Le.t. à de Jieaumont. Musset-Palhav X
Et voici enfin la raison que la Raison ne connaît pas : « Si je me détermine pour la révélation, c'est parce que mon cœur m'y porte, qu'elle. n'a rien que de consolant pour moi » (1). C'est ce pragmatisme qui lui faisait répondre au reproche de traiter la religion comme une illusion utile : « Si j'en savais une i)lus con- (' solante, je l'adopterais... Je veux vivre en bon chrétien, parce « que je veux mourir en paix « (2). « Jamais, disent-ils (les phi- « losophes) la vérité n'est nuisible aux hommes. Je le crois « comme eux, et c'est à mon avis une grande preuve que ce qu'ils « enseignent n'est pas la vérité » (3). L'athéisme est moins pernicieux que le fanatisme, sans doute, mais la philosophie est beaucoup moins bienfaisante que la religion (4).
L'archevêque de Paris maintint dans son mandenient contre l'Emile (5) la preuve par les faits, classique depuis Houteville. Il s'indigne qu'on suspecte le témoignage humain touchant l'histoire évangélique, alors (pi'on l'accepte dans l'histoire profane, mais Rousseau n'admet i)as cette assimilation. « Il est tout à fait « dans l'ordre que des faits humains soient attestés par des témoi- « gnages humains » (6), mais « les preuves morales suffisantes « pour constater les faits qui sont dans l'ordre des possibilités « morales, ne suffisent ])lus pour constater des faits d'un autre « ordre et purement surnaturels » (7).
Pour s'évader du cercle du miracle et de la doctrine, l'archevêque a recours au distinguo suivant, déjà familier aux théologiens : les miracles prouvent une doctrine nouvelle, cette doctrine reconnue sert désormais à juger les miracles des im])osteurs. Mais Rousseau n'a pas de peine à lui montrer que la pétition de principe subsiste, car si la preuve vaut une fois, elle vaut toujours.
1. p. .")(). Rousseau ajoute : « et qu'à la rejeter les difllcultés ne sont pas moindres, mais ce n'est pas parce que je la vois démontrée, car très certainement elle ne l'est point à mes yeux ».
2. entretien avec Mme d'Epinay c. p. Champion : « J.-J. Rousseau et la liviioUition française », Colin 1009, in-18, p. 221. Cf. Masson [ICO] II, 74, 88 et passini.
.■î. Emile IX, 110.
1. V. la note bien connue sur le Poul-Scrrho, ih. « Par les principes, la phi- « losophie ne peut faire aucini bien (pic la rpIi«ion ne fasse encore mieux, et <' la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire ».
5. Mandement (te Mur l'arehcvêque de Paris, portant condamnation d'un livre qui a pour litre <• Emile >< etc.. Paris 1762, l". Attrilnu'') à Jacob Nicolas Moreau, (irimm le trouvait « beaucoup plus sage et plus décent ([ue le réquisitoire » de Joly de Fle'irij. V, 160. — De Fumel, évêque dd Lodève. dirigea contre Rousseau une Instruction pastorale sur les sources de l'incrcduliité du siècle. Paris 1765,' 12. Il tire un assez bon parti de l'argument : le déisme implique, lui aussi, des con Ira dictions apparentes.