Apologie de l'abbé de F^rades. Ainsi
3. Examen de l'Apologie de M. 'l'abbé de Prades s. 1. 17ô3, 8".
4. Examen de la thèse de l'abbé de Prades et Observations sur son Apologie (an.) Amst. 175.3, 12.
5. Mandement de l'évégiie de Montauban au sujet de la rétractation de l'abbé de Prades. Montauban 1/54.
6. La religion vengée des impiétés de la Thèse et de l'Apologie de M. l'abbé de Prades. ou recueil de 9 écrits contre ces deux pièces et conire les impiétés' des libertins de notre siècle. Montauban 1754, 12.
7. L'écossais Ilooke (1710-96), professeur à la Sorbonne, maître de Prades et président de la soutenance de sa thèse, pensait que la relij^ion révélée est un simple développement de la relif^ion naturelle. lieligionis nuturalis. revehitœ et cutholicie principia. 1754, 8".
Pezroii. Il parle sans égards des Pères et conteste enlin nettement l'infaillibilité du pape.
L'émoi se justiliait. Même en faisant la part de la réaction convulsive du christianisme blessé, de l'envie jésuite, de l'empressement du clergé à frapper celui des Encyclopédistes qu'il pouvait le mieux atteindre, il reste que tous les critiques de la thèse ont senti la portée de ses concessions. C'est l'intrusion de l'esprit du siècle dans l'Eglise (1).
/ Au moment où le matérialisme commence à dogmatiser (2), de Prades adopte la philosophie dont, à raison ou à tort, on le croit sorti. En histoire, il donne la main à Deslandes et à tous ceux qui afïaiblissent la valeur d'un témoignage lointain et unilatéral. En critique biblique, il émet l'idée que les 3 chronologies qu'on peut tirer du texte de Moïse y ont été introduites après coup. On en retiendra le principe de l'altération possible de l'Ecriture. En théologie, il n'admet pas le double sens de l'économie mosaïque et, par son apologie de la religion naturelle, exténue le rôle du Christ. Sa défection sur tous ces i)oints mar{juait un recul général de la défense catholique.
Levée de Deux hérésies indignèrent particulièrement les autorités civiles
boucliers et ecclésiastiques : le sensualisme et la notion d'un « état de générale nature » qui anéantissait le péché et fondait l'égalité des hommes. La Censure de la Sorbonne (3) critique l'expression « subsîantiam igneam » appliquée à l'âme, l'afTirmation de l'égalité naturelle, la suspicion jetée sur le Pentateuque (4), sur les faits attestés par deux ou trois témoins, le rejet de la ])reuve par les miracles et le méi)ris des Pères (5). Cayliis affirme la chute (G), le droit divin des rois, l'origine surnaturelle et non empirique de la loi
1. Prades n'était pas le seul ecclésiastique atteint par cet esprit. En 1752 le jeune Loménie de lirienne, âgé de 2ô ans, admettait dans sa thèse de doctorat le sensualisme, l'éternité du monde et que l'autorité d^es princes vient en partie du peuple. H était lié avec d'Alemhert, Turbot, Morellet.
2. Lametirie : Histoire luitarelle de l'âme 1715 ; — l'Homme machine 1718 ; — Vénus métaphysique ou de l'Origine de l'Ame 1~'A.
.^. C.hris.tophe de Beaumont dans son Mandement ne fit que la dévelcppor.
4. Par les doutes émis au sujet de la chronologie, et quand Prades insinue que Moïse ne prévoyait que des peines temporelles.
.5. Prades estime que leurs raisonnements ne sont pas contraignants.
6. « Dans cet état de nature pure, tel qu'on le suppose et que les incrédules « ont intention de le réaliser, l'homme n'aurait point reçu de Dieu des dons « surnaturels et par conséquent n'aurait pu en être dépouillé : il aurai,! été « sujet à la mort, aux maladies et aux autres misèr-es de la vie comme nous le '( sommes à présent, et cela sans être coupable, parce qu'il n'y aurait point eu « de péché originel « p. 41. V. sur cette hypothèse de ■ l'état de nature • Portails : « I>e l'usaije et de l'abus de l'esprit philosophique durnnl le xvm'' ."îiécle ... 3' éd. Paris Ifi.TI, 2 v. 8" ; t. II, 228 sq.
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morale, la nécessité de la foi en J.-C. (1) ; il exhorte avec émotion le clergé à lutter contre les incrédules, au moyen de l'apologie par les faits. Mais il se contente de dresser les vérités orthodoxes en face des erreurs, sans réfuter à proprement parler ces dernières.
L'Arrêt du Parlement juge fort sainement que l'inculpé soumet la foi à la raison et la raison aux sens (2), qu'il attribue une origine empirique à la société, aux lois, à la conscience (3), qu'il affaiblit les preuves victorieuses de la religion. Mais le magistrat devient téméraire quand il arrête que la plus ancienne histoire certaine des Chinois ne remonte qu'au ix*" siècle avant J.-C. Il est surtout ému par la monstrueuse égalité naturelle. « Pour lui « (l'abbé) toute supériorité est une usurpation, toute domination « une tyrannie... Les rois mêmes, si l'on ose le penser, ne seraient « pas à l'abri de la vengeance de leurs sujets » (4).
Ce spectre de l'égalité a épouvanté Verthamon qui présage la fin du monde. La thèse « confondant tous les états et toutes les f« conditions traite la subordination de droit barbare, l'obéissance « de faiblesse, la principauté de tyrannie... Jusqu'ici l'enfer avait « vomi son venin pour ainsi dire goutte à goutte ; aujourd'hui « ce sont des torrents d'erreurs et d'impiété qui ne tendent à « rien moins qu'à submerger la foi, la religion, les vertus, « l'église, la subordination, les lois et la raison « (5).
A qui la faute, dit Goiirlin ? aux molinistes, qui depuis un siècle et demi fraient la voie au déisme en minant « les vérités qui sont comme l'àme de la religion » (6). « Le péché originel est le fondement et la base de tout l'édifice » (7). Or, d'une part ils ne cultivent pas le sentiment du péché et de l'impuissance de l'homme ni celui de la toute puissance de Dieu dans notre faiblesse, d'autre part « suivant leurs principes, le péché originel n'a fait aucune ])laie
1. Le péché, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption sont-ils un simple développement de la religion naturelle ? L'attente du Sauveur (A. T. i et sa venue es. T.) font la différence propre de la religion chrétienne.
2. A quelle école se formeront les ministres de la religion si l'on introduit dans l'Université " une théologie tout humaine > ? p. 32.
3. Bâtir sur l'hypothèse chimérique de l'état de pure nature, c'est i ne rien " attribuer à Dieu dans les rapports qui forment la société, ni à la religion « dans les lois qui la soutiennent, faire descendre la loi naturelle du vice et de « l'intérêt ». Ib.
6. Observations, p. 33. Gourlin a des remarques pénétrantes sur le rôle vivifiant de la croyance aux dogmes, où l'on veut voir un joug « qjui n'ait d'autre effet que d'abaisser notre orgueil, de captiver notre raison et de nous procurer le mérite d'une aveugle docilité ! » 33.
33G Di: PASCAL A CHATEAUBRIAND
« à notre âme : le seul changement vqu'il ait produit a été de <( nous dépouiller des dons gratuits et surnaturels dont Dieu avait u enrichi Adam... L'ignorance et la concnpiscence ne sont pas (< des maladies, mais des suites et des apanages de notre na- « ture » (1) Les jésuites font bien de i)oursuivre de Prades, mais ils ne sont pas consécpients.
Que répondit de Prades ?
A Verthamon, qu'il aurait dû, depuis 20 ans, censurer des ouvrages bien plus pernicieux. A Cui/lus, (ju'il faut distinguer entre les vérités de la foi et les démonstrations qui les établissent. Celles-ci « ne peuvent être examinées avec trop de rigueur et ce « serait un blas])hème que de les supposer incapables de soutenir « la critique des hommes » (2). Puis, prenant vigoureusement l'offensive contre les jansénistes, il leur reproche d'avoir fait « plus d'incrédules que toutes les productions de la i)hilosophie... « C'est vous qui avez encouragé les peuples à lever un oeil « curieux sur les objets devant lesquels ils se prosternaient avec « humilité... C'est l'incroyable audace avec laquelle vos fanati- « ques ont affronté la persécution qui a presque anéanti la preuve « des martyrs... C'est le spectacle abominable de vos convulsions « qui a ébranlé le témoignage des miracles... Vos déclamations (V contre les souverains pontifes, contre les évêques, contre tous '.' les ordres de l'hiérarchie ecclésiastique ont presque achevé « d'avilir cette puissance » (3).
A tous ses censeurs, de Prades répondit dans son Apologie, avec quelque subtilité (4). A l'appui des guérisons d'Esculape il invoqua, pour une fois, la tradition des Pères : le démon peut faire des miracles, — l'opinion de l'abbé Le Houge, dénonciateur (ie sa thèse, et celle de M. de Bethléem qui l'avait taxée d'impiété.
1, P. 34. L'abbé Paris développe cette critique dans In Préface de sa Ilelifiinn vengée (17.^1) et fait un relevé au(|uel il n'y a licn à ajouter de tous les i)()ints de contact du molinisnie et du rationalisme. Il confond dans la même ré])rol)ation Loiiu'iiie de liricnnc, I)<nnfhi Tasie et l'abbé le Rouge. Ces deux dei-niers adnjcltaient les miracles du démon.
2. Hé/lexions sur l'Instruction de l'évêque d'Auxerre, p. 80, dans le liccueil de pièces déjà cité. Il crifitiue les « déclamations vagues de (luelques théologiens <; contre la raison. On dirait, à les entendre, gue les hommes ne puissen,1 entrer « dans le sein du christianisme que comme un troupeau de bâtes entre dans une <'. ètable, et qu'il faille renoncer au sens commun soit pour embrasser notre rcli- « gion soit pour y persister ». Ib.
4. L'interpolation de la chronologie mosaïque ne compromet pas l'authenticité du Pentateu(|ue, .puisque les '^ systèmes liés et suivis qu'on y trouve ne sont ]ias une altération due à la négligence des copistes. — Le fait que Moïse pronioT (les rétributions temporelles jirouve la divinité de sa mission. L'économie judaïque étant une constitution civile et politique ne devait pas olTrir les caractères d'une religion oliligeant tous les peuples etc.. (c. 0 et 7).
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Tous deux avaient prouvé contre les jansénistes que la guérison miraculeuse est un signe équivoque ; le surnaturel qu'il pouvait y avoir dans les guérisons de St Médard était l'ouvrage du démon, comme les convulsions le montrent (1).
Les protestants n'avaient pas encore dit leur mot. Boullier entre en lice parce que Prades n'a pas omis le développement déjà classique sur le protestantisme père de l'incrédulité.
Il défend les idées innées, réfute le paradoxe de Deslandes que l'abbé a copié maladroitement, n'a pas de peine à montrer que sa conjecture sur les 3 chronologies intéresse bien la foi puisqu'il s'agit de l'histoire du monde, mais la faiblesse de sa critique sur deux ijoints ne sert qu'à découvrir deux brèches irréparables : l'économie mosaïque ignorait la vie éternelle, — les miracles ne prouvent plus (2).
En 1759, il fournit cependant un bon « discours » sur le discernement des miracles (3). Prades les rapporte, après Locke, à l'action de lois inconnues ; mais un effet naturel, même inouï, se reconnaît toujours ; ainsi l'aimant, le télescope, les bombes pour qui les verrait la première fois. « La rareté de ces phéno- « mènes ou leur apparence imprévue n'empêchent personne « pourvu qu'il ait des yeux et de la raison de découvrir non préf( cisément la cause d'un tel effet, mais que cet effet dépend d'un « ordre établi dans la nature » (4). Dans les miracles bibliques il y a une brusque interruption des lois sans aucune analogie avec des effets déjà connus, sans l'intervention d'agents corporels, sans réitération facultative. « Qu'une seule fois en 4.000 ans im « seul homme ait marché sur l'eau sans y enfoncer, il est clair « que la loi de la pesanteur n'est point là suspendue par une « autre loi mais par une volonté particulière c'est-à-dire par un « miracle » (5).
Que résultait-il de cette mêlée ?
Sans parler de l'immense publicité faite aux idées de l'abbé de Prades (6), et de la sympathie que lui assurait cette lutte inégale avec les puissances augustes, la Sorbonne avait été une fois de plus odieuse et ridicule ; tous les partis chrétiens blessés par
1. Abstraction faite des conséquences horribles qu'on déduisait de ses principes, il restait que Prudes écarte la preuve par les miracles et n'admet pas la cei-titude évidente des évangiles.
2. Ce qu'il dit de meilleur sur le miracle préétabli A'HouleviUe c'est qu'il ruine la liberté par le déterminisme physique.
.S. Dans ses Pièces philosophiques et liltéraires. s. 1. 12. 4. P. 200.
fi. « Nos dames depuis 15 jours ne parlent que de prophéties et de miracles ». Ruijnal. Nouvelles littéraires, 27 dcc. IT'il.
Prades s'accusaient les uns les autres d'avoir fomenté l'impiété, les protestants avec leur liberté d'examen, les jansénistes avec leurs miracles et leur intransigeance sur les articles les plus durs, les jésuites avec leurs adoucissements raisonnables du dogme. Ces querelles fratricides sous l'ceil de l'ennemi achevaient de discréditer leur cause.
Prades est intéressant comme symptôme ; il n'est d'aucun ])arti et a des sympathies pour celui de la nature et de la raison.