Déclaration royale de
."». C'était déjà trop tard ; mais, comme le remarque Portalis, « le clergi'S '• rassuré sur son existence religieuse par sa grande existence jiolitiriue, n'étnit •' pas frappé autant <|u'il aurait dû l'être de la nouvelle guerre qu'on lui décla- < rait ". — De rusdijc et de l'ahux de l'esprit philosophique durant le xviii'' siècle. 3' éd. Paris 1831. 2 v. 8», t. II. 351.
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clopédie, la Religion naturelle, la Philosophie du bon sens et 4 autres ouvrages de moindre importance. Son réquisitoire montre la gravité du mal et demande le châtiment d'auteurs « sacrilèges et séditieux « qui ébranlent l'autel et le trône. Le 6 février une commission de 9 membres était chargée d'examiner VEncyclopédie, les 6 autres livres étaient condamnés au feu. Helvétius et le censeur qui avait approuvé son œuvre se démettaient de leurs charges. Le 9 avril la Sorbonne censurait « l'Esprit ». L'Assemblée du Clergé de 175S avait payé du prix inouï de 16 millions la révocation du privilège de l'Encyclopédie.
Ces rigueurs venaient trop tard. Nous savons par les Mémoires que le public était indulgent aux audacieux.
Cette année même Voltaire, aiguillonné par la persécution, publie Candide et le Précis de l'Ecclésiaste ; le philosophe berlinois Mérian{l) traduit en français VHistoire naturelle de la religion, de Hume, où est combattue la vieille idée du théisme antérieur au polythéisme et où le polythéisme est démontré plus tolérant. Rousseau lâche, dans la Nouvelle Héloïse, des duretés contre le catholicisme. En 17G0 paraissent les œuvres du Philosophe de Sans-Souci {2). Pompignan le poète ayant décrié les esprits forts dans son discours de réception à l'Académie, approuvé par le roi (3), Voltaire le submerge sous une avalanche de libelles plus cruels que vraiment plaisants. Deux ans après, il met au jour le Testament de Jean Meslier.
Mais 1762 est avant tout l'année d'EMiLE, le plus puissant ferment qui ait transformé le vieux monde. L'autorité sévit de nouveau et cette fois pas seulement en France. Rousseau riposte aux intolérants de Paris par la Lettre à Christophe de Beaumont (1763), aux intolérants de Genève par les Lettres de la montagne (1764). Voltaire condense son déisme et sa critique dans le Dictionnaire philosophique. Il met sa pensée à la portée des plus simples dans le Catéchisme de l'honnête homme. « L'Infâme » a un sursaut désespéré, d'abord contre les vieux champions de la liberté de conscience : en moins d'un mois, du 18 février au 9 mars 1762. le Parlement de Toulouse pend le pasteur Rochette, décapite les 3 frères de Grenier qu'on avait rencontrés allant à son secours, et roue le vieux Calas. Elle se tourne ensuite vers les nouveaux
1. Mérian, né à Liechstall près de Bàle en 172.3. mort en 1807, fui d'abord pasteur. Appelé à Berlin par Mauperliiis en 1750, il devint à la mort de Formey secrétaire perpétuel de l'Académie. Ses ouvrages, qui comprennent surtout des mémoires de philosophie, sont tous écrits en français. Sa traduction de Iliime est précédée d'une critique.
2. V. sur les circonstances de cette publication Dexnoirelerres o. e V, .376. :5. Ib. 421.
tenants de la liberté de pensée et tue La Barre leur disciple (17GG). C'est le soubresaut d'agonie. Les ijrincipaux fauteurs d'intolérance ont déjà perdu leur crédit ; les jésuites sont dispersés, la réhabilitation de Calas a porté aux Parlements un coup sensible. La décade qui finit est bien, par là aussi, la plus décisive du siècle.
L'apologé- Pendant que la défense par le fer et le feu devient plus violente,
tique où («n est la défense par la plume ? faiblit. -Les i£i|(. faiblit et c'est bien le sentiment de sa faiblesse qui pousse journaux l'orthodoxie à la violence. Cette période de la lutte qui, dans une histoire de l'attaque, tiendrait la moitié de l'ouvrage, peut, dans l'histoire de la résistance, se réduire à quelques pages. Comme aux plus hautes montagnes correspondent les dépressions les plus profondes, l'apologétique s'ellOndre pendant quelques années.
L'assaut porte souvent moins contre la révélation et l'Ecriture que contre le spiritualisme, ou la conception politique soutenue par l'église romaine. Là où il faudrait des philosophes au courant des sciences modernes ou des juristes versés dans les institutions des peuples, les théologiens sont mal armés. Les clercs qui rédigent les Mémoires de Trévoux et les Nouvelles ecclésiastiques mettent en menue monnaie l'apologétique classique quand ils ne se battent pas entre eux. L'anti-Voltairien Desfontaines avait principalement consacré à la critique littéraire son Nouvelliste du Parnasse et ses Observations sur les écrits modernes. Fréron (jui lui succède et qui ai)parait, de 1754 à 1770, comme le plus notable journaliste du parti chrétien, va pendant 22 ans combattre les philosophes mais non pas la philosophie. Manquant d'érudition et de vigueur d'esprit, il anathématise en bloc les encyclopédistes, les dénonce en détail (1) ou les ridiculise assez agréablement, mais les 290 volumes de l'Année littéraire ne méritent pas de passer pour une apologie du christianisme.
Ils étaient goûtés cependant par cette clientèle sérieuse de magistrats, de fonctionnaires, de bourgeois aisés qui faisait peu de ])lace à Voltaire dans ses bibliothècpu's et qui, amie de l'ordre, lisait avec ])laisir ceci : « Mon attachement à la religion et aux « lois de ma i)atric, mon respect pour les préjugés utiles, la vé- « rite, le courage de la dire toutes les fois surtout ([u'il s'agit « d'objets importants : voilà mes guides... » (2). Son ton généra-
le Il dc'-nonça les promicrs articles de l'Encycloipédio.
2. An. m. 1770, t. III, 180. — Dans les ^OO calnloguos de l)il)Iiotlièqiies d('poiiill(''S par D. Mornel. les Lellres sur r/j/e/f/iies érrits cli^. ce leinits el l'Année lillrniire se reiicimtieiit SI fois. Desfonidines. le journaliste le plus lu, iiarait 101 fols, Ir .liiiirniil ilc Tréviiu.r seulenienl :)0. (/<. h. h juil.-seiil. lilIO p. '17!»).
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lement calme plaisait aux gens rassis et faisait tomber en démence le patriarche de Fernej'.
« Dans le libelle intitulé « la Défense de mon oncle », M. Larcher fut « traité de vil et ancien répétiteur du collège Mazarin, d'ennemi de la patrie, « de faussaire, etc., etc.. On y dit que ce citoyen respectable né en 1726 a « donné en 1729 des scènes dans le cimetière de St-Médard : tout cela parce « qu'on a prouvé que « la Philosophie de l'Histoire » n'est qu'un misérable « fatras. Cependant il est bon d'apprendre non au « Défenseur de son oncle » « qui le sait sans doute, mais au public qui peut l'ignorer, que M. Larcher « est aussi vertueux que savant, qu'il n'a jamais été précepteur, répétiteur ni « cuistre dans aucun collège, qu'il jouit d'une fortune considérable pour un « homme de lettres, qu'il est très bien né, que ses parents occupent des « places distinguées dans le Parlement de Dijon et qu'il a l'honneur d'appar- « tenir par son père et par sa mère à la famille du grand Bossuet. » (1).
Cette réponse est un modèle. Un polémiste aussi maître de soi était une puissance, comme L. Ducros l'a excellemment démontré (2), D'autres journaux menèrent le bon combat, le Journal de Trévoux qui ménagea longtemps Voltaire mais qui faisait un sort aux plus médiocres apologies de la religion, le Journal de Verdun, de 1717 à 1776(3) continué par le Journal historique et littéraire de l'abbé de Feller (1773-94), le Journal ecclésiastique de l'abbé Dinouart (À) qui compta plus de 100 volumes de 1760 à 1786, et que l'abbé Barruel fit durer jusqu'en 1792 ; avec un autre ton les journaux « réfugiés » telles les Bibliothèques de Formey {5), qui continuaient en moins bien la tradition des excellentes Bibliothèques de Leclerc.
Toutes ces revues rendent compte d'ouvrages écrits pour la défense de la foi, elles critiquent parfois les productions des incrédules, plus souvent elles les vilipendent. Nous avons rencontré peu d'éloges solidement fondés, moins encore de réfutations en forme.
Chose curieuse, les Nouvelles ecclésiastiques, qui parurent de 1728 à 1804, n'interrompent leur polémique sectaire et ne songent
1. An. lit. 1769, t. IH, It". Voltaire défendait son soi disant oncle, l'abbé Bazin.