Rép. aux Entretiens, p
Une dernière et inutile confrontation de sa doctrine du mal réduite en 5 propositions et de la doctrine de Bayle contenue dans « 19 notions communes », n'aboutit qu'à dresser encore une fois le principe de la prééminence de Dieu contre l'idée que Dieu est lié par les mêmes devoirs qui lient les hommes entre eux(l). Puis Jaquelot conclut par des plaintes amères sur le dogme de la prédestination absolue, invention d'Augustin qui a fourni des armes à Bayle et à bien d'autres avant lui.
Telles furent les premières réponses des apologistes chrétiens au premier « philosophe » du siècle incrédule. Ils ont dès la première rencontre vidé leur carquois ; leurs successeurs, jusqu'à la veille de la Révolution, reprendront sans se lasser leurs flèches émoussées.
Pour le lecteur intellectualiste, comme presque tous l'étaient vers 1706, Bayle n'a pas été réfuté. Les défenseurs de la croyance ont beau enfler la voix, ils font figure de vaincus, car, tenants de l'orthodoxie ou latitudinaires, ils ont par leurs efforts accusé le divorce entre la foi et la raison. Faire éclater ce désaccord était le grand objet de Bayle, alors que le but séculaire du rationalisme chrétien était de démontrer l'accord des deux sources de vérité.
Résister sur les positions orthodoxes en disant : renonçons à comprendre (2), c'est avouer que le dogme est hors de la raison humaine. Rien ne sert de dire au-dessus, nous ne connaissons pas d'autre raison que la nôtre et l'immense majorité des chrétiens repousse comme une impiété l'idée que ses principes soient trompeurs. « Si erramus, a te. Domine, decepti sumus. » Faire des concessions à l'esprit de Bayle pour adoucir le conflit, c'est faire efl'ort pour conformer la foi à la raison, donc avouer leur divergence. Leclerc et Jaquelot atténuent la rigueur' de Dieu touchant les peines éternelles. Jaquelot se replie vers trois fauteurs de nouveautés, vers Spinoza quand la Genèse choque le bon sens, vers Malebranche quand les innocents souffrent, vers Leibniz quand le monde apparaît mauvais. Dans le premier cas il porte un rude coup à l'inspiration des Ecritures, dans les autres il ne songe pas que l'appel aux volontés générales ou à un ensemble excellent dont nous sommes partie asservie et souffrante, marque un recul du providentialisme. Tous deux estompent le dogme hautain de la Trinité, effacent nettement la Prédestination de la théologie
calviniste.
Ces concessions ne les fortifient pas ; trop profonde est la cause de leur faiblesse.
Victoire de Bayle