DE L ENCYCLOPEDIE A L EMILE
teur les objections qu'il se fait. Il falsifie les textes. Salomon dit bien que le juste périt dans sa justice alors que le méchant vit longtemps dans sa malice, mais cela est précédé de : « Voici ce que j'ai cru voir dans les jours de ma vanité ». Voltaire le supprime ; de même le jugement qui attend l'homme, et qui met une différence entre les animaux et lui (1).
Moins heureux est Guyon sur l'idylle orientale du Cantique. Voltaire, dit-il, « s'est imaginé voir tous les sales plaisirs de sa « jeunesse ; il s'est délecté à les retracer dans son imagination et « à faire naître... leur désir dans l'âme de ses lecteurs » (2). Mais d'abord « ubera, mammœ, venter, feraora » n'ont rien d'indécent dans les anciens idiomes. Ensuite la Bible exprirtie fréquemment par le symbole du mariage l'union de Dieu avec les hommes. Enfin, comme le dit Théodoret, si ce livre n'a pas un sens mystique, c'est l'esprit impur qui l'a dicté. — C'est bien là, dirait notre patriarche, ce que je voulais démontrer.
Le Catéchisme de l'honnête homme ne fut guère mieux critiqué. Voltaire avait souvent songé à mettre sous une forme courte et populaire le programme de l'esprit nouveau. Il poussa Helvétiiis à s'y essayer (3). Volneij fit plus tard une tentative analogue (4). Le manuel de Voltaire est une de ses meilleures productions, gai, vif, concis et plein de choses. La réfutation de l'abbé François qui reprend toutes les répliques du dialogue est des plus médiocres.
Celui que le moqueur appelait fort injustement un « pauvre imbécile » aurait dû s'en tenir aux points faibles du catéchisme : lîos évangiles ignorés pendant 300 ans, les actions grotesques des prophètes, le scandale de la croix. Il avait beau jeu à montrer l'injustice inintelligente de Voltaire, nous ne dirons pas faute de sens historique, — le défaut était général, — mais faute de délica-
Catéchisme
de
l'honnête
homme
1. Tout cela est fort juste. L'Ecclésiaste qui, selon le mot d'un critique, apparaît d'abord parmi les livres de la Bible « comme Tersite parmi les héros d'Homère » doit être pris dans son ensemble et non décomposé en fragments isolés. On voit alors que l'auteur travaillé de doutes, incapable de trouver une réponse satisfaisante à l'énigme du monde, au problème du mal, espère fermement en un Dieu juge et conclut (jue craindre ce Dieu et observer ses commandements est la seule chose qui nd soit pas vanité et poursuite du vent. V. Cornill : « EinleUiuuj in fias Aile Testament ». Tiibingen 1908 [133] p. 204.
2. P. 482. Il parut à Amsterdam un Nouveau précis de l'Ecclésiaste sur les mêmes passages de M. de Voltaire avec des notes sur celui de ce poète, par G. G. P. R. 1759. 8°.