Y. liil)liographîe
Mais historiens ou métaphysiciens, en autorisant les mystères, proposent à notre esprit une vérité extérieure, qui. suivant un mot de Leibniz, peut bien être apprise, mais non pas comprise (1) En matière de vérité, le contenu n'est pas acceptable s il n est pas assimilable, et il n'est pas assimilable s'il n'est pas conforme aux lois de la pensée ou aux exigences d'une conscience donnée. J ai beau accepter le contenant pour des raisons historiques, je repousse le contenu pour des raisons logiques ou morales. La vente offerte reste un corps étranger dans inon esprit.
Toutes les démonstrations rationnelles du christianisme dogmatique vont se heurter pendant un siècle à cette fondamentale objection.
11 n'est pas difficile de retrouver dans les Pensées les pierres fiscal. -d' ten d'une démonstration de ce genre. C'est l'apologie que Une apoU.- PASCA. aurait pu écrire après sa première conversion. Mais .1 y a J^^^^ l'ébauche d'une autre, qu'il ne pouvait écrire qu'après la totale nouvel ^ > renonciation. De même que, dans cette seconde crise, la lutte ne s'est pas engagée sur le terrain de la pensée qui était convaincue, mais sur le terrain de la vie : « Je m'en suis sépare, 1* » «» J" renoncé, crucifié >., l'apologie nouvelle vise moins a la tête <,uau cœur. Elle veut atteindre dans l'homme le fond de 1 être et la source de la vie, non pas seulement la raison, qui, faculté essentielle de l'espèce, est bien ce qu'il y a de plus impersonnel dans l'individu. L'apologétique n'est plus une science théorique, c est un art pratique. Pascal a fait une expérience ; il veut amener les autres à la faire aussi, en parcourant les étapes qu'il a lui-même
parcourues. , . ^ ' ' '
On connaît sa tactique. La première démarche consiste a révéler l'homme à lui-même, à lui faire sentir sa misère. Son état que les philosophes jugeaient normal, est un intolérable malaise. Avide de vérité, de vertu, de bonheur, l'homme livré à sa faiblesse en est à jamais incapable. Mais Pascal dresse en face du pécheur la personne de Jésus-Christ, modèle et Sauveur à la fois. Homme normal, il fait mesurer au pécheur son infirmité ; homme-Dieu, U
1. Œuvres philosophiques, éd. Paul Janet. Paris, Ladrangc, 1868, 2 v. 8» ;
*• '2 o' TTh^hert^ïs- dans ces quelques pages une é,„de proprement dite sur T'ipologie pasc^lienne, sujet inépuisable largement tra.te en v.ng^ volumes en cent articles par les penseurs les plus pénétrants. \ous fixons ,imZmeiU ntlre point de départ. - En principe, nous éviterons de redire op*^ onguemem au lecteur ce%uMl sait déjà et d» 1»^ P,^^^l«"»",'°",^,^^„'lî nconnus" les grands apologistes. Bossuet. Malebranche Fenelon *^ J"?^^^^ rtM maîtres ont écrit des ouvrages durables. Un seul de ces granas noms fempûr^t plusTeurs tomes, et no'us avons tant d'oubliés à rappeler du fond des brumes cimmériennes !
VUE d'ensemble. — LES PRÉCURSEURS
en apporte le remède. Allez à lui après les vrais chrétiens de tous les siècles (1), comme eux et comme Pascal lui-même vous ferez une telle expérience de paix intellectuelle, de joie du cœur, de force morale (2) que vous aurez une certitude d'être dans la vérité supérieure à toutes les démonstrations rationnelles.
Car la raison faussée n'est pas Torgane par lequel nous appréhendons cette vérité. C'est une faculté spéciale, d'un autre ordre, sur laquelle la dialectique n'a pas de prise : le cœur. « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison » (3). « Ceux à qui Dieu a donné la religion par le sentiment du cœur sont bien heureux et bien persuadés » (4). Le cœur est, on le sait, ce fond propre et ultime de l'être, ce réduit de l'âme d'où sourdent les principes innés, les connaissances intuitives, les sentiments de l'amour et les élans de la volonté qui dépassent l'impulsion réfléchie. C'est le subconscient des modernes, si l'on veut, mais plus largement tout ce qui dans notre monde intérieur nous apparaît premier, tout le donné dont la cause nécessaire et sufTisante nous échappe, ou nous déborde.
Tel est l'organe de la connaissance religieuse. Mais cet organe même fonctionne mal. Cet œil de l'âme est voilé par le péché. Même quand la raison est convaincue, le cœur n'est pas vaincu. « Votre raison vous porte à croire et néanmoins vous ne le pouvez. » « Travaillez donc non pas à vous convaincre par l'augmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions qui sont vos grands obstacles. » Le moyen ? <^ Pliez votre automate. » « Au lieu qu'en parlant des choses humaines on dit qu'il faut les connaître avant de les aimer... les saints au contraire disent en parlant des choses divines qu'il faut les aimer pour les connaître et qu'on n'entre dans la vérité que par la charité » (5). Comme le dit Vinet, ce disciple : « L'âme pure ou l'âme épurée peut seule recevoir certaines vérités, parce que le péché n'est pas seulement souillures mais ténèbres )> (6). Mais tout ce travail de l'homme n'a d'autre résultat que d'écar-
1. « Suivez la manière par où ils ont commencé », éd. Havet, X, 1 ; éd.
2. « Le Dieu des chrétiens est un Dieu d'amour et de consolation ; c'est un Dieu qu, remplit l'âme et le cœur qu'il possède ; c'est un Dieu qui leur fait sentir intérieurement leur misère et sa miséricorde infinie ; qui s'unit au fond XXl'T-Txiv'^r' ;« ;^"n>lit d'humilité, de joie, de connance. d'.amour. ,