‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 347 sur 397 · I. — Dernières attaques. — Dernières ripostes · texte numérisé non relu

I. — Dernières attaques. — Dernières ripostes

A vrai dire, pendant la Révolution, en dehors des pamphlets qui ne sont plus de la pensée mais de l'action forcenée, la violence de l'esclave libéré, digne de compassion quand on pense à ses souffrances passées et à la responsabilité de ceux qui l'ont avili, la production philosophique est mince.

A part les réimpressions d'Holbach (3), on ne peut guère noter que le Catéchisme de la nature (4) du même, à peu près expurgé de satire antireligieuse ; dans « l'Encyclopédie méthodique », le Dictionnaire de philosophie ancienne et moderne de Xaigeon (1791-94), où l'auteur, commentant le vœu de Meslier « Puissé-je voir le dernier des rois étranglé avec les boyaux du dernier des prêtres ! » ajoute : « C'est le vœu d'un vrai philosophe... On « écrira dix mille ans si l'on veut sur ce sujet, mais on ne pro- « duira jamais une pensée plus profonde, plus profondément ce conçue, et dont le tour et l'expression aient plus de vivacité, « de précision et d'énergie » (5). Il dit ailleurs qu' « il faut enimuseler les prêtres ». Ce ne serait au reste que de justes représailles, car, comme le dit un autre : « Les religions, depuis « l'origine des sociétés, n'ont servi dans tous les temps qu'à « museler les hommes afin qu'il fût plus facile de les soumettre « au joug du despotisme et de la superstition » (6).

1. Origine de Ions les cultes ou Religion universelle. 1795, 3 v. 4» ; t. III, 113.

2. Voir les ouvrages caractéristiques de Chaumonl-Quitry : •< De la persécution suscitée par ./. Fr. Laharpe contre la philosophie et ses parliscuis », Paris 1800, 8" et Cubiéres de Palmezeaux : « Le défenseur de la philosophie » id.

3. Essai sur les préjugés, en 1792 et 97 ; /e Bon sens, en 1793.

4. « ou Eléments de la morale universelle < (posthume) Paris 1790. .5. T. III, 239, art. Meslier.

6. \ougaret : ■< Contrat social des républiques et Essai sur les abus religieux, politiques, civils etc.. parmi toutes les nations et principalement en France ». Paris an VIII, 12 (début du 1" chap. « De la religion »).

C'est l'opinion de tous les fils des philosophes. Ils attaquent dans le christianisme un institut d'oppression. Aussi n'avons-nous pas à suivre en détail un combat dont toutes les ripostes nous sont déjà connues.

Les Ruines, de yolneij{\), ne suscitèrent pas de réfutation particulière. Il avançait pourtant la thèse de Diipnis qui allait renouveler le débat.

D'analogies entre la mythologie biblique, les mystères chrétiens et les mystères de Mithra, d'Isis et d'Osiris, Dupuis conclut non à l'inllucnce des uns sur les autres mais à une identité. Et comme ces mythes païens sont des mythes solaires, le mythe du Christ en est un. Les dogmes de la création, de la chute, de la rédemption sont une mauvaise copie de la cosmogonie -de Zoroastre, qui symbolise les phénomènes annuels de la nature (2). — La réalité historique du Christ dépend de la vérité des trois premiers cha- ])itres de la Genèse. Or ceux-ci sont un amas d'allégories et de fictions astrologiques. Le Christ est un symbole solaire ; ses vicissitudes symbolisent sa course à travers les différents signes du zodiaque. — Le christianisme traditionnel est absurde et révoltant, surtout dans sa morale (3) ; il faut l'abattre.

Le P. Lambert qui partageait son zèle entre la critique de la Constitution civile et la défense de la foi, fit à Dupuis une réponse anonyme : La vérité et la sainteté du christianisme venf/ées contre les blasphèmes et les folles erreurs d'un livre intitulé : Origine de tous les cultes (4). Dupuis est injurieux, Lambert est insultant : « Le délire de la tourbe philosophique est aujourd'hui à son « comble... Le seul régime (jui leur convienne est celui de ces « asiles où la compassion publique rassemble les êtres infortunés « dont le cerveau en ébullition... » (5). Il n'a pas de peine à montrer le mal fondé de la thèse générale et qu'il n'y a aucun lien logi(|ue entre l'iiiauthenticité de la Chute et l'inexistence de J.-C. Pour expliquer l'analogie des mythes, tantôt il les rapporte à une

1. Parues en 1791. V. Massoii [Ififi], III, 279. L'abbé Lcfrunc l'attaque on même temps (jue Dupuis et BonneviUe (v. infra p. 197).

2. Ainsi le mal introduit' par le serpent est l'hiver, ouvrage du mauvais principe.

3. L'humilité rétrécit le génie ; il est atroce de se couper un membre pour entrer dans le royaume de Dieu etc..

4. Paris 1790, 8". L'auteur, dominicain né à Salernes (Var), en 1738, s'était rendu suspect par son jansénisme. De fieauiiiinnt le souffrait dans un couvent de Paris, à condifion qu'il n'écrivît que contre les incré<lules. II a publié une trentaine de livres ou brochures. V. Annales rie la religion [r)6], III, .50.5.

5. P. .3. Parlant des létes infâmes du iiiij^anisnie il dit qu' « au moyen de quelques misérables Actions, Dupuis se flatte d'avoir trouve à ces viles saloperies une origine pure ». 510.

origine commune, tantôt il en revient à la thèse de Hiiet(\), mais il affirme plus qu'il ne prouve. Chez aucun des deux adversaires la critique n'est suffisante ni la science assez avancée. Pour établir l'existence du Christ, Lambert tire quelques bons arguments des épîtres de Paul, qui a dû mourir vers l'an 66, et du texte où Tacite parle de Chrestus(2). Mais la meilleure réfutation de Dupuis reste à écrire ; c'est celle où l'on retrouvera un mythe solaire dans la merveilleuse épopée de Napoléon-Apollon (3).

Après Dupuis, le seul antichrétien notoire fut Sylvain Maréchal, qui donna en 1797 son Code d'une société d'hommes sans Dieu et, en 1800, son Dictionnaire des athées.

Il avait sous l'ancien régime soufTert pour sa foi (4) ; il se revanchait maintenant avec délices. Un écrivain, qui n'est pas autrement connu, Léonard Aléa, le réfuta dans un ouvrage bien accueilli : l'Antidote de l'athéisme (5). Il y contestait l'athéisme imputé aux philosophes anciens et à plusieurs modernes : Bacon, d'Alembert, Bonaparte. Maréchal tirait à lui Necker lui-même, pour quelqu'aveu d'ignorance philosophique ! Féliciter l'Institut de contenir 20 athées et vouloir faire « l'expérience d'une république sans Dieu » (6), c'était insulter la nation qui, par la voix de la Constituante, avait proclamé son attachement à la religion catholique.

Jusqu'à la Terreur, les apologistes sont peu nombreux. Des « Observations « posthumes du P. Berthier, l'ancien rédacteur du journal de Trévoux, « sur le Contrat social de J.-J. Rous-

1. Les peuples païens ont reçu des infiltrations hébraïques, ou bien les livres qui relatent leurs croyances, ceux d'Hermès Trisméyiste, par exemple, sont postérieurs au christianisme.

2. C. 10. On peut citer aussi cette réflexion ingénieuse sur l'entrée du mal dans le monde syml)olisant niiver : ce système ne serait valable que pour les pays du nord ; on trouve sous la zone torride les mêmes idôes sur un état primitif d'innocence dont un niauvais génie nous aurait fait déchoir (c. 17).

3. C'est la brochure de J. B. Pérès, bibliothécaire à Agen (1817). — On connaît, de Dupuis à Drews, l'extraordinaire fortune des doutes touchant l'existence du Christ. Alfred Jeremias. privât docent à Leipzig, passe en revue les successeurs de notre philosophe dans sa brochure < Hat J. C. gelebt ? « Doichert 1911.

4. En 1784, son Livre échappé au Déluge, où il parodiait le style des prophètes, lui avait fait perdre sa place de sous-bibliothécaire du Collège Mazarin ; en 1788, un Almanach des honnêtes gens, où des honmies célèbres remplaçaient les saints, le faisait enfermer dans une maison de correction.

5. Paris 1800, 8° ; rééd. 1802, 2 v. 8" sous ce titre : La religion triomphante des attentats de l'impiété.

6. P. 9. Quand elle serait établie, nos athées « iraient, n'en doutez pas, le fer et la flamme à la main, parcourir les diverses contrées pour y opérer la dévastation et la mort jusqu'à ce que tous les peuples eussent embrassé l'athéisme •. P. 10.

seau » (1), le Philosophe chvétien{2) de l'abbé Peij, ne firent pas grand tapage, mais l'activité religieuse se manifeste par la publication d'ouvrages d'enseignement. Les Lettres à mon neveu (3) de Lemoine, les Leçons métaphysiques à un mitord incrédule H) du P. Aubry, les Catholiques du Jura{ô), le Chemin du bonheur tracé aux jeunes gens (6) prolongent l'efTort tenté pour maintenir l'instruction chrétienne. Tous ces ouvrages ont un caractère pratique.

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