‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 32 sur 397 · Paris. Débats · texte numérisé non relu

Paris. Débats

Si cette côte était nécessaire à la perfection du corps d'Adam. « Quelques docteurs croient qu'elle y avait été mise comme sur- <■ numéraire pour servir de matière au corps de la première « femme, mais ils prétendent qu'il ne fut pas monstrueux parce « que cette côte n'y resta que fort peu de temps et qu'elle était si « bien couverte de chair qu'il n'y paraissait nulle difformité )> (1). Auquel des deux cette côte doit être rendue au jour de la résurrection ? Si Adani a pu légitimement épouser Eve et si leur mariage n'est point « contre l'honnêteté publique » (2). Si le paradis était sur la ligne équinoxiale. S'il était dans le monde de la lune. Si le corps d'Adam en l'état d'innocence aurait été comme les nôtres sujet ù quelques superfluités. De quelle espèce de serpent était celui qui tenta Eve. D'après Pererius, ce fut le Scitale, (' qui est si beau, dit Sol in, que par la diversité éclatante de ses « écailles et de ses couleurs, il arrête les passants qui le regar- « dent et les rend comme stupides « (3). Mais Delrio croit que c'était une vipère, parce que Jean-Baptiste nomme les juifs diaboliques « race de vipères «, Eugubin croit à un basilic, parce qu'il a une couronne sur la tête qui le montre roi des serpents, mais il est trop petit, laid et malfaisant.

Sans doute, ces dissertations ne sont pas l'essentiel de la spéculation théologique au temps de Malebranche. Elles ne révoltent pas encore cependant le public religieux, et il n'est pas rare de trouver chez les apologistes graves un écho des préoccupations de notre auteur. C'est dire qu'ils étaient mal préparés à comprendre ou à réfuter la critique biblique déjà solidement munie.

Allix, ancien pasteur de Charenton, érudit estimé, ne craint pas de tirer parti des passages choquants de la Bible (4) : Moïse, si sage, n'aurait pas rapporté en détail des futilités, des crimes, des obscénités, si tous ces traits n'avaient pas de rapport à l'attente du Messie ; l'histoire des filles de Loth, celle de Juda et Thamar, de Léa et des mandragores montrent le désir du Messie obsédant dejjuis Adam l'esprit des anciens fidèles (ô). Dieu utilise

4. Dans ses Ré/le.vions sur tous les livres de l'Ancien et du Xoiiveau Testament pour établir la vérité de la rel. chrét., Amst., 1689, 2 v. 8». L'ouvrage comprend .■? parties. La 1", sur le Pentateuque, parut à Londres en 1687. La 2" est sur les Prophètes, la 3' sur le X. T. (V. Fabricius : Deleotus argumentorum et sytlubus srriptorum qui veritatem religionis christiante adversus Atheos etc.. asseruerunt. Hamburgi, 172r>, pet. 1", p. 133i. Allix. né à Alençon en 1G41, mort à Londres en 1717, avait étudié à .Saumur et à Sedan. Il ouvrit après la Révocation une église de réfugiés à Londres, fut nommé docteur en théologie de Ciimbridge et d'Oxford, honoris causa, et chanoine de la cathédrale de Salisburj-.

ô. l'*^ part., c. 9.

même la haine et la jalousie comme des scnUments mnémotechnifjues. Il choisit presque toujours des indignes pour que la colère des autres maintienne le souvenir de la promesse. Juda est préféré à Huben, Jacob à Esaù, David, cadet des enfants d'isaï, à ses frères, de même Salomon lils de l'adultère.

L'auteur n'a pas trace de sens historique. Il se représente Adam, puis Seth, Enoch, tenant des « assemblées religieuses » chaque sabbat et faisant un « sermon sur la promesse du Messie » pour en enseigner la tradition à leurs descendants.

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