De l'esprit géométrique
6. « Etudes sur Biaise Pascal », Paris, 1840, 8o ; .3^ éd. p. 106.
ter des obstacles. Le Saint-Esprit est l'agent de la conversion. « Pour ceux qui ne l'ont pas (la religion) nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement, en attendant que Dieu la leur imprime lui-même dans le cœur. Sans quoi la foi est inutile pour le salut » (1).
L'apologétique nouvelle de Pascal consiste donc à préparer ceux auxquels il s'adresse au drame de la nouvelle naissance, que lui-même a vécu. Et c'est pourquoi toute une partie des Pensées a l'accent poignant d'une histoire d'âme. C'est moins une démonstration académique qu'un manuel de conversion d'où sort la contagion persuasive de l'exemple. Pour conquérir un homme, il faut l'attaquer par les trois parties de son être : « L'esprit par les raisons », « l'automate par la coutume » (2), le cœur par la grâce (3). Cette dernière opération, la seule décisive, est l'œuvre de Dieu. L'apologète ne peut qu'appeler l'attention du malade, et indiquer le médecin dont il produit les titres. Le salut ne consiste pas à admettre la validité de ces titres, peut-être le patient Tadmet-il déjà sans réserves. Il est dans une union personnelle avec le Christ vivant : c'est une réconciliation.
« La religion chrétienne... consiste proprement au mystère du Rédempteur qui... a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu en sa personne divine, »
« Que je n'en sois jamais séparé » (4).
Presque tous les grands chrétiens ^e l'histoire, et la foule des chrétiens obscurs mais authentiques ont suivi ce même chemin. Le calme argument que Belin tirait du témoignage ininterrompu des saints s'anime sous la plume de ce saint qui est un témoin lui-même.
Si Pascal n'était qu'un mystique ou un protestant moderne, il aurait pu s'en tenir à cette apologie pragmatique fondée sur une expérience interne et directe, d'une force telle qu'aucun raisonnement ne saurait l'ébranler. Mais il n'est pas un pur mystique, i' est catholique pleinement et entièrement.
Sans doute la religion est essentiellement pour lui le commerce direct de l'âme avec Dieu. Pourvu qu'il possède J.-C, sa conscience est en paix, et, sur son lit de mort, dans un cri confiant injurieux à Rome, il en appellera de l'Inquisition au tribunal du