Ib. et Parrhasiana, I
« de croire nos explications particulières. » (1). De même Jaquelot, dans ses « Dissertations sur le Messie » (2), refuse de spéculer sur la Trinité, et il relève ailleurs que l'Ecriture n'emploie aucun des termes (personne, substance, etc..) qui forment les difficultés (3).
Il semblerait qu'il dût y avoir alliance entre ces esprits modérés et Bayle, au moins dans la mesure où ils étaient fidèles à la raison, ennemis du dogmatisme et partisans de la tolérance. Mais si Bayle leur est sympathique comme un auxiliaire puissant dans leur lutte contre Jurieu, eux lui restent antipathiques et étrangers comme ces hommes de juste milieu et de conciliation le seront toujours aux purs logiciens qui les taxent de timidité. Pour le vrai rationaliste les rationaux demeuraient empêtrés dans des lambeaux de préjugés, alors que d'autres verraient peut-être en eux des âmes plus riches, chez lesquelles l'inconséquence intellectuelle manifestait maladroitement une protestation du cœur et du sentiment contre les rigueurs de la dialectique. Le sens du mystère et les besoins religieux, sensibles chez Jaquelot surtout, les empêchaient de suivre Bayle jusqu'au bout de ses déductions cruelles et d'admettre avec lui que l'usage naturel de la raison conduise nécessairement à l'athéisme.
C'est après le « Dictionnaire » que les théologiens modérés firent front contre Bayle (4). Le philosophe attaquait désormais ouvertement leur principe le plus cher : la foi et la raison sont conciliables. Plus royaliste que le roi, plus orthodoxe que Jurieu, il amoncelait malignement les difficultés de la raison contre les
1. Parrhasiana, I, 419. Cette sage réserve est dans la tradition de Luther, ennemi de la scolastique. C'est se contenter du ila sans chercher le quare ni le quamodo.