V. Bernard o. c
.'). V. notamment lierruyer. p(, .190.
philosophes, et suffisant au salut (1). Leur indulgence pour les rites chinois procédait de la même vue. Elle leur était suggérée non seulement par le besoin de s'adapter au monde pour le gagner, mais par l'élargissement intellectuel que leur valaient leur expérience missionnaire et le contact avec des peuples moraux quoique païens.
Pelvert proteste encore contre le passage insensible de certains dogmes durs au rang de simples opinions. La Sorbonne elle-même admet ce relâchement, et Longuet archevêque de Sens s'oriente délibérément vers ce qu'on appellera cent ans plus tard « l'évolution des dogmes -s en soutenant que lorsqu'une doctrine ne passe plus que pour une opinion dans l'esprit du plus grand nombre des docteurs et pasteurs de l'église, elle n'a plus réellement que l'autorité d'une opinion (2). Quatre apologistes jésuites : Delamare, Floris, Paiilian, Xonnotte ont ainsi énervé les dogmes du péché originel et de la damnation des païens (3).
L'affaiblissement des connaissances religieuses se fait également Ignorance sentir chez les fidèles, car peu d'évêques ont eu le zèle de Partz des fidèles de Pressy, évêque de Boulogne, qui poursuivit dans ses Instructions pastorales une réfutation d'ensemble de l'incrédulité (4). La jeunesse est particulièrement mal instruite. Ce fait et l'interruption de l'enseignement religieux pendant quelques années de la Révolution, expliquent l'étonnante ignorance de la génération de 1800 et la facilité avec laquelle les pauvretés intellectuelles du (' Génie du christianisme » seront acceptées.
Guidi se plaint que les enfants reçoivent dans les collèges une
1. Lettres d'un théologien à M"' sur la distinction de Religion naturelle et de Religion révélée et sur les opinions théologiques, s. n. n. L 1769, 4 let. in-12. 3- let. rééd. 1770 ; éd. compL (6 let.) 1776,
3. Lettres d'un théologien à M"* où l'on examine la doctrine de quelques écrivains modernes contre les incrédules (an.) s. 1. 1776, 8". Delamare a écrit : La foi justifiée de tout reproche de contradiction avec la raison 1762 ; Floris : « Les droits de la vraie religion » 1774 ; Paulian : « Dictionnaire philosophothéologique » 1774 ; SonnoLte : « Dictionnaire philosophique de la religion >> . 1774. Guidi avait aussi reproché aux modernes d'imiter Hardonin et Rerruyer « qui pour délivrer les incrédules de leurs diflicultés sur les mystères de la religion ont fait main basse sur tous les mystères », {Lettres à .1/. le Chevalier, 1770, p. Vil, et le censeur Riballier avait jugé à propos d'adoucir quelques-unes de ses expressions {ib. XXII i. Parmi les ouvrages qu'atteint la critique de Guidi et de Pelvert, on peut citer VEsprit des -apologistes de la religion chrétienne (Bouillon 1776, .'? v. 16) du curé Bardou, qui atténue l'inspiration et sauve les païens en s'appuyant sur ce mot de J.-C. : si les juifs n'avaient point vu mes œuvres ils ne seraient pas coupables, t. II, 259.
4. Instructions pastorçles et dissertations théologiques sur l'accord de la foi et de la raison. Boulogne 1786, 2 v. 4". Ces instructions datées de 17G7, 72, 74, 76, 86, défendent surtout les mystères contre Bayle et Rousseau.
éducation toute païenne (1), et le chanoine Aiiinc, d'Arras, propose « de faire employer aux jeunes personnes bien nées de l'un et de « l'autre sexe l'année qui précède immédiatement celle où ils « doivent entrer dans le monde à l'examen et à l'étude des fon- « déments de la foi » (2), Il leur offre lui-même un guide, mais il omet imprudemment les difficultés tirées de la chronologie, des contradictions et de l'immoralité de la Bible. La marquise de Sillerij, ci-devant comtesse de Genlis, en propose un autre, fait pour le duc de Chartres « auquel il a été lu manuscrit sur la ffn « de l'année 1786, quelques mois après sa première commu- « nion » (3).
Mais il faut aussi instruire le peuple, car « le souffle empesté « de la contagion frémit déjà autour de la cabane du pauvre et « des ateliers de l'artisan » (4). L'apparition d'une apologétique populaire prouve que ceci n'est plus rhétorique de mandement.
1. Entretiens philosophiques sur la religion, Paris 1709, 71 et 72, 3 v. 12.
2. Les fondements de la foi mis à la portée de toutes sortes de personnes: Paris 1775, 2 v. 12. On voit se imiltipller ces niauuels ])our la jcimessc. V. Phantjouse : « L'incrédule convaincu », Paris 1782, 12 ; Fuschs : « Méthode abrégée d'étudier la religion par principes et d'en démontrer la vérité ». Strasbourg 178:5, 8".
3. La religion considérée comme l'unique base du bonheur et de la véritable philosophie, Orléans 1787, 2 v. 16. Cet ouvrage se distingue par une certaine connaissance du cœur humain, assez rare chez les apologistes masculins, et qui engage la marquise à citer de préférence les prédicateurs. Après liourdaloue et Massillon, ses auteurs de chevet sont (iauchat et Guénée. Ce livre de la romancière pédagogue fit naturellement du bruit : eUe était gouvernante des enfants d'Orléans depuis 1770.
« Des titans, fléaux de la terre
Osaient aussi du ciel braver les habitans.
Jupiter n'a point fait entendre son tonnerre :
Minerve seule a détruit ces géants ».
Ainsi s'exprime Subatier de Cavaillon dans le Journal encyclopédique, [66] mai 1788 p. 400. Grimm n'est pas content que la marquise nit attaqué les philosoi)hes « avec des armes qui jusqu'alors n'avaient été employées que par la vanité des sages de ce monde ». De ce que les philosophes sont ridicules, la religion n'en est pas plus vraie (.t. 11, p. 49). liachuumont est très «musé : « ce '■ Il csi j.as seiiien-.enl une capiiciiuul( , comme on l'avait imaginé, mais un écrit K polémique où le théologien femelle expose et réfute les principes des préten- « dus philosophes modernes, non sans en avancer lui-même (juehpiefois de « susceptibles de censure : mais avec son sexe les Docteurs ne regardent pas de « si près... On assure que M. le marquis de Condorcet. un de ceux qu'elle atta- « que le plus, aussi petit, aussi pusillanime, aussi irascible que son maître « d'Alembert. est très sensible aux déclamations de la marquise »... 18 mai 1787.
4. De la Luzerne : « Instruction pastorale de Mgr l'évêque de Langres svr\ l'excellence de la religion », Paris 1780, 12. « On a la douleur d'entendre des « personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, afltchor hautement « l'oubli, la lassitude des jjrincipes et ce funeste délire de la jjensée... Mille « voix osent faire retentir à toutes les oreilles que les peuples seront bientôt « affranchis de l'enseignement sacerdotal et (|ue, battue de tous côtés par la « tempête, l'Eglise ne saurait échapper au naufrage ». Archcv. d'Arles, P. V. de l'assemblée du Cfergé de 1785-8C, [3] p. 148 sq.
La nouvelle philosophie à vaii l'eau, dialogue niais mais amusant, met en présence le philosophe Toupet, sombre scélérat dont la doctrine conduit droit au crime, M. Bonsens, bourgeois de Paris et Jérôme, batelier du Gros Caillou, à l'époque où Louis XVI vient de choisir Miromesnil et Turgot, Jérôme veut aller à la Muette acclamer le roi. Toupet l'en dissuade et bafoue le respect monarchique, l'existence de Dieu et la Création. Bonsens discute avec lui ; Toupet quitte la place, mais les deux autres le retrouvent sur le passage du roi, blême d'émotion, converti au royalisme, peu après à la religion : « La présence du roi... m'a causé... une sen- « sation universelle... M. Bonsens : — Mais que sera-ce donc, « Monsieur, si jamais vous venez à reconnaître un être suprême « puisque la présence du roi qui est son image produit sur vous « un effet aussi surprenant. Toupet : — Ah ! monsieur, je l'avoue, « il est un Dieu, une religion, un roi. Jérôme : — Queux chance gements ! » (1).
Depuis que les ouvrages philosophiques sapent ouvertement le despotisme politique en même temps que la religion, beaucoup d'apologies joignent ainsi la défense du trône à celle de l'autel (2).
L'abbé Beurier, prêtre eudiste, offre un recueil de conférences apologétiques familières à « MM. les curés qui voudront dans « leurs prônes instruire leurs paroissiens sur la foi ».
« J'en appelle à l'expérience, dit-il ; combien ne trouve-t-on pas dans les « provinces les plus éloignées de la capitale, dans de petites rilles et jusque « dans le fond des campagnes, d'incrédules qui plaisantent froidement sur « les plus terribles vérités de notre religion, qui disent que l'enfer n'est « qu'un épouvantail de l'invention des prêtres ? Combien n'entend-on pas « d'artisans dans leurs ateliers et de paj'sans dans leurs villages, traiter de « momeries ce que nous avons de plus respectable dans nos mystèi'es. Il est « vrai que ce n'est pas, grâces à Dieu, le plus grand nombre qui en est là. « Mais faut-il attendre que le mal soit irrémédiable pour 3' apporter le « remède ? » (3).
On objectera que le peuple ne s'intéresse pas à la métaphysique. Beurier répond avec justesse que rien ne passionne les hommes comme les questions métaphysiques. Les conférences apologéti-