Papus, o. c
Sans doute Saint Martin n'est pas connu du grand public, mais il agit sur cette haute société qui donne le ton, et qu'ont si longtemps enchantée scepticisme intellectuel et matérialisme moral. On croirait, en rappelant ses amis, nommer l'assistance mondaine d'une fête au noble Faubourg. Ce sont les d'Oberkirch, les de Lutzelbourg, les de Saint-Marcel, Mme de Gléon, Milord Beauchamps, Mme de Saint-Didier, le comte de Divonne, Mme de Wurtemberg, la duchesse de Brissac, le prince Galitzin, Mme de Coislin, M. de Lauzun, le duc de Bouillon, le prince de Lusignan... Et la maréchale de Noailles « est comme un furet » après lui (1). C'est pour ces disciples bien nés et pour quelques autres qu'il écrit son Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'Univers.
L'abbé Lefranc, voyant le lien de toutes les formes du « délire » contemporain, dit que « Mesmer semble avoir préparé les esprits « à admettre en France les systèmes de Swedenborg, de Lavater, « de Saint Martin et de plusieurs autres fanatiques qui prêchent « dans toute l'Europe une nouvelle doctrine qui se répand avec «. une rapidité inouïe » (2). Dans un ouvrage qui eut trois éditions, le marquis de Luchet (3), qui connaissait un peu les choses d'Allemagne, révéla au grand public la secte des Illuminés peu répandue chez nous.
De 1789 à 1791, Dutoit-Membrini, chef reconnu des quiétistes, éditait 35 volumes d'oeuvres de Mme Guy on ; en 1790 et 1793, il publiait ses méditations personnelles: la Philosophie divine (i).