‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 119 sur 390 · Abrégé de la controverse, 2* objection · texte numérisé non relu

Abrégé de la controverse, 2* objection

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Leibniz paraît satisfaire à la fois r « orgueil » philosophique et rhumilité religieuse (1), le sentiment moral et le sentiment 0!> chrétien. Pour traiter la question de la Providence, les apologete>x- ^^ j du xviir siècle s'appuieront désormais sur lui (2). En 1759^ a roccasion du désa&toi.jl£Jdsbonne, Kant, encore endormi du sommeil dogmatique, écrivait ces mots leibniziens : « L homme « est si épris de lui-même qu'il se considère purement et simple- « ment comme l'unique but des arrangements de Dieu... Nous a sommes une partie de la nature et nous voulons être le

« Tout. » (3).

Mais il ne pouvait pas désarmer la critique (4). Il déforme sans le vouloir le Dieu personnel du christianisme. Il innocente bien l'Auteur des choses, mais celui-ci n'est plus le Père, le Père tout puissant. Il a trop répété : ne le comparez pas à un tuteur, à une mèrei^Ce Dieu qui n'est pas maître de son entendement, qui obéit à un fatalisme, moral sans doute, mais en fait aussi déterminant i que le géométrique, apparaît nécessité. La création du monde est 5^ une mathématique divine en action (5). Dieu est par-dessus tout le Calculateur, l'Architecte : « Cum Deus calculât et cogitationem cxercet fit mundus » (6). Cherchez-vous le Dieu d'Esaïe au cœur miséricordieux, ou celui de Jésus qui prend souci des asphodèles et des passereaux, à plus forte raison de chaque homme, vous trouvez un excellent mécanicien (7). Sur un point capital Leibniz, par sa notion de la liberté, aggrave les difficultés, loin de les résoudre. La punition de l'humanité pécheresse, ici-bas par le mal physique, plus tard par la damnation, devient une injustice plus criante quand on réduit notre liberté à la spontanéité (8). Le damné dont la volonté fut déterminée à un mauvais choix se plaindrait à bon droit qu'on lui vînt dire : votre volonté n'était

1. Il dirait volontiers avec ramî de Job: « Veux-tu donc disputer avec Dieu parce qu'il ne rend aucun compte de ses actes ? » (Job 33, iJj.

2. Dès 1711, il est cité dans des thèses soutenues à Genève sous la presidence de Turrettin. V. Bibliogr.

3. Sâmmtliche Werke. éd. Hartenstein, I, 443, « Considérations sur 1 optimisme », c. p. Delbos : « Philosophie pratique de Kant ». 190o, p. 8I>.

4. « La résolution de ces dimcultés, disait Naudé, a toujours été regardée en théologie comme la pierre philosophale en chimie, la quadrature du Çercle en géométrie, le mouvement perpétuel en mécanique. » - La Souveraine per-

fection, p. 33. . ., .

5. « Ex his jam miriflce intelligitur, quomodo in ipsa origmatione rerum Mathesis qusedam divina seu Mecanismus metaphysicus exerceatur. » Phil. Schrif., éd. cit. VII, 304. V. Couturat, [88], p. 226.

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