‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 3 sur 397 · I. — Objet et Ordonnance de cette étude · texte numérisé non relu

I. — Objet et Ordonnance de cette étude

Le xvm" siècle est le grand siècle anti-chrétien. On ne l'a guère étudié jusqu'ici qu'à travers les philosophes. On sait bien que des luttes entre jansénistes et ultramontains est sortie une abondante littérature de controverse ; on ignore généralement la résistance que les chrétiens de toutes dénominations opposèrent à l'ennemi commun. Le public lettré connaît les noms de quelques-uns de ces défenseurs, pour les avoir rencontrés sous la plume de Voltaire à jamais ridiculisés. A-t-on la curiosité de feuilleter Nonnotte, on le trouve souvent erroné, Georges Lefranc de Pompignan, érudit mal instruit ou raisonneur médiocre. Les apologistes houspillés par Voltaire avec prédilection passent aisément pour les principaux. Et ainsi les lecteurs qui soupçonnent l'existence d'une littérature chrétienne au xviii'' siècle la méprisent.

Les meilleurs apologistes comparaissent plus rarement dans les œuvres des philosophes, soit qu'ils ne s'attaquent pas aux personnes, soit qu'ils offrent à la verve des « incrédules » un triomphe moins assuré.

Ce n'est pas qu'ils fussent invincibles : nous constaterons la défaite des tenants du christianisme traditionnel. Mais encore était-il utile <le connaître les plus dignes, et de ne pas laisser plus longtemps ignoré le gigantesque effort que, dans un siècle irréligieux, le christianisme a fait pour repousser l'assaut de ses adversaires.

11 y a, en effet, une lacune dans l'histoire de l'apologétique française de Pascal à Chateaubriand. Les ouvrages spéciaux étudient mal cette période : ou ils disent des pauvretés (1), ou ils

1. « La presse anli-chrétienne ne rencoiilra plus pour lui répondre que i ou 5 apologistes. > Chaste!, prof, d'hist. ecclés. à l'Université de Genève : « Histoire du christianisme ■. Paris, 1883, 5 v. 8", t. 5, p. 132. « La France chrétienne menacée... avait encore des réserves en hommes, en vertus, en talents de tout ordre. Néanmoins les apologistes furent rares. > R. P. At, prêUe du Sacré-Cœur : i^ Les Apologistes français au xis» siècle », Bloud,

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mentionnent au hasard quelques auteurs, sans vue d'ensemble. Or les philosophes n'attaquaient pas la forteresse du dogme sans viser à la fois des ennemis précis, maintenant oubliés.

Et ces défenseurs sont légion ; ils étonnent non par leur valeur, — par leur masse. De 1070 à 1802, il se publie par an 7 apologies en moyenne, près de 1)50 ouvrages dont certains ont plusieurs volumes (1). Nous avons lu et dépouillé à peu près tous ces livres morts, ensevelis sous la poussière inviolée. Quelques-uns sont devenus introuvables, plusieurs ne figurent dans aucune bibliothèque de Paris et reposent dans de lointaines bibliothèques de province ; je n'ai pas toujours pu me les procurer. Puissions-nous avoir dispensé les chercheurs de recommencer en entier ce travail de plusieurs années.

Le champ de notre étude est vaste, il ne pouvait guère être réduit. La période qui s'étend de 1670 à 1802 est, dans l'histoire de l'apologétique, une époque entre deux moments. Ces dates marquent l'apparition d'œuvres saillantes, considérables par leur action sur l'opinion. De l'une à l'autre s'étend le xviii'' siècle qui, dans l'histoire des idées religieuses, s'ouvre avec le Traité lhéolo(/ico-politique de Spinoza (IG/O) et le plaidoyer le plus original contre l'irréligio»! moderne, les Pensées, et se ferme avec la renaissance chrétienne dont le Génie du Christianisme est moins un facteur qu'un effet. Tout arrêt entre ces deux termes serait arbitraire. A chacun d'eux finit un âge, un autre s'ouvre : il n'y a i)oint dans l'intervalle de conunencement nouveau.

Nous embrassons dans ce travail toutes les œuvres de langue française, parce qu'elles s'adressent toutes au public français, celui sur qui les philosophes agissent le plus directement, et un petit nombre d'œuvres latines publiées par des auteurs de ce pays. Il n'y a pas lieu de distinguer entre prolestants et catholi-

1898, 8". p. 5. Co qu'on a tcrit de mieux documenté sur la question se lit dans le •' Dictionnaire de théologie catholique '> de Vacojil et MaiiyeiKil, à l'article Apoloqvtiiiue.

1. Nous appelons upolniiie tout ouvrage qui vise expressément la défense (In chrislianisnic. Nous éliminons les œuvres dogmatiques, catéchctiques, forcément ap<)l<)géti(|ues par endroit, les. plaidoyers particuliers destinés à justifler ini usa^e |)ropre à une église (plaidoyers en faveur du monachisme, du célibat ecclésiastique, etc.), les ouvrages de philoso-phie spiritualiste purement phil(isr)phl((ues. Dans les sermons, nous reîeiions seulement les apologies caractérisées. Ici la voie était ouverte par Bernard : <• Le Sermon au xviir siècle i», Fontemoing 1901, 8". Nous renvoyons souvent à cet ouvrage qui nous dispense d'insister sur des auteurs déjà connus. L'apologétique des prédicateurs est d'ailleurs le décalque de celle des spécialistes : d'abord scolastique et dogmati(iue, puis historique, « par les faits », i)ragmatique, « i)ar les bienfaits .> . Les 9."j0 apologies sont l'œuvre de (>2.") auteurs environ, dont ■l.">0 catlioliques et 17.") protestants.

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