‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 237 sur 397 · P. 56. Cf. c · texte numérisé non relu

P. 56. Cf. c

7. Il redoute ceux qui aspirent « à vivre d'Esprit et de Lumière intérieure comme les théologiens avaient vécu de raisonnement et de raison i, et qui veulent « ôter la religion de la tête pour la mettre dans le cœur ». 395.

La vertu Mais il touche du doigt les points faibles du christianisme ratio-

morale italistc : l'expérience n'est pas favorable à Huber. des dogmes Sa religion est trop abstraite, elle oublie « par quels principes >' les honunes peuvent être ébranlés et conduits « (1) et la vie des déistes ne plaide pas en faveur du déisme. L'utilité est signe de vérité ? fort bien : l'expérience prouve l'utilité des dogmes et des mystères pour rendre les hommes plus solidement vertueux. La considération de ces grandes idées et des desseins de Dieu élève l'âme qui s'en ressent toute. La reconnaissance que nous inspire l'œuvre de la rédemption, l'horreur du péché qu'inspire la mort de Jésus, l'assurance que sa résurrection nous donne, les secours qu'il promet nous attachent si fermement au bien « que les lumières naturelles toutes seules ne sauraient jamais produire rien de semblable » (2). L'exclusion des mystères ne supprimerait pas les disputes : le Judaïsme qui ne les avait pas était déchiré par les sectes (3).

Enfin la religion essentielle, réduite à ce que tout homme peut trouver en soi par la réflexion, annule la révélation écrite. Juifs, mahométans et chrétiens convenant sur le fond de la religion, il est indifférent que l'on soit l'un ou l'autre (4).

L'eflicacité morale des dogmes est aussi l'argument dirigé par BoiLLiKu(5) contre l'utilitarisme d'Huber.

La pratique du ministère donne à ce pasteur une connaissance des âmes qui manque un peu à la femme de cabinet qu'était notre logicienne. 11 ne sait peut-être pas que les dogmes sont la jjrojection théologique ou mythologique de vérités morales profondes ; à coup sûr il le sent. La doctrine de Marie Huber a en effet tous les défauts du rationalisme à ses débuts. Pour adoucir le christianisme, elle tire des déductions logiques de la bonté de Dieu, sans troj) d'égard aux lois psychologiques. Ainsi dans son ardent désir d'assurer même aux vicieux la félicité éternelle, elle avance que la seule vue du ])aradis les guérira comme par enchantement. Mais BouUier sait mieux (|u'elle la lenteur des cures morales. Il ne sufTlt pas de nous détromper des faux biens pour guérir l'âme. « La foi en tant que principe de sanctification est moins un « jugement actuel de l'esprit qu'une habitude du cœur formée « i)eu à peu i)ar le concours de la volonté » (6).

Page 1