‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 356 sur 397 · de la rel. X. VI. n · texte numérisé non relu

de la rel. X. VI. n

Ne nous arrêtons pas à la Religion vencfcc de Bernis (1) qu'on fait paraître en 1795. C'est léger, léger, et, en cherchant bien, l'on y trouve 5 lignes sur le Christ. La réfutation d'Heluétiiis (2) par Laharpe converti n'apporte non plus rien de neuf et VApologie de la religion (3) par l'évèque assermenté de Quiniper, Aiidrein, assassiné par les chouans comme il rejoignait son diocèse, ne prouve que la foi d'un de ces prêtres « patriotes », flétris par leurs adversaires comme d'horribles mécréants.

Mais une apologie est d'un accent nouveau parce qu'elle fait face à un nouveau danger. Le paradoxe de Bayle sur l'évangile fauteur du despotisme a traversé le siècle, enrichi, remanié par les événements et par les hommes. Après la Vendée et la révolte d'une partie du clergé contre la liberté naissante, il prend cette forme grosse de conséquences redoutables pour l'avenir de la France : le christianisme est incompatible avec la République.

C'est, à en croire le P. Lambert, le sentiment du rapporteur qui provoqua le décret du 3 ventôse sur la liberté des cultes (4). Il proteste avec désespoir contre un divorce si funeste, dans son Apologie de la religion chrétienne et catholique contre les blasphèmes et les calomnies de ses ennemis (5). On la représente à la tribune de l'assemblée nationale « comme une espèce de bête « féroce qui, née de la superstition et de l'imposture, laisse parce tout en traversant les nations et les siècles des traces sanglantes <; de ses fureurs ». On l'accuse d'être « servile par sa nature, (1 auxiliaire du despotisme par son essence, de trafiquer partout « et en tout temps avec les despotes de la liberté du genre « humain » (6). On sait en effet que nos philosophes n'ont été ni serviles ni tremblants devant le triumvirat Robespierre-Couthon- Saint-Just. L'csj)rit de la religion est douceur et charité. Elle désavoue ceux (jui la défendent par les armes. Et Lambert blâme la Vendée :

1. Poème en 10 chantx. Parme pet. fol. et 4". Il se réduit à une idée : la religion fait le bonheur de riiomine et de la société. V. .4/1/7. de la rel. chrét.\ t. VI,

2. Hvfiilulion (lu livre de l'Espri,! prononcée au Lycée républicain dans les séances des 2(1 et 29 mars et ."? et 'i avril, Paris an V, 8" ; rééd. dans La philosophie du XVIII'' siècle 180."), et, depuis, dans toutes les éditions du Cours de. litlëralure.

:i. - contre les prélendus philosophes ", 1797, 8".

1. Dans son rapport, Boissy d'An<ilas outrageait en effet tous les cultes, mais concluait à les laisser libres.

.'). Paris 1795, 8". Les Annales de la rcliijion se proposaient de faire « chérir la religion el la république » (n° 1, p. 21). A.ussi ne cessent-elles de montrer que le christianisme s'accorde avec tous les gouvernements. V. t. I n"» 9, 12,' l.'J ; t. II n" 20 ; t. lir n" 8 et la controverse avec La Réveillère-Lépeuiix au sujet de ses licfle.rions sur le culte public, t. V n"" fi el 17. Ann. cath. ^")8], t. IV, n" 11.

« Nous en faisons l'aveu sans résene et sans ménagement : si la religion « avait été mieux connue et surtout mieux suivie dans ces malheureuses « contrées et ailleurs, nous n'aurions eu que des persécuteurs et des persécu- « tés sans insurrection et sans guerre civile. Si partout les fidèles et les « ministres du culte avaient été animés du même esprit qui dirigea les chré- « tiens des beaux âges de l'église, ils n'auraient eu garde de prendre les « armes... En donnant la mort pour se venger de leurs ennemis ils ont désho- « noré la religion » (1).

Mais si Lambert réprouve la violence religieuse, il prévoit et déplore le schisme des deux Frances.

« L'opposition entre la constitution française et la religion étant une fois « proclamée, le choix devient inévitable. On ne peut, suivant les principes du « rapport chérir et défendre à la fois l'une et l'autre. L'amour qu'on aura pour « celle-ci sera la mesure nécessaire de la haine qu'on doit à celle-là. En se « déclarant pour la constitution on employera les moyens les plus efficaces, « hors la violence et les persécutions, pour étouffer la religion, pour l'effacer « des espi'its et des cœurs... Parla raison des contraires, quiconque aime et « honore la religion comme... le plus précieux de ses trésors, se trouvera « forcé de détester la constitution,... de travailler par tous les moyens qui « sont en son pouvoir, hors les insurrections, à en préparer la chute... Quel « coup mortel on porte à la chose publique quand on veut faire croire qu'on « ne peut à la fois conserver sa religion et demeurer fidèle à sa patrie » (2).

Retenons la tolérance de cet ancien membre d'un ordre qui fournit les inquisiteurs. C'est une des conquêtes de la Révolution.

En 1789, quand Rabaut St-Etienne demandait l'égalité des cultes, Laborie écrivait : « nous ne vous tolérons pas comme des coupau blés, mais nous vous tolérons comme des malades » (3). En 1797, le comte de Toustain-Richebourg, « ex-victinle de la tyrannie antisociale et du fanatisme anti-religieux », voudrait « substi- « tuer la tolérance civile, l'indulgence philosophique, la bienveil- « lance chrétienne aux malentendus, aux injures, aux animosités « des différents partis, propager enfin de la manière la plus « humaine notre divine croyance » (4). Il a travaillé, dit-il, à obtenir la tolérance pour les protestants, il la voudrait pour tous les Français, y compris les jésuites. C'est le trait caractéristique d'une apologie de la religion qu'il destine à ses descendants.

A côté de ces chrétiens, à qui la lutte ou l'épreuve ont beaucoup appris, d'autres reproduisent les vieilleries.

Duvoisin clôt le siècle en exposant une fois de plus avec clarté la preuve par les faits (5). Il vit sur les données traditionnelles

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