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fi. « Qu'une autre personne que Moïse ait écrit cet ouvrage, les incrédules n'en peuvent rien conclure. <( moins (in'ils ne pr<n\venl i/u'il n'est qu'un tissu de faits supposés .■. 111. ]>. 170.
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A l'eNCYCLOPÉDIE 341
l'Etre parfait puisse dire : ma justice n'est pas la vôtre ; il déclare nettement l'idolâtrie plus nuisible aux sociétés que l'athéisme (1) ; il ne condamne pas Houteville et sa notion du miracle selon le cours de la Nature ; il écrit hors au lieu de selon, mais pas contre (2). Il accepte enfin la diversité des cultes.
Toutes ces concessions étaient bien propres à rendre l'auteur sympathique. Mais quoi, on lit de moins en moins les ouvrages de théologie en 5 volumes. Le traité de La Chambre n'eut qu'une édition (3).
Aussi l'abbé de Chebron du Petit Château essaie-t-il d'adapter plutôt la forme que le fond au goût du jour (4). 11 inaugure un genre court, fragmentaire, léger, pique la curiosité par des traits bien choisis et fait appel au gros bon sens plutôt qu'à des raisons solides. Pourquoi Spinoza se préoccupe-t-il de réfuter des erreurs, si l'erreur est Dieu ? Si l'évangile est faux, que de docteurs se sont usés pour un songe ! Les grands érudits protestants qui attaquaient toutes les vérités qu'ils pouvaient se sont trompés en l'épargnant. Tant de grands hommes ont été moins pénétrants que « ces prétendus beaux esprits qui n'ont jamais lu que des pièces de théâtre » (5). L'exemple des « Lettres anglaises » et l'impuissance à composer, qui ont déterminé la forme de beaucoup d'ouvrages philosophiques au xviir siècle, multiplieront aussi les apologies plus maniables et plus lisibles.
D'autres auteurs se réduisent au petit nombre d'arguments qu'ils croient susceptibles de frapper leur génération (6), Ce sont les bienfaits sociaux et moraux du christianisme, de plus en plus contestés.
1. Parce que « le crime y est accrédité par le sulTrage de lai religion et par l'exemple des dieux ». I, 381.
2. « Un homme de bon sens doit se contenter de savoir qu'il n'y a de miraculeux par rapport à lui que les effets surprenants qui ravissent l'admiration par leur nouveauté et qui arrivent hors le cours ordinaire des lois générales du mouvement par l'intervention d'une cause qui est supérieure à l'homme ». II, 286.
3. II fut suivi en 1713 d'un Traité de l'église de J.-C. (Paris 6 v. 12) ; apologie de l'Eglise romaine. Migne ne s'est pas mépris sur la valeur de cet écrivain. II a réimprimé ses œuvres complètes, 1844-56 gr. 8".
4. Idée de la vérité et de la grandeur de la religion démontrée par des prcnves claires et à la portée de tioiit le monde, par M, l'abbé de C. D. P. Ch. /)■" de Sorbonne, Paris 17.^0, 12. Vv ujie tentative analogue de Charpentier : « Lettres critiques sur dicers écrits de nos jours contraires à la religion et aux mœurs », Lond. 1751, 2 v. 16.
6. Nous n'en avons trouvé qu'un seul d'original, dans une brochure de 37 pages d'E. S. de Ganiaches, <■ Système du philosophe chrétien » (Paris 1746, 8"). Il renouvelle la preuve tirée de la beauté du plan du salut en disant : puisque nous devons mériter le plus possible, il est juste de sacrifier à Dieu ce qui nous est le plus précieux, la conflance en nos sens (Eucharistie). « Rien n'est plus concis, plus lié, plus systématique », disait le Journal de Trévoux (jauv. 1747,
Angliviel de lu Beaiimelle (\) constate que si le christianisme a jju seul jadis déraciner l'idolâtrie, seul aujourd'hui il maintient la moralité. La religion du Christ a fait ses preuves, 12 apôtres ont changé le monde et restitué la lumière naturelle. La philosophie est en train de faire les siennes ; elles sont édifiantes. — Mais la morale des philosophes païens est aussi pure que celle de J.-C. — « C'est bien dans ce siècle-ci qu'il faut vanter la morale des païens ! )> (2). — Et les prêtres débauchés ? — Le sont-ils parce qu'ils sont chrétiens ou parce qu'ils sont philosophes ? « L'Examen de la religion » objecte : les pasteurs ne pratiquent pas la religion, donc il n'y a pas de preuves qui en persuadent. Mauvais raisonnement, il faut conclure : donc ils n'en sont pas persuadés.
Mais si, comme le dit un autre (3), une expérience de 4.000 ans jîrouve que les passions sont indomptables à la raison seule, la piété qui en vient à bout reste inhumaine. Car elle se concilie mal avec « l'esprit des belles lettres, l'esprit des sciences, l'esprit de gouvernement, l'esprit des affaires, l'esprit de société » (4). Lefranc de Pompigxax, ému de voir la dévotion en butte à la persécution la plus dangereuse en un siècle sociable, « le mépris et la dérision » (5), écrit un joli ])etit livre : la Dévotion réconciliée avec l'esprit (1754) (C), c'est-à-dire avec toutes les formes de la vie sociale et de l'activité humaine.
On y trouve une fine connaissance des hommes et l'usage du monde, et déjà l'instinct, sinon la pratique du gouvernement. Les adversaires attaquent la dévotion telle qu'elle existe chez de petits génies ; la tactique de Lefranc consiste à peindre la dévotion idéale. Malgré cette optimiste retouche, il rencontre parfois une opposition qu'il ne peut atténuer qu'en édulcorant à la fois la piété et le vice. « Les principes de la religion sont diamétrale- « ment opposés aux maximes de la prudence et à toutes les (' règles du gouvernement. Car la dévotion a pour principe de ne
p. .37). Gamaches était chanoine et membre de l'Académie des sciences. Il essaya de vulgariser la métapliysiciue et la i)liysique. Sniiveaii sj/.Si/ènie du mouvement 1721, Astronomie physique 1710 etc... V. liaiinal o. c. II, 30.
1. Dans une curieuse publicafion où il mêle le sérieux au profane et même au grivois : Tai Speclulrice danoise ou l'Aspasie moderne, ouvr. hebdom. Copenliague 17li», 3 part. 8". V. Amusenvcnt 25 : Réflexions sur l'incr'èdulUè ; Anuis' r>(i : Rêfulalion de l'Examen de la religion. ^^ part. : De l'immorlalilé de l'âme, contre Voltaire et Lamettrie. Le christianisme dWngliviel est rationaliste, tolérant, très contaminé par le siècle. On sent chez lui l'clTort un peu « province » pour paraître très parisien.
3. Principes de religion ou préservatif contre l'incrédulité par M. Roussel, prêtre. Paris 1751, 10 ; rééd. 1753. V. Rai/nal [73], II, 54 ; Trév. juiL 1753 p. 1699.