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4. La matière n'est pas détemiinée à exister par l'cminence de ses perfections, puisqu'elle est tabula rasa ; son mouvement est encore moins nécessaire, puisqu'elle ne cesse pas d'être ce qu'elle est quand elle n'est pas dans un mouvement actuel. Si le mouvement était essentiel à la matière, elle serait toujours agitée et le repos la détruirait. Ou encore, l'atome solide se corrompant continuellement, « le mouvement au lieu de conserver la Nature la détruirait » fp. 42K — Mais admettons le mouvement inhérent à la matière. Pourquoi a-t-il le degré et la détermination précisément nécessaires pour fonmer un monde plutôt qir'un chaos ? Hasard est un mot vide de sens qui recouvre notre ignorance des causes.
un effet de la matière divisible, car l'ettet serait plus noble que la cause. Elle ne peut sortir du mouvement : je connais assez la matière pour voir que ses i)arties peuvent agir les unes sur les autres, mais non se replier sur soi. Le mouvement des atomes ne saurait aller dans le passe ou l'avenir, rassembler les choses en soi, abstraire, concevoir Dieu. Il faut donc supposer un principe extérieur à la matière et au mouvement, qui produit en nous les pensées.
De la spiritualité de ce principe découle son iuiinorlalilé. La mort est une dissolution de parties qui n'atteint pas ce qui est sans parties. La vie future est nécessaire pour unir vertu et bonheur. Nous la désirons éternelle et il n'y a pas en nous de désirs inutiles. Les remords en impliquent l'appréhension, la révélation la garantit.
Il y a, de plus, dans le monde des caraclèrcs de noiivcautc qui nous conduisent à admettre l'existence d'un Dieu. Si le monde était éternel, la mer serait comblée et les montagnes nivelées. Le monde est donc créé.
La considération de In sociéir humaine le i)roclame. « On ne « peut reconnaître le monde éternel sans faire la multitude des « hommes qui vivent infinie » (1). Ajoutons-y un homme par jour, il faudrait que toute la terre fût habitée << et même que les - habitants y fussent par manière de dire les uns sur les autres... « Il ne sert de rien de dire qu'il arrive des accidents et des « désordres dans la société qui font périr une infinité de per- « sonnes, puisque nonob.stant ces accidents... la terre s'est tou- (' jours peuplée davantage, dei)uis 3.000 ans par exenii)]e, qui est <: le temps dont nous pouvons parler avec le plus de certi- « tude » (2). Dans le vaste monde, l'embrasement de tout un pays est comme celui d'une maison dans Paris, la famine d'un état comme la pauvreté d'une famille.
Les sciences sont nées d'hier. La philos()i)hie « est si récente qu'avant Pythagore personne n'en avait ouï ])arler entre les Grecs » (3). L'auteur des « Préadamites » conclut l'antiquité du monde de ce qu'il a fallu beaucoup de siècles i)our inventer toutes les parties de la Sphère et ([u'il est impossible (pi'Abraham ou Moïse l'aient sue, si le monde n'est pas très ancien. Mais (pii lui
1. p. 71. Dans sa concpplion statique des cliosns, Abhadio n'imaffinp pas rapjîaritioii j-(''cpnte de L'iioninie connue une réussite fortuite dans un monde éternel. Dominé par l'idée d'une création (Ir/hiilinc, il s'attarde à combattre la chimère d'une liumanité contemporaine de l'infini.
LAGE d'or de l'apologétique CLASSIQUE 105
dit que l'astronomie fût dans le degré de perfection où nous la voyons aujourd'hui ? La médecine fut réduite en corps pour la première fois par Hippocrate. L'histoii-e « ne s'étend que jusqu'à 4 ou 5.000 ans d'ici ». Car la chronologie des Chaldéens et des Egyptiens est réfutée par Plutarque, qui réduit leur année à 4 mois ou même au mois lunaire. Pourquoi n'ont-ils pas appris aux Grecs une foule d'événements qui devaient s'être passés dans ce long espace ?
Bref, il est bien étrange « qu'une étcvnitc eût été si stérile et 4 ou 5.000 ans si féconds » (1).
Si de la société nous passons à la considération de l'homme, nous trouvons encore des preuves de Dieu. Son âme maîtresse de ses pensées et de ses passions, bienveillante et sociable, et que les biens terrestres ne peuvent satisfaire, porte l'empreinte d'un Dieu.
Après ce développement fort bien conduit, Abbadie répond avec Pascal à une objection solide des incrédules, mais presque toujours puérilement présentée. Comment admettre que l'Univers ait été fait pour l'homme si petit ? Mais quoi, « il y a de la sim- '/ plicité à croire que la grandeur ou l'étendue puisse donner à « une chose matérielle quelqu'avantage sur un esprit dont la « perfection consiste dans la connaissance et non pas dans la « grandeur «. L'éclat et la beauté des cieux « n'ont aucune proportion avec l'excellence d'un être qui se connaît et quï connaît les autres choses » (2).
L'estime des hommes fait la dignité des choses, si bien que » ce qu'il « y a de plus beau et de plus magnifique dans la Nature à notre égard sort « en quelque sorte du fond de notre âme et n'est point en quelque façon « différent de nous-mêmes » (3). « Enfin l'Univers est pour Dieu et l'Univers « est poijf les créatures intelligentes d'homme et les autres), comme un « tableau est pour l'original qu'il représente et pour les personnes qui doi- « vent le considérer. Toutes les beautés de l'Univers sont des liens par « lesquels Dieu attire notre cœur... et c'est cette union de la créature << intelligente avec son Dieu que nous prétendons être le but et la fin de ses « ouvrages. » (4).
A ces arguments les athées opposent des difficultés.
Il y a, disent-ils, autant d'idées de Dieu que d'imaginations. Mais il faut distinguer l'idée de Dieu qui vient de l'imagination et celle qui naît de la lumière de l'entendement. — Elle est acquise
1. P. 86. L'antiquité de l'Egypte et de la Chaldce n'inquièfcra sérieusement que quand les missionnaires auront dûment prouvé celle de la Chine. V. infra 202
/>(//• icdiicution ou le raisonnement. — Oui, s'il s'agit de savoir ce qu'est Dieu, non s'il s'agit de savoir simplement qu'il est. Cette idée spirituelle « demeure comme cachée et ensevelie jusqu'à ce n que les actes les plus purs de l'esprit s'exercent avec liberté ». On a une raison bien qu'elle ne s'exerce pas toujours. — « Elle renferme des contradielions » : « Deus sui ipsius et principium et linis.... Semper est sine tempore... Hegnat ubique sine loco «, etc.. (Vanini). — Ces contradictions apparentes viennent de l'inlinité de Dieu et de la faiblesse de notre esprit. « L'on remar- « que cet ordre entre les choses qui sont capables de connaissance « que les plus nobles ne sont jamais connues à fond par celles « qui .sont d'un ordre inférieur » (1).
— Par Dieu on pourrait entendre l'Univers. — Non, car l'Univers est trop visiblement un ouvrage. 11 n'a rien de nécessaire ; ses i)arties ont entre elles un rapport arbitraire. Le ciel pourrait exister sans la terre, et la lumière sans l'œil.
— Le souverain Bien exclut le mal. — En soi, mais non hors de soi.
— C'est dire que Dieu permet le crime, mais pourquoi ? — Le péché donne aux vertus l'occasion de s'exercer. « Nous ne som- « mes surpris que Dieu permette le péché en général que parce « que nous ne connaissons qu'en ])artie et obscurément les biens « que la sagesse de Dieu procurera par ce moyen » (2). Un témoin des persécutions de Joseph innocent, ou de la passion de Jésus, ne devinait pas qu'il en sortirait le salut du monde. Le l'aisonnement : Dieu i)ermet le mal, donc il est méchant, ne peut conclure, à moins (pie notre esprit ait une étendue infinie.
Si maintenant nous mettons en parallèle le sentiment des athées et celui des théi.stes, nous trouvons l'un singulier, l'autre universellement admis, l'un favorable aux passions, l'autre à la vertu et à « l'intérêt raisonnable ». L'un a mille inconvénients, l'autre mille heureuses suites et il est dur d'admettre que tout ce qui élève l'homme sorte du sein d'une erreur, tandis que le crime et le vice naîtraient d'une vérité. Il y a plus de diiïicultés dans l'athéisme (|ue dans l'opinion contraire, car le monde éternel et infini de l'athée serait un infini réalisé. Les athées n'ont qu'une preuve négative, c'est-à-dire aucune vraie preuve : « Je ne vois point, je ne com])rends point Dieu ». Tandis que nous avons beaucoup de ])reuves ])ositives. « Nos raisons sont ])rises de tout « ce que nous comprenons et les raisons des athées de tout ce