‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 99 sur 390 · numéro mars-mai · texte numérisé non relu

numéro mars-mai

3. « Etudes sur la littérature contemporaine », Calmann, 1889, t. IX, 194.

Art. sur la religion de Pascal. , , ^

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orthodoxes de Bayle, qui abondait dans le fidéisme de Jurieu pour mieux faire éclater l'absurdité des dogmes, blessaient Jurieu comme autant d'insultes personnelles. Presque toute la dialectique antireligieuse du philosophe était pour un calviniste rigide une dialectique ad hominem. Aussi le fougueux théologien aperçoit-il du premier coup les points stratégiques de l'attaque et y porte-t-il son effort.

Ces controverses sont connues (1), nous n'en retiendrons que ce qui intéresse la religion en général et pas seulement le calvinisme.

Le Commentaire, qui nous paraît ne pas toucher au fond du christianisme puisqu'il dénonce un contresens fait par certains chrétiens sur une parole d'amour changée en ordre de haine, le visait cependant par la thèse partout latente : aucune religion ne détient la vérité. Jurieu, encore lié avec Bayle qui reniait d'ailleurs la paternité de l'ouvrage, répondit par le traité Des droits des deux souverains (1687) qui « se propose de détruire le dogme de l'indifférence des religions et de la tolérance universelle ». Le conflit entre la morale théologique et la morale indépendante y éclate avec netteté, car les deux adversaires sont des intelligences vigoureuses et il n'y a point de malentendu entre eux. Pour le disciple de Calvin, la rectitude morale est liée à l'orthodoxie, non à la bonne volonté ; la vertu est l'obéissance aux volontés de Dieu, non aux suggestions du sens intime. Les deux se confondent en général, pas toujours cependant, car Dieu est maître souverain même du bien et du mal. Quand les Israélites volèrent aux Egyptiens leurs vases d'or, « l'autorité de Dieu, dit Calvin, les disculpa « du crime de vol et de mauvaise foi. Prendre ou reprendre « quelque chose sur l'ordre de Dieu n'^est contraire au droit pour « aucun des mortels, non seulement parce que l'empire de Dieu « est au-dessus de toutes les lois, mais parce que sa volonté « parfaite est la norme de toutes les lois » (2). Pour Bayle l'intention pure fait l'acte moral, Jurieu y ajoute la pensée correcte. La « justice » dépend de la connaissance, pas seulement de la volonté. C'est la pure doctrine de Louis de Montalte : « dites « plutôt avec Saint Augustin et les anciens Pères qu'il est impos- « sible qu'on ne pèche pas quand on ne connaît pas la justice... « Tous les méchants ignorent ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils

« Bayle et Jurieu » (Mém. Acad, de Caen,

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