‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 118 sur 390 · Elle supposerait un effet sans cause · texte numérisé non relu

Elle supposerait un effet sans cause

5. P. 240. On voit le rapport avec la doctrine de Malebranche sur 1 inconvenance qu'il y aurait à ce que Dieu déroge aux lois générales. Malebranche dit subtilement : Dieu n'a pas voulu faire le monde le plus parfait possible, « mais seulement le plus parfait par rapport aux voies les plus dignes de lu4 » (Entrct. sur la métaph., 1088, p. 151), savoir : un petit nombre de lois uniformes et fécondes dont le jeu permettrait quelques désordres parmi beaucou,? de merveilles et de bienfaits.

BAYLE

Nous ne connaissons pas ceux de Dieu. De même qu'il ne faut pas isoler l'homme du monde pour juger équitablement sa destinée, il ne faut pas considérer isolément les attributs de Dieu et séparer sa sainteté de sa sagesse (1).

La troisième partie traite du mal physique. Mais, dit Leibniz, « les souff'rances, les misères nous embarrasseront moins, étant des suites du mal moral » (2). Dieu qui veut antécédemment le bien et conséquemment le meilleur ne veut pas d'une manière absolue le mal physique, mais comme peine, amendement, exemple. Il est dans l'ordre et conforme à des lois générales que nous ne démêlons pas, comme dans les mathématiques les irrégularités apparentes de certaines séries qui cependant obéissent à une loi, comme une ligne capricieuse dont l'équation nous échappe.

La Théodicée offre une des principales solutions que la pensée chrétienne ait données au problème du mal (3). Au philosophe, Leibniz montre Dieu déterminé à créer le monde par la perfection de sa nature, auteur de tout ce qu'il y a de positif en nous, le mal n'étant que négation et venant des limites originelles de la créature, des idées des possibles que Dieu n'a point faites puisqu'il n'est pas auteur de son entendement. Au grand public il fait sentir l'injustice de ceux qui tantôt démontrent que l'homme n'est pas le roi de la création, tantôt somment Dieu de tout organiser pour son bien. Lui, utilise l'élargissement récent du monde pour noyer le mal humain dans l'immense bonheur du cosmos. Qui nous dit que toutes ces planètes ne sont pas remplies de félicité alors que la nôtre seule est malheureuse, à titre d'exemple ? Il y a dans les machines les plus parfaites des parties « souffrantes » ; pourquoi ne serions-nous pas celle-là ? « Il ne faut pas que les tuyaux d'un jeu d'orgue soient égaux. » (4). Le surplus de bonheur des bienheureux, des créatures non intelligentes pourrait largement compenser nos maux (5). Et s'il faut considérer le meilleur dans l'espace, il faut aussi l'envisager dans le temps, avoir égard aux états à venir de l'homme comme des autres créatures. Omnia omnium causa, non hominis solum causa.

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1. Suivent des considérations sans valeur, parce qu'elles portent sur des impondérables, touchant la quantité comparée des biens et des maux sur la terres. Il y a plus de maisons que d'hôpitaux et de prisons. — Sans doute, mais tous les malades ne sont pas à l'hôpital, et la prison ne conjtient pas tous les pécheurs ni tous les esclaves.

3. On y « trouve les meilleures solutions qui eussent encore été données sur l'épineuse question de l'origine du mal. » Formey : « Hist. abrégée de la philos. », 1760, p. 281. Formey est wolfflen. V. N. r. 7., 1710, t, II, 314, 363 : « Ouvrage excellent ».

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