‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 319 sur 397 · T. III, fis · texte numérisé non relu

T. III, fis

.'>. Les Quakers à leur frère V..., lettres plus philosophiques que *** sur sa reliijion et ses livres. Lond. et Paris 17fi8 et 1777, 8". V. Grinun VIII, 213. Rien de plus neuf dans le mainiel d'apologéthiue de Haillij. bientôt classique : Trac-

devant l'hypothèse d'une formation graduelle de la légende, dans la pénombre, loin du contrôle public. Il n'est pas entièrement démontré, au reste, que les faits avoués fussent impossibles sans ce fait surnaturel.

U Avertissement que l'Assemblée du clergé de 1770 publia sur les dangers de l'incrédulité est habile et bien fait. Les auteurs cnt enfin compris ce qu'il fallait au temps. Plus de dogmatique, mais un pragmatisme dans le goût du jour. C'est l'utilité du christianisme que l'on nie après avoir ruiné sa vérité ; on l'a dit superflu, puis nuisible ; d'Holbach en fait maintenant le fléau de l'humanité. Au moment où la sensibilité devient à la mode, l'Avertissement montre dans la religion une source de félicité pour les âmes sensibles. Elle seule inspire les sentiments nécessaires à l'accomplissement du devoir. « Notre faiblesse, nos im- « perfections... tout annonce la nécessité et les avantages d'une « révélation ; elle seule nous ouvre le chemin de la vérité et du « bonheur » (1).

Ceux qui veulent à tout prix trouver du nouveau commettent Malavisés des imprudences. Avec l'arrière-pensée d'infirmer la valeur historique des légendes païennes et de les rendre incomparables avec l'histoire sainte, Bergier cherche dans la mythologie une physique non une histoire (2). Le xviii" siècle substituera en effet à la conception courante : les dieux furent originairement des hommes éminents ou utiles, celle-ci : ce sont des génies présidant chacun à un ordre de phénomènes ou ces phénomènes allégorisés.

tatus de vera religione. Divione 1771, 2 v. 12, dans le Catéchisme philosophique de Feller ou « recueil d'observations propres à défendre la religion chrétienne contre ses ennemis », Liège 1772, 8" ; rééd. 1777, 87 et dix fois au xix» siècle. Quelques tentatives pour prendre le ton du jour restent bien niédiocres. Voici le genre d'un ouvrage anonyme : Nos philosophes déconcertés. La Haye 1770, 8". « Voyez-vous ce singe qui joue avec une noix ? quelques fibres de plus dans « son crâne, il penserait tout comme moi, dirait des facéties, composerait des « brochures, rimerait des fatuités à Iris et régenterait plus de dames que le « gros abbé ***. C'est un tournebroche et je suis une montre à répétition » p. 7. — « Les Américaines » par Mme le Prince de Beauniont. Lyon 1770, 3 v. 12 sont de fades dialogues entre une institutrice catholique, « /« Bonne >>, et miss Préjugé, lady Inconséquente, miss Chchmpêtre, M. Belesprit. un ministre calviniste, un nxinistre arien, un rabbin etc.. etc.. L'ouvrage le plus solide est l'Histoire de l'éJablissenient du christianisme par Ballet, Paris 1764, 8", répertoire complet mais rébarbatif des témoignages païens et juifs favorables ou défavorables au christianisme. C'est un ouvrage de référence, illisible au grand public.

1. P. 4. C'est l'esquisse d'un retour à Pascal à travers Rousseau. « Tout y est plein de sa;::csse, de douceur et d'onction », dit Fréton de ce manifeste. An. lit. [.Ô.3], 1770, t. IV, 172.

2. L'Origine des dieux du paganisme et le sens des fables découvert par une explication suivie des poésies d'Hésiode. Paris 1707, 2 v. 8».

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Mais Bergier préparc les voies à Dupuis, qui étendra au ehristianisnie l'explication astronomique des religions (1).

Lefvanc joue le jeu dangereux qui consiste à démolir chaque opinion par l'opinion plus avancée (2). Il a bien vu le progrès du déisme à l'athéisme à mesure que le siècle avance, mais sommer le Français de 1770 de choisir entre tout et rien, entre le bloc catholique et le pyrrhonisme est une lourde maladresse. C.e n'est pas ce qu'il fallait pour conserver quelque religion aux Français, déistes intellectuels et calmes qui, en majorité, ne suivront i)a.s d'Holbach mais qui n'entendent i)as être (fènés par Rome.

L'n autre malavisé, l'abbé (îiiidi, essaie de faire passer l'Eucharistie, l'Incarnation, la Trinité, à la faveur d'un miracle opéré par le Saint Sacrement sur un paralytique, à la procession de la paroisse de St-Côme le 25 mai 1769(3). Depuis l'aventure de Paris il était délicat d'exploiter un prodige conten)porain. On ne prouvait pas facilement aux douteurs que le paralyli(}ue fût incurable et ([ue le Saint-Sacrement fût le seul agent de la guérison.

La philoso- Plus imprudents encore ceux qui, pour compléter l'argument phie mal- pragmatique. ])cignent la malfaisance de la philosophie et procèfaisante dent contre les incrédules par des insinuations ouirageantes. « J'ai vu des échafauds teints d'un sang parricide, des maisons « dépouillées et démolies jusque dans leurs fondements, des <« vieillards proscrits traînant après eux des enfants marqués au « sceau de l'infamie. C'était un fils scélérat qui par système phi- « losophique sacrifiait tout à ses penchants... L'œil d'un père « économe et censeur lui était odieux ; le déisme l'a armé d'un « (/laive, il a tremjjé ses mains dans son sang » (4).

1. Un nommé Rehescourl donna l'exemple d'une démence analogue, dans ses Mystères du chrislianisme approfondis rudicaleinent et reconnus physiquement vrais (an.) Lond. 1771 et 7,">, 2 v. 8". Les mystères sont des ligures des réalités physiques. Moïse reproduit la cosmogonie égyptienne sous des symboles légèrement dilTérents. Adam est le globe terrestre d'où sont sorties toutes les races d'hommes, Eue l'eau vivifiante.

2. Lu reliyion vengée de l'incrédulité par l'incrédulité elle-même (an.) Paris 1772, 12. Les journau.x louèrent la logique de cet ouvrage : « On verra i)ar « quelles discussions solides, par quelles conséquences nécessaires sa logique « pressante et lumineuse conduit de proche en proche les incrédules à ce déliie •( complet de l'esprit humain « (le pyrrhonisme). Trév. nov. 1772, p. 357. Le Journal encyclopédique copie quasiment ce filet : [06] mars 1773 p. 207.

3. Entretiens sur la religion entre un jeune incrédule et un catholique (an.). Kn Krance 1709, 12 ; suivis de 2 vol. d'Entretiens philosi)phi(iucs sur la religion contre le matérialisme, Paris 1771 et 72, 12. « De tous les écrits qu'on a fait l)arnitre depuis bien des années en faveur de la religion, oelui-ci est peut-être par la forme le plus i)ropre à ramener ceux qui ont de l'élnignement pour elle •> . Trév. cet. 1772, p. 111.

4. Le P. Fidel, de Pau : Le philosophe dithyrambique (an.) Paris 170.'», 12.

« Que ne puis-je ici nommer, s'écrie Caraccioli (1), tous ceux « qui se sont défaits pour avoir lu dans les livres de nos esprits « forts que tout périt avec nous ». — « Interrogez les pères, les « magistrats, les supérieurs même des communautés... et tous « vous répondront qu'il n'y a plus de subordination » (2). Car secouer le joug de la religion c'est apprendre à secouer les autres.

Verxes lui-même, qui fut lié avec Voltaire et Rousseau, invente Vernes le roman d'un jeune homme perverti par un ami philosophe (3). Son père meurt en apprenant ses débauches. Il se console par les principes philosophiques sur les rapports des pères et des enfants, et entreprend de « déconvertir » la femme de son patron, Mme Hébert, on devine à quelle fin. N'obéit-on pas toujours à son intérêt et les vices des particuliers ne contribuent-ils pas au bien public ■? Mais « les noms seuls d'ivrognerie, de prostitution pré- « sentent à l'esprit une foule de maux ! — Très bien. Madame, « les noms. Mais qui est-ce qui s'en sert ? le petit peuple. Les « gens bien élevés ne disent pas grossièrement un ivrogne mais « un bon compagnon, une prostituée mais une fille qui est en « liaison, un voleur mais un homme qui est aux ressources, un « adultère mais un homme qui est bien avec Madame, un blasphé- « mateur mais un homme à saillies » (4).

Hébert trahi meurt de chagrin. Sa femme s'en console en 8 jours, mais elle tombe malade. Son ami lui démontre que le suicide est légitime, que le mariage qu'elle lui demande est un joug contre nature. Enceinte malgré l'usage d'abortifs, elle meurt d'une fausse .couche dans un affreux désespoir.

Cette horrifique aventure fit hausser les épaules aux philosophes. Grimm s'en montre agacé.

« C'est-à-dire, commente Grimm, le philosophe charlatan, obscur, obscène, hypocrite etc.. etc.. Cela est plaisant à force de bêtise et de violence >>, VI, 383. V. aussi VII, 5. Fréron trouve pourtant le moyen d'admirer : <- Si le style « alternativement élevé, trivial et plat prête quelquefois à la plaisanterie, les « matières dont il parle sont respectables ; tout y est édifiant ; il y a même « des raisonnements pleins de force et de la plus grand* clarté •>. An. lit. 1767, t. I, 305.

1. La Religion de l'honnête homme, Paris 1766, 12 p. 269. Bersot dit qu'à Paris en 1783, « il n'y avait presque pas de jours sans suicide ». (xviiio s, [79], I, 204). Nous ignorons où il a puisé ce renseignement. Le suicide de 2 dragons matérialistes en 1774 fit grand bruit. Ils laissaient une lettre et un testament qui inquiétèrent Grimm lui-même : « Ces 2 pièces sont peut-être un exemijlc des rav£(ges qu'une philosophie trop hardie peut causer dans des têtes mal disposées ou qui n'ont reçu qu'une instruction superficielle ■> . X, 341.

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