‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 267 sur 397 · V. plus haut I · texte numérisé non relu

V. plus haut I

1. AmsL 1750, 2 V. «". < par l'auteur des Lettres américaines '. .'). P. 5.Î.

fi. T. II, 352. Liijnac reprend rarf^uincnt du pari et montre (pic Tainour de soi doit opter pour le moindre riscpic.

DE l'encyclopédie A l'émile 377

de thèse devant VAcadémie des philosophes. Une jeune fille de 18 ans fait l'apologie des obscénités d'Helvétius sur la nudité, la pudeur et les vertus de préjugé. C'est d'une ironie un peu grosse qui ne pouvait guère faire rire que des ecclésiastiques, mais l'ensemble est plaisant, jusqu'au ton protecteur avec lequel l'abbé signale à Helvétius-Jourdain ses âneries, comme à un homme qui veut faire de la philosophie sans savoir (1).

Après Lignac, un abbé d'Avignon, Du Four, dirige contre l'Esprit un de ces traités antimatérialistes qui foisonnent à ce moment (2). Campés dans le cartésianisme, leurs auteurs ressassent rincompatibilité des attributs des deux substances. Spinoza redevient l'ennemi comme au début du siècle, soit qu'on voie en lui le père du matérialisme moderne, soit qu'on connaisse mieux un adversaire devenu classique et qu'on s'inspire volontiers des réfutations déjà faites.

En effet, sans parler de dissertations innombrables où le spiri- L'antimatétualisme est rétabli par les arguments classiques, l'abbé Pliiqiiet rialisme publie, à la veille de « l'Esprit », un Examen du fatalisme (3) où il découvre enfin la vraie source du mal moderne. Le développement des sciences physiques et naturelles a fortifié le déterminisme, réduit de l'incrédulité. Les défenseurs de la religion doi- \ent commencer par renverser l'écueil où se brise toute apologétique.

11 réduit nettement toutes les formes du déterminisme au spinozisme et à l'atomisme, expose avec impartialité les systèmes en supposant toujours l'adversaire de bonne foi. Malheureusement sa défense est faible. On ne combat pas Spinoza. On accepte ou l'on rejette ses définitions de la substance et de la cause ; tout le reste s'ensuit. Les arguments tirés de l'intuition ne touchent pas les spinozistes,

1. V. Keim [97] 417. Lignac et d'autres paraissent avoir pris au sérieux rhumilité gémissante de sa rétractation.

2. « L'Aine ou le système des matérialistes soumis aux seules lumières de la raison >, par M. l'abbé ***, Avignon 17r>9, 12. . C'est un recueil de raisonnements plats et ennuyeux contre la philosophie >• . Grimm IV, 178. Mentionnons Aslruc : " Dissertations sur l'immatérialité et l'immorialité de l'âme >•, Paris 1755, 12 ; Ilayer : « La spiritualité et l'inmnortalité de l^âme avec le sentiment de l'ajhtiquité tant sacrée que profane par rapport à l'une et à l'autre ■>, Paris 1757 3 y. 12. L'auteur avait proposé de dédier cet ouvrage à l'Assemblée du clergé de 1755 qui nonmia des commissaires pour l'examiner. Formey : « Les preuves de l'existence de Dieu ramenées aux notions communes )>, 1758, 8".

3. Paris 1757, 3 v. 12. L'auteur (171G-90) fut assez longtemps précepteur. Il était lié avec Fontenelle. Montesquieu. Ilelvélius ; de là sans doute la courtoisie du ton sur lequel il parle des philosophes. De 1770 à 1782 il enseigna la philosophie morale au Collège de France. Il n'est plus connu aujourd'hui que par son Dictionnaire des hérésies, 1762, 2 v. 8".

Dans sa seconde partie, Pluquet montre bien comment les sciences naturelles infirment l'hypothèse d'un Dieu créateur (1) ; il le conçoit moins bien pour les sciences physiques, les connaissant mal. Il ne voit pas quel vertige d'espoirs illimités la découverte de la plus grande loi connue, l'attraction, a jeté dans les esprits. Là où il faudrait une réfutation documentée, il répond par le providcntialisme le plus usé, à la Derham (2). Il en résulte une impression de défaite, sauf dans la partie proprement philosophique, h* démonstration de la liberté par exemple, où depuis St-Thomas réchafaudage des arguments est complet dans l'école.

Le récollet Hayer qui, aidé d'une « Société de (/eus de lettres » publia de 1757 à 1763 vingt et un volumes de lettres antiphilosophiques (3), croit condamner l'Interprétation de Ut nature en rattachant la chaîne des êtres imaginée par Diderot à la fatalité stoïcienne. Le cours constant de la nature dément l'hypothèse d'une transformation (4). Que devient la preuve de Dieu par l'ordre du monde dans ce panthéisme modernisé ?

Il s'élève avec plus de succès contre le matérialisme de Monles<juieu exagérant rinfluence du climat sur la religion. L'Esprit des lois suppose que la religion chrétienne choquait trop le climat de son pays d'origine pour s'y maintenir. Elle s'y est conservée 10 siècles cependant et c'est la violence qui l'en a chassée. D'ailleurs l'église greccjue y subsiste, et Montesquieu reconnaît luimême (jue l'église éthiopienne « a porté au milieu de l'Afrique les mœurs de l'Europe et ses lois ». Les i)euples du nord sont protestants, dit-on, parce qu'ils aiment la liberté. Pourquoi furent-ils longtemps catholiciues, ont-ils des rois et se déclarent-ils prêts à subir la monarchie du Christ si on leur prouve qu'elle existe ? « Pour ce qui est de la France, dites-moi je vous prie, où le pro- « testantisme a-t-il fait des progrès plus rapides, «ù se soutient-il « avec plus d'opiniâtreté que dans nos j)rovinces méridionales, « c'est-à-dire les idus voisines de l'Espagne et de l'Italie ? » (5).

1. Notre planète a passe par difTércnts états ; ses éléments s'entredétiiiisciit. '< Peut-on attribuer à une puissance intelligente, sage et toute ]iuissanle ees < vieissitufies, ces contradictions ? n'esl-il jias bien plus raisonnable de les .' regarder comme IXret d'un mouvement aveugle ? • t. III, .^50.

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