V. de curieuses citations à ce sujet dans Bernard
L'éloquence chrétienne se fait ik- plus en plus moderne avec l'abbé de Boismont, qui loue la philosophie d'avoir contribué à « ])urger la terre de la superstition et du fanatisme, à éteindre le « feu des bûchers, à ridiculiser ces vaines disputes qui déshono- « rent l'éternelle vérité «(1); — avec Faiichet {2) le vainqueur de la Bastille, Boulof/ne, Maiirij, qui donna de l'esprit à Louis XVI. Comme il prêchait le carême à la cour en 1781, le roi aurait dit, d'après Grimm (3) : « Si M. le prédicateur avait parlé de religion, il aurait parlé de tout ».
Ces prêtres au ton laïque maintiendront la religion à travers l'orage révolutionnaire. Leur église les accuse d'infidélité (4), pour des raisons peut-être plus politiques que religieuses. Ils voulaient que le christianisme ne perdît pas toute action sur la société. Le pieux Caraccioli partageait leur modération quand il faisait dire au pape Clément XIV : « Malgré les affreuses conséquences de la « nouvelle philosophie, je suis d'avis qu'on ne doit point irriter « ceux qui la professent. Il y a des inconvaincus qui méritent de « la commisération, parce qu'enfin la foi est un don de Dieu. « J.-C. qui tonnait contre les pharisiens ne dit rien aux sadu- (i céens » (5).
Au reste la morgue d'autrefois est rare. Blasés sur les horreurs et les blasphèmes, débordés par les productions impies, les apologistes s'affligent, n'injurient i)lus ; et quand un attardé dit des philosophes que « assis dans la chaire de pestilence ils y débitent
1. Discours pour une assemblée de charité. Migne [10] t. 05, col. 7G0, c. p. Bernard 47G. Grimm était fort content t. XIII, 153. Th'jrel de Uoismonl, ancien vicaire général d'Amiens, prédicateur ordinaire du roi a laissé des Oraisons funèbres de Louis XV, de la reine, du dauphin, de Marie-Thérèse et des Sermons, Paris 1805, 8".
2. Discours sur les mœurs rurales, Paris 1788 ; Migne t. OC. .3. Corresp. t. XII, 497.
4. L'abbé Bernard les défend contre ce reproche, dans l'ouvrage que nous avons souvent cité. V. p. 397, 400 sq. A côté d'eux, des prédicateurs comme Lanfant, Beauregard, Asselin, faisaient entendre une note nettement religieuse. Ih. 192 sq.
5. Lettres intéressantes du pape Clément XIY (Ganganelli) Ir. de t'ilalien el du latin (an.i Paris 1775, 12 ; lel. 21 p. ^07. Le succès de ces « Clémentines » fut grand. La tolérance de l'auteur et son ton « franciscaiin >« eurent le don d'exaspérer f|uelques apologistes partisans de la manière forte. Le P. Ch. L. Richard s'indigne parce qu'il se mo<iue des moines, des indulgences, des dévotions extérieures. Préservatif à toutes les personnes f/ui ont les Lettres faussement attribuées au pape Clament XIV. Deux Ponts 1770, 12. Le jésuite Bonnaud l'appelle « un colonel au service de tous les partis, parti philosophiste, parti janséniste, parti économiste ». Le Tartuffe épislolaire démasqué. Liège 1777, 8» p. 181. V. Laharpe : Corresp. lit. t. L 305, 349. Pour l'attribution, V. Lettre du Frère François cuisinier du pape Oanganelli sur les lettres de ce pontife... Luques et Paris 1770, 12 ; et Caraccioli : « Remercianents à l'auteur de l'Année littéraire de la part de l'éditeur des lettres 'du pape Ganqanelli « . La Haye et Paris 1777, 12.
la morale de Lucifer » (1), ses paroles rendent le son d'un autre âge.
Les meilleurs sont découragés par la diminution du clergé, sa Décadence décadence morale et intellectuelle. « Un respectable prélat disait, du clergé « il y a quelques années : depuis six ans que je suis évèque, j'ai tf vu mourir 253 prêtres dans mon diocèse et je n'en ai pas or- « donné 100. Ainsi voilà pour le clergé de ce pays-là une dimi- « nution de trois cinquièmes pendant 6 ans » (2). Ceci est écrit en 1779. On sait comment à la veille de la Révolution, les couvents, pleins de biens, étaient vides d'hommes. Dans le gras Soissonnais, les 2.600 hectares de l'abbaye de Longpont nourrissaient le commendataire et 10 moines (3). C'est pour 9 religieux qu'on édifiait près d'Arles, à Montmajoiir, le palais dont nous contemplons les murailles interrompues.
Or ce clergé riche est avare. Il a repoussé malgré la misère du peuple l'impôt du 50" proposé par Paris-Duverney, l'impôt du 20" proposé par Machault. Quelques-uns de ses plus hauts dignitaires ont déshonoré le ministère par leurs moeurs. L'église de . Tencin, de Dubois, de Rohan, est envahie, dit l'abbé Barriiel (4), par des prêtres cupides et sans vocation, et le P. Lambert, dans une Requête des fidèles à XX. SS. les évêques de l'assemblée générale du Clergé de France (5), fait entendre à quelques prélats de dures vérités. « C'est leur faste, leur orgueil, l'abus horrible qu'ils " font pour la plupart du patrimoine des pauvres, leur ambition, « leur zèle aveugle et amer qui offrent aux déclamations irréli- <> gieuses des libertins des prétextes trop plausibles et une ma- « tière trop abondante o (6). Ils ne résident pas, car « il leur « tarde de déposer un personnage auquel un reste de bienséance
1. Lancelin : « Le .triomphe de la religion », Paris 1785, 12, p. XXIX.
2. Conférences ou discours contre les ennemis de notre sainte religion, par il. Reurier, prêtre eudiste, Paris 1779, 8°.
.S. Abbé Corneaux : « Longpont et ses ruines ->, Soissons Fèvre-Daicv, 1879, 10, p. 78.
4. Le patriote véridique ou discours sur les vraies causes de la révolution actuelle, Paris 1789 8». Barruel (1741-1820) ex-jésuite, fut professeur en Autriche après la dispersion de son ordre, puis aumônier honoraire de la princesse de Conti. Il rédigea seul et avec un gi-and courage le Journal ecclésiastique, de 1788 à 1792. Réfugié en Angleterre pendant la Terreur, il publia 2 livres sur la Révolution. Son principal ouvrage est Les Helviennes ou Lettres provinciales philosophiques Paris 1781, 12 et 1785-88, 5 v. 12, qui furent très appréciées. (V. /. eccl. [55] juil. 1788 p, 260).
5. An., s. 1. n. d. 1780, 12. Bernard Lambert (1738-181.*!), dominicain janséniste, écrivit divers ouvrages apologétiques, dont un contre Dupuis (1796), fournit les matériaux de 1' u Instruction pastorale » de Montazet (1776) et combattit sous la Révolution l'église constitutionnelle.
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« les force mais qui coûte trop à leurs passions. // faut à leurs « {/oùts plus de liberté et c'est dans la capitale qu'ils la trouvent: « ils se flattent de s'y cacher dans la foule et d'échapper par ce (( moyen à la censure publique » (1). — « Toutes les places étant « fermées au solide mérite et les dignités de l'église envahies par « l'ambition et l'intrigue, le dépôt de la religion a bientôt dépéri « en des mains malhabiles ou infidèles » (2).
D'autant plus que l'éducation de la jeunesse cléricale est négligée.
Les querelles religieuses ont nui aux études et jeté le discrédit sur la théologie. Les jansénistes, (jui étaient les plus fervents théologiens, ont été persécutés et quelques évèques ont interdit aux jeunes clercs la fréquentation des Universités suspectes. L'enseignement est donné dans les séminaires, à l'aide de manuels médiocres dont la Bibliothèque ecclésiastique (3) de Gui/on est le type. Aussi les diplômes délivrés par les facultés diminuent-ils (4) et la préparation théologique des prédicateurs séculiers est-elle insuffisante.
(]ctte culture indigente, tout autant t|ue l'influence du siècle et le long règne des jésuites, explique le relâchement dogmatique des défenseurs de la foi.
Le janséniste abbé Rivière, dit Pelvert, a signalé leur glissement vers le déisme, sous la poussée moliniste. Nous avons noté en i)lusieurs rencontres le curieux elTort des jésuites pour s'adapter au siècle et rendre la religion plus humaine (5). Pelvert leur reproche d'accepter la distinction de la religion naturelle et de la révélée, la première répondant à ce fameux état de nature, fétiche des
2. p. 40. Ambition, goût des plaisirs, indiscipline font que « le corps de l'église gallicane se corrompt de plus en plus ; tout tombe en dissolulion ■: c'est un malade qui passe des agituitions du délire à l'enijourdisseinent de la lélhanjie » p. 6. Cette église i>orte les deux germes de mort de la synagogue : l'impiété des saducéens, la prés()m])tion <les jiharisiens. Le mal était ancien. En l/OO un avocat, Chiniac. de la liaslide. disait les tares des ecclésiastiques générales et effroyables. Le miroir fidèle on Entretiens d'Ariste et de philindor.^. pur M. le Chevalier de C. de lu li. Lond. et Paris 12. En 1762 un janséniste, l'abbé Ciiidi. écrivait aux prélats assemblés :
« Quels évèques, grand Dieu, que ceux que j'aperçois ! Hélas, sont-ils chrétiens ? L'est-on sans innocence, L'est-on sans charité, sans foi, sans pénitence ?... Vos trésors ne sont pas mes dons mais vos larcins... Sous l'habit des pasteurs on reconnaît les loups ». La Reli(jinn à l'assemblée du Clergé de France \de 1761] ; poème. En France 12, p. 2 et .3. Le po<"me fut brûlé. (V. Grimm V, 1.'?2i.
3. « par forme d'instructions dn(jmati<iues et morales sur lonic la religion >'. Paris 1771, 8 v. 12.