‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 60 sur 397 · V. « Dcnionstratio evangelica >, pi'opos · texte numérisé non relu

V. « Dcnionstratio evangelica >, pi'opos

2. Sans entrer dans le détail de ses controverses avec R. Simon, où sa science est sur tant de points en défaut, on peut s'en convaincre en lisant son Explication de la prophétie d'Isaïe sur l'enf(uitenient de la Sainte-Vierge. Paris, Anisson, 1704, 12. Il n'est cependant pas crédule. Dans le " Discours », il rejette comme inventés les oracles cités par Porphyre touchant J.-C.

3. On sait qu'il a constanunent présente à l'esprit « la Cité de Dieu » d'Augustin. Nous n'insistons pas sur ce rapprochement souvent signalé. J. Denis dit de sa conception de l'histoire : « Il serait curieux de la suivre depuis l'auteur du livre de Daniel et les plus anciens Sibyllistes jusqu'à S. Augustin, Salvien et Paul Orose, et, depuis cette époque, au travers du moyen-âge. > Métn. de l'Acad. de Caen, 1805, p. 8.'{. Bossuet se faisait illusion sur la nouveauté de certains arguments de son discours. V. les Mémoires tic l'abbé Ledieu, c. p. Denis, ib. 107.

4. Ministre de l'église française de Londres. Esprit d'une subtilité rabbinique et assez mal équilibré, il cherchait avec i)rédilectioii dans la chronologie sacrée les rapi>orts mystiques des nombres. 11 publia en 1GC8 à Londres un

de la foi sous le règne de la nature, de la loi et de la grâce, rappelle l'ouvrage du P. Beurrier réimprimé en 1673(1) et dont l'adaptation française venait de paraître en 1680. Pour ce qui concerne les discussions chronologiques, l'interprétation des semaines de Daniel, le conflit entre l'Ecriture et l'histoire profane touchant le second empire assyrien et Cyrus, Bossuet suit Ferrond (2).

Mais quelle clarté son génie i)rojetle à travers le fatras des obscurs travailleurs !

Son œil d'aigle a tôt fait de choisir un petit nombre de prophéties frappantes. Jacob, Daniel, Zacharie, Aggée, Malachie lui fourniront ses principaux repères. Et leurs oracles ont trait à des événements frappants, étranges même, dont deux se déroulent à nos regards : l'apparition de Jésus-Christ, la ruine des juifs, la conversion des gentils. Cette concentration de la lumière redonne à des idées banales un air de verte nouveauté. Un art tout proche de l'art du Poussin préside à l'ordonnance de ce chef-d'œuvre, où il y a moins de profondeur que dans la plus informe page des Pensées. Il y avait une habileté de dialecticien psychologue (3) à partir de faits actuels palpables et déconcertants, propres à arrêter le j)assant le moins attentif : les contrées jadis païennes où régnait la douceur de vivre et la religion la plus indulgente à la nature sont aujourd'hui chrétiennes, c'est dire qu'elles ont adopté en (juelques siècles la loi la plus dure aux passions. Les juifs, peuple singulier, sont, sous nos yeux, maudits et cruellement exercés. Ils n'ont plus ni Temple ni patrie, et cependant ils se conservent, pourquoi persécutés, pourquoi sauvegardés ? Le Livre de Dieu et l'Eglise répondent à ces questions.

Analyse La composition du Discours est bien connue. Bossuet veut

dresser une carte d'ensemble où son élève situera les cartes particulières, soit les histoires des divers peuples qui pourraient se brouiller dans son esprit. « Vous voyez tous les siècles précédents « se développer pour ainsi dire en peu d'heures devant vous ;

« Essai des merveilles de Dieu en rixtniionic des temps </(if ont précédé les jours de Chris<t ».

2. Il y a bien d'autres sources possibles ou probables qu'on pourrait indiquci-. On ne peut pas les assigner avec certitude ; d'abord parce fjue les aijologétes, quand ils n'étaient pas Pascal, se sont copiés à l'infini, — ensuite parce (|ue Bossuet ne plagie jamais, à notre connaissance. Il n'est pas de l'école des Molière et des Chateaubriand.

3. M. Lanson remarque, dans son cours sur les Oriijines de l'esprit philosophique nu XYii*" siècle, (jue le dogme de la Providence sur lequel Hossuet insiste tant est un -dogme déiste, auquel les jibilosophes arrivent d'eux-mêmes. Il a choisi pour j)réseiiter le catholicisme la manière qui peut donner le plus de satisfaction à la raison. {R. des cours, 1907-08, 2« leçon).

l'âge d'or de l'apologétique classique 93

« vous voyez comme les empires se succèdent les uns aux autres, « et comme la religion dans ses différents états se soutient depins « le commencement du monde jusqu'à notre temps » (1). Pour lui faire admirer « la suite des conseils de Dieu dans les affaires « de la religion », il exposera d'abord d'ensemble les événements de l'histoire sacrée et profane, ce sont les Epoques ; puis il reprendra ces deux séries parallèles sous les titres de la Suite de la religion, les Empires.

La première partie est le monceau des faits en vrac, si l'on Les faits de peut dire. On peut contester l'intérêt de ce fouillis sans idée, l'histoire simple mémorandum chronologique de choses déjà connues. Du IV au ix" siècle, l'auteur, pour tout mener de front, saute sans cesse d'un bout à l'autre du monde ancien (2). Cette période, en apparence chaotique, laisse une impression de trépidante confusion. Mais, voulue ou non, cette confusion sert le dessein du pédagogue. Anarchique parait l'agitation humaine quand on n'en possède pas le sens. Dans les livres suivants, tout va s'éclairer d'une illumination soudaine, comme ces dessins d'abord inintelligibles dont le sujet vous obsède dès qu'ils vous est indiqué.

Ou attendu ou donné Jésus-Christ a toujours été l'espérance des Leur sens : enfants de Dieu, voilà donc la religion uniforme dès l'origine du le plan monde. La préparation et les conséquences de sa venue font du salut l'unité de notre histoire. A peine. Dieu a-t-il fait éclater sa sagesse et sa bonté dans la création harmonieuse du monde et de l'homme, que celui-ci trouble l'ordre par sa chute. Dieu promet aussitôt un Rédempteur, mais il fallait « que le genre humain connût par une longue expérience le besoin qu'il avait d'un tel secours » (3). De là le Déluge, les maladies, la guerre. Ces commencements du monde nous , montrent « l'univers et le genre humain toujours « sous la main du Créateur, tiré du néant par sa parole, conservé « par sa bonté, gouverné par sa sagesse, puni par sa justice, « délivré par sa miséricorde et toujours assujetti à sa puis- « sance >> (4).

Abraham est suscité pour conserver la religion au milieu de Le Christ l'idolâtrie grandissante. La prophétie de son petit-flls Jacob sur annoncé Juda « marque toute la suite du peuple de Dieu et l'effet en dure encore » (5). Moïse sépare les Hébreux des autres peuples pour

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