Ps. L-ÎR
ont souvent péché ; Paul s'emporte contre le Souverain Sacrificateur, il dispute avec Pierre. Ils connaissaient les principes de la religion jutlaïque et le fond de la religion chrétienne, et raisonnaient ensuite sur ces bases avec leur raison humaine. On ne doit donc pas regarder toutes leurs paroles comme des oracles. Les martyrs protestants, avec les simples forces de leur esprit, ont tenu devant les juges des discours aussi beaux que ceux des ai)ôtres. Si l'inspiration des apôtres était telle qu'on le i)rétend, ils seraient sur ce point les égaux de .lésus-C.hrist.
En somme, Leclerc fait partie de ce groupe intermédiaire de chrétiens que les incrédules tirent volontiers à eux parce qu'il insiste sur le caractère raisonnable du christianisme. Il dépouille If: religion de tout l'adventice pour la rendre moins vulnérable. Les protestants écartaient déjà ce qu'ils appelaient les « additions » catholiques, pour limiter leur foi à l'Ecriture. Leclerc concentre cette foi sur l'essentiel de l'Ecriture, sur l'évangélique. I! n'est pas moins jjieux, il est plus moderne. Il diminue en lui non la foi a qua creditur », mais celle « qiuc creditur ». Il endurasse d'une foi aussi intense des objets moins nondjreux.
Leclerc et Simon, attaqués tous les deux pour leurs conjectures criticpies, continuèrent à disputer entre eux au sujet du Pentateuque. 11 n'est i)as utile de suivre ici les j)hases de ce débat (1). 11 restait de leur tentative la méthode qui leur était commune, et le ])remier résultat de son application qui ressemblait à la conclusion de Spinoza : Le Pentateuque n'est pas, au moins tout entier, écrit de la main de Moïse. Par là la concei)tion orthodoxe de rins])iration était fortement ébranlée. Le catholique et le protestant s'unissaient dans une même antipathie pour la spéculation et, au fond, i)Our la théologie, Simon parce que la ])réoccui)ation théologi(|ue vicie l'exégèse, Leclerc i)ar pudeur rationaliste (2).
Après avoir montré leur méthode en action, Simon dans son Histoire critique, Leclerc dans ses Commeutuires sur le Penta-
1. Simon oppose à Leclerc une " Réponse au livre intitulé : Sentimonls... », Rolterd., KilS, 1". l.cclerc répli(|ue par la <• nél'cnse îles Sentiments... >■ , Anist., lf)8() et KlSi», 8". Simon riposte par le li-aité • De' l'inspii-alion des livres sacrés ... Rot., 1087 et IfiltO, 1", suivi de la . Héponse au livre intitulé : Défense des Sentiments... jiar le prieur de Bolleville ». Le traité do l'Inspiration s'applique <> ù satisfaire quelques théologiens de Paris qui ne peuvent concilieil'inspiration de l'F-criture avec ce qu'on a dit des écrivains publics chez les Hébreux ■■. f.\vertissenient).
2. • Les lumières de l'espril ne vont qu'aussi loin (pi'il faut ])our réj^ler notre conduite sur l:i volonté de Dieu et pour j)arvenir au souverain bonheur ». l'arrluisiuna. t. 1, .'t.'».'). Sur l'union de .!.-(".. avec Dieu, pnv exen>ple, ■ il ne faut pas s'inia(>iner d'en savoir ])lus que ce qui nous a été révélé, mais se conlenler de cela sans y rien ajouter ■. Ih., 419.
tcuque il), ils en exposèrent les principes: le premier dans son Traité de l'Inspiration des livres sacrés (1687), le second dans VArs critica publié seulement en 1696 (2). Voici les idées de Simon :
On doit accorder l'inspiration des livres sacrés avec la raison.
La critique regarde aussi bien les livres sacrés que les livres profanes.
On a toujours fait la critique des livres saints même dans les siècles les plus barbares.
Il n'y a pas eu de Providence spéciale pour la conservation des livres saints, comme le croient par erreur les juifs et quelques protestants dont Spanheim le jeune (3).
11 faudrait, tout en laissant la Vulgate dans l'usage de l'Eglise, en faire une nouvelle sur les originaux (4), à laquelle on se référerait dans les doutes.
11 est indifférent que Moïse ait écrit de sa main le Pentateuque ou par des scribes (5).
Ces scribes rapportaient ce qu'ils avaient vu et entendu, tout comme Luc et Jean ; ils étaient inspirés au même titre (6).
Quand on dit que les livres de l'Ecriture sont des abrégés, on ne veut pas dire qu'ils soient imparfaits.
D'ailleurs, — et ceci est le coup de massue, — l'hypothèse des scribes est le seul moyen de ne pas ruiner l'autorité des livres de Moïse, puisqu'on y trouve des noms inexacts, des faits postérieurs à lui, etc..
Suivait la critique des onze objections de Spinoza contre le Pentateuque, pour montrer comment on doit s'y prendre lorsqu'on est compétent. Aben Ezra, qui l'était, n'a point du tout tiré de ses
1. ' Genesis sive Mosis prophètes liber I, ex translatione J. Clerici, cum paraphrasi perpétua, comnientario philologico, dissertationibus criticis et tabulis chronologicis. « Amst., lt)93 fol., et Mosis prophelœ libri lY, ib.. Ed. plus complète 1710.
2. « Ars critica in qua ad studia linguaruni latinte, grœcœ et hebraicae via munitur, veterumque emendandorum et spuriorum scriptorum a genuinis dignoscendorum ratio traditur. " Amst., 1G9G, 2 v. 8°. Il y evit 5 éditions, les deux dernières, 1712 et 1731, augmentées. On peut y joindre : « Epistolse critica* et eeclesiasticae in quibus ostenditiir usus urtis criticœ ». Amst., 1700, 8».
3. On saisit ici une des habiletés de Simon, qui consiste à démolir aux dépens des hérétiques une idée courante aussi dans l'Iîglise.
4. Autre habileté. Cette concession grave au bon sens et à la science sentait jusqu'alors l'hérésie. Simon la fait passer en ne perdant pas une occasion d'exagérer les fautes des versions protestantes et de la janséniste (Version de Mons).
T). A moins que ces scribes ne soient des particuliers sans commission. 6. Rapprochement contestable, car Jean au moins a reçu le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte.
observations les conséquences qu'en tire Spinoza, disciple de La Peyrère. On peut admettre des interpolations dans un livre sans en nier l'authenticité. — Sans doute, mais à la condition d'adopter un système à la Simon, ce qui n'est guère moins funeste aux yeux de l'orthodoxie.
Voici donc quelles sont, en 1085, les pointes poussées par la critique :
Abex Ezha, dont Spinoza vulgarise les remarques, a relevé dans le Pentateuque des anachronismes et des interpolations.
Louis Cappel a montré que même le texte sans voyelles de l'Ancien Testament n'est ])as exempt de fautes (1).
HoHHES sujjpose que Moïse a écrit seulement les chapitres 2 à 27 du Deutéronome.
La Peyiu-:he dit : nous n'avons que des extraits et des fragments des livres de Moïse aujourd'hui disparus (2). Le monde est beaucoup plus ancien que ne le laisse croire la Cienèse,
Spinoza : le Pentateuque et les livres historiques sont i)robablement d'Esdras.
Simon : Moïse est l'auteur des lois et des ordonnances ; sur son ordre, des écrivains publics ont rédigé la partie historique.
Leclehc, qui renonça ])lus tard à son système : le Pentateu(iue est l'dHivre d'un sacrilicatcur israélite envoyé de Babylone jjour instruire les nouveaux habitants de la Palestine, .sous le règne de .losias.
Ces deux derniers auteurs, hommes de foi, essaient de fonder sur la seule connaissance des langues et de l'histoire la criti(|ue indépendante, qu'Erasme avait recommandée. Avec eux l'ennemi est dans la i)lace.
Or, voici où en sont encore certains chrétiens à la fin du xvii" siècle.
Les I^a même année (|ue l'Histoire criticpie du Vieux Testament,
Attardés ])araissaient les « Qucslions curieuses sur hi Genèse, expliquées ]iar les Pères de l'Eglise et par les plus doctes interprètes » (3), par P. A. M. C'est un fatras ridicule des imaginations des Pères, et des i)r()l)lèmes saugrenus chers aux docteurs du moyen âge. De quel côté cVAdam Dieu tira une côte : du gauche, le plus faible, parce que le cor])s des femmes est i)lus faible et parce que le cœur, siège de l'amour, si puissant chez les femmes, est à gauche.
1. « Crilica sacra sivc de variis qutr, in sncris V. T. libris occurriint leitionibus lib. VI. » Paris, lO."»» fol. L'auteur avait déjà prouvé la nouveauté des points voyelles (jue l'on croyait antiques et divins.