II. — Voltaire
Pendant qu'Helvétius et les Encyclopédistes préparent l'avenir en jDOsant les fondements nouveaux de la morale et de la politique. Voltaire continue à déblayer le passé. Sa lutte contre les erreurs malfaisantes se poursuit dans l'Histoire, faussée jusqu'alors par la partialité chrétienne. Il met en lumière soit dans l'histoire universelle soit dans son plus beau siècle (1) le mal fait par les hommes religieux et voile celui qu'ils ont souffert.
En même temps il attaque à coups redoublés la racine du mal, la religion révélée ; il discrédite les documents de la révélation, manifestement humains, et très humains, comme le Cantique, ou contradictoires comme VEcclésiaste (2) qui, à l'inverse des écrits de la nouvelle alliance, enseigne la mortalité de l'âme. D'autre part il exalte la religion naturelle, rétrécie maintenant, puisque son pessimisme croissant exclut la Providence ; ses nerfs n'ont l)as résisté à l'horreur du désastre de Lisbonne.
Les réfutations historiques n'entrent qu'indirectement dans Histoire notre plan. Mais puisque Voltaire tourne contre le christianisme l'histoire qu'on exploitait jadis en sa faveur, ceux qui l'ont accusé de mensonge ou d'erreur faisaient aussi de l'apologétique.
Un anonyme (3) critiqua les éloges que Voltaire donnait à Mahomet dans son Histoire universelle, alors qu'il se taisait sur quelques-uns de ses défauts. Dire que sa définition de Dieu est sublime parce qu'elle exclut la Trinité est d'une partialité suspecte. Ses succès ne sont pas un prodige, car des ignorants croient sans preuve. • — L'anonyme était imprudent.
Le jésuite Xonnotte publia en 1757 un Examen critique du livre des Mœurs, ébauche des Erreurs de Voltaire qui parurent en 1762(4).
sur la chronologie générale de l'Ecriture t. 14. — Léopold de Saussure a montré qiir la preuve astronomique, tirée de la situation des étoiles fondamentales 2200 ans avant notre ère, confirme exactement la tradition qui place le règne d'Yao à 42 siècles de nous. V. P. Puiseu.v : < Le plus ancien monument de l'astronomie chinoise ■>. J. sav. 1908 p. 512.
1. Siècle de Louis XIV, 1752. — Histoire universelle. Histoire des croisades. Annales de l'empire 1753. — Essai sur les mœurs 1756.
2. Cantique des cantiques. Paris 1759. 8». Précis de l'Ecclésiastc id. ; poèmes condamnés par le Parlement le 3 septembre de la même année.
3. Critique de l'Histoire universelle de M. de Voltaire au sujet de Mahomet on du mahométisme. 1755, 4". Gauchat critiqua aussi cette histoire (,Let. 30). Il regrette que Voltaire n'ait pas fait valoir les grands papes, les saints. Mais Grimm dit du « petit ouvrage en 18 ou 20 volumes ■> de Gauchat, que « personne n'a jamais pu le lire ». t. 14 p. 45.
4. Avignon 2 v. 12. Une .3<- partie. l'Esprit de Voltaire dans ses écrits parut en 1779. L'ouvrage fut traduit en italien et en allemand. On sait que Xonnotte
382 Di: PASCAL A CHATEAUBRIAND
Il voulait réfuter en détail ses erreurs ; piètre tactique ! Voltaire n'est pas un narrateur inexact, c'est un historien tendancieux. S'il donne un léger coup de pouce à l'histoire, ce n'est pas par ce qu'il dit mais par ce qu'il tait ; s'il ne dit rien des bons papes du \' siècle, il omet aussi les cruautés de Tamerlan. Il est encore tendancieux par l'intonation, c ce sérieux plaisant si dillicile à attraper » dont parlait un contemporain, l'ironie subtile qui circule entre les lignes, la perfidie d'une épithète, tout cela impondélable, troj) ténu pour que la forte main de la censure puisse l'emjjoigner et l'arracher. Dans l'ensemble les faits sont vrais, les idées justes, un petit nombre de détails exagérés ou erronés. — Nonnotle signale avec hauteur que le nom des Vaiidois vient de Valdo, non de Vallées {!), conteste le rapprochement des Vaudois et des Albigeois. Il serait plus habile de montrer, comme il l'a fait quelquefois, que beaucoup d'opinions de Voltaire sont des machines de guerre, ainsi son estime affichée pour Mahomet, brigand religieux qu'il méprise cordialement comme tout fanatique, et sur lequel il cx])rime sa vraie pensée dans une lettre à Frédéric, son affectation de ravaler les Français sous les Anglais, les catholiques sous les jirotestants, les chrétiens sous les païens.
Dans son l""" tome Nonnotte s'attache surtout à Vllisloire (/énérale et aux Mélanges de litlércdiive ; il réfutera d'abord les erreurs historiques puis les erreurs dogmatiques. Cette dernière réfutation est une des plus faibles qu'on ait faites. La i)remière est assez rarement fondée. Sans doute. Voltaire, dans son désir de montrer que les règnes des empereurs païens n'avaient pas été une St-Barthélemy continuelle, force un peu la note quand il dit qu'aucun César n'inquiéta les chrétiens jusqu'à Domitien (2), mais c'est manifester une ])artialité contraire de dire qu'en tuant sa femme et son fds, (lonslantin « fut i)lus à plaindre encore qu'à blâmer >> (3), de laver à toute force CharlenuKjne du massacre des Saxons, les
m- à Hrsnnçon en 1711, mort en 179.'!, pr»"-cha d'abord nvrc succès, notaniinonl à Paris, à Versailles et à Turin devant le roi Charles Eiumoniwl III. A,près la suppression de son ordre il se retira dans sa ville natale, où un bref de Clément XIII (7 avr. 1708) vint récompenser son zèle pour la défense de la foi. C'était un homme d'un commerce aima])Ic.