c. 8. V. les Entretiens, c. 13 ; Delvolvé, o. c, p
2. Tôt ou tard, Jurieu, Jaquelot, Leclerc le disent. C'est une question de? délai.
Raisonneurs parlant à des raisonneurs (1), ils ignorent ce qui fait la force de la religion et croient fonder ses droits sur des idées. Ils dirigent une défense logique de la foi contre un logicien dont la logique s'exerce sur des faits, l'existence du mal, et sur les exigences de la conscience. Cette conscience, très noble, soutient qu'il est impossible que Dieu soit injuste ou moins bon, semble nier le dieu traditionnel au nom de Dieu et pourrait passer pour le défenseur de sa gloire. Tandis que Bayle bâtit sur le terrain solide des faits physiques et des données morales, nos théologiens bâtissent sur une idée métaphysique, la notion d'un être parfait, et sur un principe encore inévident, l'autorité des Ecritures. Pour un esprit non prévenu c'est raisonner a priori. Quand Jaquelot déclare que la réalité du mal ne doit pas contrebalancer les raisons tirées de la sagesse divine (2), il fait une pétition de principe, l'existence d'un Dieu sage étant l'objet même du débat. Quand il invoque un texte formel de l'Ecriture pour admettre un mystère obscur (3), il oublie que l'auteur de la révélation est toujours en question, à plus forte raison les choses révélées.
Nos apologistes ont oublié Pascal et son apologie nouvelle, le fondement solide de la foi cherché dans les faits intérieurs, dans la psychologie non plus dans la logique, au cœur même de l'âme, dans ses besoins, ses angoisses, ses retours à l'équilibre et à la paix. Jaquelot, qui est une âme religieuse, sent que Dieu est, que sa Providence est une réalité, même s'il ne peut pas les prouver ; on n'entend jamais dans ses œuvres polémiques le cri du cœur, la révolte du sentiment contre la dialectique. Et cependant le seul moment où il lutte sans désavantage est celui où il appuie sa démonstration de la liberté sur l'expérience interne. Mais partout ailleurs il est victime, comme presque tous ses contemporains, de l'illusion intellectualiste. Son adversaire est une pure intelligence: il se rirait d'un Dieu sensible au cœur. Ou plutôt il triompherait: vous l'avouez. Dieu est indémontrable, il se révèle par la grâce aux seuls hommes de foi. Avec un tel homme une apologie ne pouvait sans doute consister qu'à aligner et à combiner des idées, mais il faut se bien rendre compte que sur le terrain du pur raisonnement la foi fondée sur l'intuition et l'expérience interne aura toujours le dessous. Un orthodoxe aussi intraitable que Jurieu
1. I^ bouillonnement intellectuel est à son comble dans le Refuge hollandais, foyer des journaux et des livres. Tout le monde ratiocine, disserte, polémique. V. Sayous : « Hist. de la littér. française à l'étranger », Paris et Genève, 1853 ; Weiss : « Hist. des réfugiés >>, Charpentier, 1853, 2 v. 16, t. II, c. 3.