‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 259 sur 397 · Malgré le mal présent espérons le mieux. Ib. lu · texte numérisé non relu

Malgré le mal présent espérons le mieux. Ib. lu

DK PASCAL A CHATEAUBRIAND

doutes sur la liberté (1), son souci grandissant de l'action (2), tout cela est du positivisme qui le rapproche de plus en plus de l'école encyclopédiste.

S'il devient plus audacieux, c'est cpie la vie l'a rendu moins content et que Pope n'est plus son honuue. Il a perdu Circy et sa nuùtresse, est revenu de Berlin par Francfort sans pouvoir rentrer à Paris. Sa longue enquête sur l'histoire générale pleine de tyrans et de fanatiques a nourri son pessimisme, et les hardis négateurs de Potsdani ont bien un i)eu déteint sur lui. Cinq ans d'exil errant étaient faits pour l'aigrir, et, maintenant qu'il est en sûreté, il va se venger de sa contrainte passée et de ses petites lâchetés inutiles. Le plaisir de braver l'Infâme sans risques est si doux. A peine installé aux Délices (1755) le désastre de Lisbonne bouleverse ses nerfs ; â j)eine installé à Ferney (1758) la persécution dirigée contre les philosophes l'exaspère.

On a dit enfin que, chef par l'âge et les services rendus, il ne voulait pas être dépassé par la troupe des jeunes. Si sa pensée est moins hardie (|ue la leur, il sendjle toujours le plus audacieux par l'impertinence souveraine de la forme, la cruauté de l'attaque, la maîtrise du talent aux yeux d'un public qui apprécie surtout la crànerie de l'attitude. Et puis il cultivera une s])écialité bien à lui, la critique biblique et historique, tandis que les Encyclopédistes se tournent plus volontiers vers la politique et les sciences.

Circonstances favorables aux philosophes

Par cpicls événements cette poussée vigoureuse de la philosophie a-t-elle été rendue ])ossible ?

Une guerre intestine divise les puissances préposées â la défense (le la foi.

Nous avons vu les jansénistes et les jésuites se rendre nnitucUement responsables des progrès de l'impiété. Ces récriminations entre comjiagnons d'armes sont le prélude de la défaite. Le Parle inenl est janséniste. Au moment même où l'assaut décisif de la philosophie commence, il se fait exiler (1753-54) (3). Les jésuites

1. « La (Ipstinôe se joue dos homnios ([ui no sont (|iie des atonies en nion- « venient, soumis h la loi générale (lui les éparpille dans le ffiand clioc des « événements du monde (ju'ils ne i)euvent ni prévoir, ni prévenir, ni coniprcndrf- .. Ib. 1.3.

2. " Je suis à peu près aussi savant sur ce (jui regarde notre être que je l'étais on nourrice : j'aime mieux piauler, semer, bâlir »... Ib. 17.

3. Pour avoir interdit de refuser les sacrements à ceux qui repoussaient la nulle (.") mai 17.")2i. L'archevêque de Paris jirescrivait ce refus aux prêtres de son diocèse. La i)lupart des évêques soutinrent avec lui que l'Eglise seule a le droit de disposer des sacrements. « Quel triomphe pour les libertins... qui I' toujours i)rèts à secouer- le joug de la religion, jjrodlent avec empressement <■ des moindres occasions pour décrier, pour avilir l'autorité de ses miuistrcs ! »

DE l'encyclopédie A l'émile 363

régnent à la cour sur la reine et sur le dauphin ; l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, leur donne les mains pour la défense de la Bulle. Le roi est indécis et subit tour à tour des influences opposées (1). La Pompadoiir est favorable aux philoso- ])hes, les ministres varient ; le chancelier Lamoignon révoque le privilège de l'Encycloiiédie que soutient son fds Malesherbes ; le secrétaire d'Etat de la maison du roi, St-Florentin, empêche, sur les instances de Choiseiil, qix'Helvétiiis ' soit nommément censuré par le Parlement (2).

La Sorbonne, citadelle de l'orthodoxie au-dessus des partis extrêmes, était encore avant de Prades une puissance morale. Elle est minée par le ridicule.

Profitant de ce désarroi, la libre pensée s'enhardit. " Quand les pédants se battent, écrit Voltaire, les philosophes triomphent » (3) La force acquise les emporte et le public accepte des audaces plus téméraires à mesure que le respect s'en va.

Il s'en va avec l'esprit de soumission parce qu'au dehors grandit la honte, au-dedans la misère.

En 1757 c'est Eosbach, en 1758 Crevelt, la capitulation de Loiiisboiirg qui nous fait perdre le Canada. En 1756 Louis XV a de nouveau brimé, par un lit de justice, le Parlement qui a l'opinion pour lui. La misère du peuple est grande. Pour nous en tenir à celle que deux philosophes campagnards ont sous les yeux, la pauvreté des gens de Eêmalard et de Ferney incite Hglvétius et Voltaire à créer des industries qui les font considérer, dans le Perche et au pays de Gex, comme des bienfaiteurs publics (4).

Ce malaise matériel et moral explique pourquoi désormais l'esprit critique s'attaque plus résolument aux institutions, pourquoi toutes les sciences qui concourent au bonheur de l'espèce humaine passent au premier plan. L'économie politique, la législation, l'éducation tiennent autant de place dans les écrits des philosophes que la critique religieuse. Celle-ci se fait moins théologique, moins exégétique, moins philosophique souvent. Elle en

Représentât, des évêqiies au roi à l'occasion de l'arrêté du Parlement du 5 niai 17.')2. Lo 11 juin 17.j2. — Foiids Joly de Fleiiry n" 1G83 pièce 9. — Ou connaît répigramnie de Piron. Un jésuite dit à < un grivois > :... « Mais si voUs êtes janséniste — Point de confession. — i Mais je ne Iq suis pas. — Dieu soit béni î vous êtes donc des nôtres ? — Non, je suis du parti qui se f... des deux autres ». Raynal I, 188.

t. Au retour du Parlement il exile l'archevêque.

2. Keiiu : • Ilelvétius. sa vie et son œuDre ■. Alcan 1907, 8» p. 380.

.3. Let. à d'Membert I.T nov. 17.")0. « Pendant la guerre des Parlements et des évêques les s*""» raisonnables ont beau jeu. et vous aurez le loisir de farcir l'Encyclopédie de vérités qu'on n'eût pas osé dire il y a 20 ans <>.

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