. 1. 12. 1743, André- .Toseph Panckouckc : « Essais sur les pliilusophcs on les éqarements de la raison sons la foi •, Anist. 12 ; 1745 et 174fl, Poliqnac : « Anti-Lucrèce », 2 v. 8" ; 1753. — Anonyme : « La folie des prétendus esprits forts, des impies, des indifférents et des séparatistes dévoilée par divers auteurs », Berlin, 2 v. 12. C'est une anthologie ap(>logé1i(|ue contre les incrédules et les protestants. Elle contient une réfulalion du jiaradoxe de l'alhéisme préférable à la superstition. Si jus(|u'à jirésenf les efTels de la superstition ont été plus fâcheux que ceux de l'athéisme, c'est que les athées sont peu nombreux. I^> su])erstilion n'affaiblit pas conmie l'athéisine les fondements de la société (f. I).

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A l'eN'CYCLOPÉDIE 319

atheismo et siiperstitione de Biiddée, dirigées à la fois contre Bayle et contre Spinoza (1) ; en 1748 deux in-folio de Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle par l'abbé Louis Philippe Joly{2). Ce sont des observations de détail qui laissent entières les idées du livre. Joly n'ose pas s'attaquer aux grands sujets, surtout pas au plus grand, le problème du mal ; il se contente de renvoyer aux réfutateurs précédents. Nous rencontrerons ainsi plus tard des réfutateurs de Voltaire qui croiront ruiner son action en i^ointant ses erreurs de dates.

Chauffepié (3) insère dans divers articles de son Dictionnaire cette critique des idées bayliennes qu'on cherche vainement dans Joly. A l'article Pijrrhon, il démasque la fraude de Bayle vantant le pyrrhonisme comme le vestibule de la foi (4). A l'article Manichéens il s'efforce de montrer que le manichéisme satisfait moins la raison que l'unité de Dieu. Pour qu'une hypothèse soit bonne, Bayle demande justement : 1° — que les idées en soient distinctes ; 2° — qu'elle rende raison des expériences. Or l'existence de deux principes n'est pas une idée distincte. Une hypothèse plus satisfaisante que la construction en commun d'un monde où les deux principes mêlent du leur, serait la division du chaos en 2 domaines où chacun régnerait séparément. D'autre part l'expérience ne semble pas montrer une proportion exacte de bien et de mal dans le monde.

Le mal, dit Bayle, compromet les perfections de Dieu. — Il n'y a sur ces perfections d'autres nuages que ceux qu'élève notre ignorance. Les révolutions de Jupiter et de Saturne sont plus longues. Pourquoi ? Dirons-nous que c'est un désordre ? la ques-

1. « Traité de l'athéisme et de la superstition, avec des remarques historiques et philosophiques, tr. en fr. par L. Philon et mis au jour par J. Chr. Fischer », Amst. 8°.

2. Paris et Dijon. La l'^ partie (de A à F) fut réimprimée en 1752, ib. foL L'abbé Joly (1680-1755) était fort peu théologien. Il a laissé un Traité de la versification et des ouvrages en vers dans l'édition de 1751 du Dictionnaire de Richelet, édité les poésies de la Monnaye (1745), la Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, du chanoine Papillon, etc.. Ses remarques sur les articles capitaux du Dictionnaire de Bayle : Adam, Abraham, David. Manichéens, Marcionites, Pauliciens, ne touchent pas au fond des questions.

3. Chauffepié (1702-8Ci pasteur à Amsterdam pendant 43 ans, fut aussi estimé comme prédicateur que comme érudit. Il a laissé des Sermons (175G) et un Tableau des vertus chrétiennes 1.1760». Son Souvettu dictionnaire historique et critique pour servir de supplément ou de continuation au Dictionnaire de M. P. Bayle, Amst. 1750-56, 4 fol., renferme environ 500 articles originaux sur 1400.

4. « Si le pyrrhonisme peut conduire à la foi aveugle... s'ensuit-il de là qu'il peut conduire à une foi éclairée, à une foi qui ait des fondements solides ?» t. III. 260 n. E. Comme l'a dit Crousaz, comment couvert irez-vous les Indiens ? « Vous contenlerez-vous de prier Dieu qu'il répande sur eux le même esprit dont il vous a fait part ? » C'est par la prédication que l'évangile s'est établi. Il est impossible de distinguer du fanatisme la foi duc à la grâce seule.

lion est oiseuse, nous ne savons pas. — Mais si Dieu est bon, pourquoi l'homme libre ? — Bayle prouve trop car la bonté de Dieu exigerait alors qu'il fit aux créatures tout le bien qu'il pouvait (1).

En 1755, de Marsy vulgarisait les opinions hardies du célèbre critique dans son Analyse ruisonnée des œuvres de Bayle, qui le lit mettre à la Bastille. Il condensait en 4 volumes in-12 toute la substance active de sa grande œuvre. I.e Journal de Trévoux s'émut et réclama un apologiste de bonne volonté (2).

L'abbé Gaucuat répondit à cet appel. 11 venait de commencer la publication de ses Lettres eritiques ou analyse et réfutation de divers éerits modernes eontre la religion (3), qui sont une des entreprises d'apologétique le mieux suivies et le plus considérables du siècle. L'année suivante, dans les tomes V, VI et VII, il s'ac(juitta de la tâche projîosée, mais très faiblement car sa réfutation porte constamment à faux.

Il proclame l'insuflisance de la raison pour nous conduire à Dieu et à la religion, sans considérer que Bayle abonderait dans son sens. Il démontre a priori que les jugements spéculatifs inlluent sur les mœurs (4), alors que la (piestion ne peut être tranchée que par l'expérience et qu'il faudrait opposer aux exemples négatifs invoqués par Bayle des faits plus nombreux et plus généraux. Il ne comprend pas plus que ChaufTe])ié que le manichéisme ne représente nullement roi)inion du critique, et il s'emploie à réfuter une hypothèse jugée i)ar Bayle simplement un peu moins absurde que la notion chrétienne d'un Dieu bon auteur du mal. Pour justifier la liberté donnée à l'homme il redit l'argument classique : un hommage libre relève la gloire de Dieu (5). Les chrétiens assignaient la prospérité et l'étendue de leur religion comme marque de vérité, Bayle leur opposa l'extension du mahométisme. Gauchat subtilise le sens du mot étendue : il s'agit d'une « étendue de vocation » ; alors que le judaïsme était cantonné dans une famille, le christianisme s'étend à toute la terre en

1. T. m, p. 18 (le l!» lettre M. Voir suitout p. 23, n. III, 2' colonne.

2. " Il y a environ 20 ans (ju'on entreprit dans nos Mémoires une espèce de « justification suivie des PP. de l'Eglise calomniés par Bayle... Peut être ([u'à « l'occasion de cette nou;%'ello Analyse quelqu'évrivain zélé reprendra le fil de « ces apologies » (mai 1755). Le journal la réfuta lui-même dans ses numéi-os (l'avril, mai, juin. Grinim écrivait en mars (jue ])ersonne ne daignait regarder r<euvre de de Marsy. Il ne l'avait sans doute pas ouverte. Corresp. II, 50t.

;{. Paris 1755-('):{, 1!) v. 12. L'auteur, né à Ix)U,hans en 1709, était abbé de St-.Ican de Falaise. II consacra sa iilume à combattre les i^uiédules. C'est un écrivain facile mais sans profondeur.

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