‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 242 sur 397 · Concessions à l'esprit moderne · texte numérisé non relu

Concessions à l'esprit moderne

Nous trouvons plus d'esprit dans les œuvres de ceux qui comprennent la nécessité de concessions à la pensée moderne.

Il y en a beaucoup dans le très consciencieux et très estimable Traité de la véritable religion que l'abbé dk La Chambre (1) publia en 1737. C'est le chant du cygne de l'apologie par les arguments externes, les prophéties et les miracles (2), et la démonstration rationnelle de la nécessité d'abdiquer la raison atteint ici sa plus grande rigueur. Jamais plus on n'en lira d'aussi classique. Mais si La Chambre est le Clarke français par l'inépuisable fécondité de sa faculté raisonnante, s'il accable le lecteur sous une avalanche de dissertations, articles, propositions, preuves, objections et réponses numérotées, il est aussi le Turrettin catholique par sa modération théologique et sa liberté d'esprit.

Le journal de Trévoux disait de lui qu'il « fait assez volontiers main basse sur les pensées et les preuves ordinaires » (3). Et en effet, il rejette plusieurs preuves reçues de l'existence de Dieu (4), les raisonnements usuels pour établir l'inspiralion. 11 suffit que les écrivains soient des témoins lidèles et des thaumaturges pour que l'Ecriture ait autorité, quoiqu'elle ne leur soit pas dictée (5), Il admet que les apôtres font souvent de simples ai)i)lications de passages de l'A. T., que le Pentateuque n'est peut-être pas de Moïse (G), que l'éternité des peines est irrationnelle. Il nie que

allait devenir un infatigable conlroversisie. Né à Montaul)an en 1715, mort en 1790, il était en 1752 évèque du Piiy. II devint archevè(|ue de Vienne. Député aux F.lats (jénéraux, il se joignit au Tiers le 25 juin el fut, après Baillij, président de l'Assemblée nationale. C'était unj homme droit, d'une piété sincère et sans aigreur. Même quand ses erreurs confinent, comme ici, à l'injustice, il reste synupatbique par sa bonne foi et, malgré tout, sa modération que Raijiml a remarquée : « L'auteiii* ne met ni huulcar ni humeur dans sa maiùère d'alla- (fuer les incrédules, ce qui prouve un cœur bien fait ». (Nouv. lit. t. II, 110). Ses (l'uvres complètes ont été ]nil)liées pour la première fois avec celles de son frère par l'abbé Emertj. Paris 185(1, 2 gr. 8". Nous renverrons aux éditions originales.

1. F. llharart de La Chambre, né à Paris en KUiS mort en l/ô.l, fut chanoine de St-Benoît. Il consacra sa vie à l'étude et à la controverse anti-janséniste. Son Traité est <• contre les athées, les déistes, les païens, les juifs, les imahomctans et touJes les fausses religions ». Paris 5 v. 12.

2. En 5 volumes l'auteur ne dit rien sur l'excellence de la doctrine et de la morale du Christ, rien sur les expériences du chrétien.

.T. Mars /7.7.S. p. M)2. Mais il trouvait (|ue « l'auteur naturellement éloquent el disert se tire toujours avec avantage de tout ce (jui s'appelle discussion, analyse, dissertation » ib. 52.1. Son ouvrage est « approprié au siècle et à ce tour régnant de philosophie discoureuse qu'on donne aujourd'hui à toutes choses " ib. II. V. août 1739 p. 1055. V. Ilibl. fr. [01], 1. 28 p. 290.

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