‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 306 sur 397 · Ed. de 1116. let. I, p · texte numérisé non relu

Ed. de 1116. let. I, p

« féroce... si ces horribles préjugés se trouvent autorisés par le ( plus grand génie du siècle le plus éclairé ? » (1).

Des Lettres de quelques juifs, il ressortira trois choses : que Voltaire manque de sens historique et géographique, — qu'il se livre à des « gasconades d'érudition », — qu'il est assez souvent de mauvaise foi ou injuste. Son inintelligence historique se marque dans ses facéties sur les coutumes juives telles que le repas pascal. « Etes-vous donc de ces hommes sim])les... qui, concentrés « dans leur siècle, ne jugent raisonnable que ce qui ressend)lc à « ce qu'ils voient ? » (2). La Palestine est aujourd'hui pauvre ; Voltaire veut à toute force qu'avant le cataclysme de Sodome et le passage des Turcs, au temps d'Abraham par exemple, elle ait toujours été stérile (3). Le désert est pour lui comme pour les enfants une étendue de sable vide ; aussi reste-t-il incapable de comprendre la vie des nomades et le séjour des Israélites pendant •10 ans « au désert y> (4).

Ses gasconnades d'érudition éclatent quand, sachant peu ou point le grec, il s'api)uie sur Hérodote. Ot historien dit que les peuples circoncis « paraissent imiter les lù/i/ptiens » ('^aivovra-. 7îoi£uvT£; /.-x-x Tajxa et Voltaire comprend : qu'ils étaient originaires d'Egypte. « Cette méprise qui nous avait d'abord étonnés de « votre part, ne nous surprend plus : nous venons d'en décou- « vrir la source ; elle est dans le traducteur latin que vous sui- '( vez bonnement et qui vous égare. Vous voilà pris sur le fait et « il n'y a pas moyen de vous en défendre. Vous traitez Hérodote « comme nos livres sacrés : vous le traduisez sur la traduction (; latine » (5).

1. Let. II, p. 25. Cette lettre est le plus admirable réquisitoire que nous connaissions contre « l'antisémitisme ».

2. I, 199. « Un sot trouvei fort singulier qu'on puisse être persan », dit le P. Adam en un spirituel petit ouvrage : « Inslriiction du P. Gardien des capucins de G... à un jeune frère quêteur partant pour le clmlean de F{erney), ouvr. trad. de l'italien. Amst. (Avignon) 1772, 8", 99 p., qui répondait à VJnsIrnclion <lu Gardien des capucins de lUK/use à Frère Pediculoso parlant pour la Terre sainte. Dans ceUe dernière brochure^ Voltaire traduisait ainsi Osée 1, 2 : le Seigneur ordonne au prophète de prendre ime femme de fornication, « parce que la terre fornicante forniquera du Seigneur ». Fornicari a Domino, dit justement Adam, signifie : s'éloigner du Seigneur par des idolâtries, expression courante de l'Kcriture. « l'n homme sage se transporte aux lieux et au temps dont on parle. Il n'en juge point par nos miœurs actuelles ». 7."?.

3. Guénée lut à l'Académie des Mémoires sur la fertilité de la Palestine, qu'on trouvera dans les dernières éditions des « Lfttres ».

4. Il s'effraie des obstacles nuWbraham eut à surmonter pour venir de Clialdée en Palestine, car il y avait cent lieues de Haran à Sichein. Mais personne, réprmd Guénée, ne sait au juste où était Ilaran et des nomades n'ont jamais reculé devant cent lieues, même avec des déserts à traverser.

« Quand on veut se mêler de critiquer quelqu'ouvrage, on doit « avant tout savoir la langue dans laquelle il est écrit. Vous l'avez <( senti. Monsieur, et c'est par cette raison que vous avez donné, « dit-on, une partie considérable de votre temps et de vos soins « à l'étude de l'hébreu » (1). De là ces considérations sur la difficulté de la langue hébraïque, la pauvreté de son vocabulaire, l'obscurité de ses deux « modes », le présent et le futur. Mais quoi, vous avouez : « J'ai pris un rabbin pour m'enseigner l'hé- <i breu, je n'ai jamais pu l'apprendre. — Jamais ! l'aveu est net, « formel, par conséquent généreux. Que ne l'avez-vous fait, « Monsieur, avant nos lettres ?... il ne sait pas l'hébreu, il n'a « jamais pu l'apprendre » (2). « Ces gasconades d'érudition ne (S peuvent avoir qu'un temps ; le moment vient où le masque « tombe et une petite humiliation bien méritée succède à un vain « triomphe » (3).

Voltaire n'est-il pas de mauvaise foi quand il dit que 24.000 Israélites furent massacrés par Moïse pour s'être laissés séduire par les femmes moabites, alors qu'il s'agit d'une épidémie envoyée par Dieu? (4). Quand il accuse les juifs d'anthropophagie parce que, au cas où ils transgresseraient la loi, ils connaîtront, d'après Moïse, l'horreur des sièges où l'on s'entremange ? (5). « Si l'on menaçait « un cannibale de lui faire manger de la chair humaine, on le « ferait rire » (6). — Cependant Ezéchiel promet aux juifs qu'après une invasion de Gog (les Scythes ?) ils mangeront la chair des chevaux et des cavaliers. — Cette promesse est faite aux oiseaux et aux bêtes sauvages (7). Et que penser du philosophe s'il connaît le vrai sens du texte sur le « déjeuner d'Ezéchiel » ! (8).

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