V. Monod sont rares
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AJ Ji^ff
BAYLE
« doivent fuir, et c'est cela même qui les rend méchants et « vicieux » (1).
Cette doctrine est dure et nous choque, mais Jurieu la défendait par des arguments offensifs qui ne laissèrent pas d'embarrasser le philosophe. D'où la conscience de chacun tire-t-elle sa valeur absolue ? l'autonomie que Bayle lui confère aura pour conséquence horrible l'indifférence des religions, — le philosophe, n'en a cure, — mais aussi l'anarchie morale, si ma conscience me prescrit des crimes, l'intolérance par exemple (2). Cette critique est assez forte à ce moment-là contre Bayle, car, comme l'a montré M. Delvolvé, « il détache la valeur morale de la vérité de la « croyance religieuse sans la rattacher à aucune réalité posi- « tive » (3). Mais Jurieu était secrètement gêné dans le maniement d'une arme à deux tranchants : c'est celle dont les catholiques se servaient constamment contre les saints et les martyrs qui eurent, hors de l'église, belle vie ou noble mort. Les vertus des païens et des hérétiques ne sont pas véritables, ne sortant pas de la vraie foi, et le martyr se définit : celui qui meurt pour la vérité. L'avenir se chargeait d'ailleurs de justifier Bayle et de donner à l'intention, compromise par les casuistes, la place qui lui revient en morale. Le siècle tournait le dos au rigorisme de Calvin et de Jansénius.
L'Avis aux réfugiés allait donner à Jurieu l'occasion de relever des doctrines plus nettement irréligieuses que celle des droits de la conscience errante. Parmi les réponses faites à cet ouvrage, il faut retenir sa Courte revue des maximes de morale où il signalait la négation de la Providence, conclusion tacite des « Pensées sur la Comète » et l'affirmation de l'indépendance de la croyance et des mœurs. Aux deux thèses il n'opposa que des réponses émoussées. La Providence est attestée par le consentement universel, l'Eglise, l'Ecriture et l'histoire. Bayle a assimilé le premier au préjugé ; l'autorité de l'Eglise ou de l'Ecriture n'est pas un argument rationnel; l'histoire des hommes, — depuis la Critique du P. Maimbourg, nous savons de quelle certitude elle est capable. — Soutenir le divorce de la croyance et des mœurs conduit à l'indifférence doctrinale et à proclamer l'indépendance de la puissance civile à l'égard de la religion. Ce dernier argument pouvait encore faire impression sur certains esprits, mais pas pour longtemps.
Le Dictionnaire vint préciser et aggraver toutes les attaques