‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 133 sur 390 · II · texte numérisé non relu

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« ne nous a point fait part de ses desseins, n'est-ce pas une « arrogance extrême d'oser dire : Dieu s'est proposé ceci ou « cela ? Servons-nous plutôt de nos connaissances mathématiques « et expérimentales pour remonter aux causes efficientes. » Pluche constate que cette règle « a séduit beaucoup d'esprits ». Malgré quelques concessions négligeables il s'entête à mêler la métaphysique à la physique, la recherche du pourquoi à celle du comment, et, faisant éclater une inintelligence absolue de la révolution intellectuelle qui s'accomplit sous ses yeux, il s'indigne « qu'on étudie la nature pour avoir lieu de calculer » (1).

Le beau Traité de Fénelon sur l'Existence de Dieu tirée de la connaissance de la Nature (1712-13), qui eut un si vif succès, est assurément le chef-d'œuvre de cette apologétique virtuellement condamnée (2). Le fond commun de ces sortes d'ouvrages y est revêtu d'une poésie qui tantôt annonce Buffon et Bernardin, tantôt égale la Bible.

« Mais que signifie cette multitude presque innombrable d'étoiles? La pro- « fusion avec laquelle la main de Dieu les a répandues sur son ouvrage fait « voir qu'elles ne coûtent rien à sa puissance. // en a semé les cieux comme « un prince magnifique répand l'argent à pleines mains... Que quelqu'un « dise tant qu'il lui plaira que ce sont autant de mondes semblables à la « terre que nous habitons : je le suppose pour un moment. Combien doit « être puissant et sage celui qui fait des mondes aussi innombrables que les « grains de sable qui couvrent les rivages des mers et qui conduit sans peine « pendant tant de siècles tous ces mondes errants comme un berger conduit « un troupeau I » (3).

Il ne faut pas douter que la splendeur et la séduction de la forme aient rehaussé la majesté de l'argument finaliste déjà compromis. En France la beauté du vêtement donne aux idées vieillies de toute origine une prodigieuse survie. Au demeurant, la curiosité de la Nature était déjà si vive qu'on lisait avidement tous ceux qui parlaient d'elle, en philosophes ou en théologiens (4). Fénelon repousse la notion d'un monde s'organisant sans Créateur. L'idée qu'il se fait d'une combinaison tout extérieure à laquelle aurait procédé le hasard ôte toute valeur à ses raisonnements, au gré des modernes. Il voit le hasard procé-

1. Ih. 345. Il est franchement hostile aux « volontés générales ». V. Hist. du ciel : Le monde de Descartes. A ses yeux, le bois est plus léger que l'eau pour rendre les bateaux possibles.

2. Dans la 2^ paitie : Démonstration tirée des preuves purement inteUectuelles, tous les grands spiritualistes ont mis le meilleur de leur pensée : Descartes sa notion hautaine de la liberté, Pascal l'idée de la grandeur et de la bassesse de l'homme, Malebranche celle de l'action de Dieu par les lois les plus simples et les plus fécondes, Leibniz son explication du mal physique. Cet ouvrage est trop classique pour qu'il y ait lieu d'insister.

3. (1""» part., c. 18). Cf. la page qui commence ainsi : « Voyez-vo.us ces vastes forêts qui paraissent aussi anciennes que le monde ? » (ib. c. 12).

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