‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 140 sur 390 · Discours préliminaire, c · texte numérisé non relu

Discours préliminaire, c

DE BAYLE A VOLTAIRE

Jaquelot, dans son traité posthume de la Vérité et de l'inspiration des livres du Vieux et du Nouveau Testaments, qui est sa grande œuvre apologétique (1), est aussi réfractaire aux innovations et moins ouvert que Basnage. La partie critique de cet ouvrage surfait est d'une affligeante faiblesse. Son succès même prouve combien la masse du public chrétien était peu prête à suivre les premiers modernistes.

Très inférieur à Abbadie et sans aucune profondeur, Jaquelot expose clairement des idées courantes. Abbadie prenait hardiment le taureau par les cornes. Lui, mentionne rapidement les objections sans leurs appuis. Il abuse du raisonnement par l'invraisemblable, d'un maniement si délicat en histoire : si cela n'était pas vrai, ceci ne serait pas arrivé. Si Hacan n'avait pas été lapidé pour un vol d'objets interdits après le pillage de Jérico (2), sa famille n'aurait jamais souffert qu'on l'écrivît. Si Moïse était un imposteur il n'aurait pas inventé le déluge et autres « incredibilia ». Il n'aurait pas, en romancier maladroit, placé sa mort au seuil de la terre promise. Jaquelot présente comme une nouveauté de son ouvrage l'argument tiré des appels que font souvent les auteurs sacrés aux annales officielles et profanes (3). Or de ces annales nous savons tout juste qu'elles existaient probablement. L'authenticité de la législation mosaïque lui paraît péremptoirement établie par la remarque qu' « une république fondée sur de « telles et telles lois ne saurait être plus ancienne que ces « lois » (4), comme si le fait ne pouvait précéder le droit, les lois ayant été codifiées après coup et attribuées à un premier législateur. On voit la faiblesse d'une telle défense, viciée par le çouci de combattre la thèse de l'imposture, qui n'était pourtant pas celle des Simon et des Leclerc. Jaquelot n'est pas historien ; il suffirait pour s'en convaincre de le voir nier les faits gênants tels que les prodiges des exorcistes juifs, qui compromettraient la preuve par les miracles (5). Dans son Traité de l'Existence de Dieu (1697) il dit simplement fabuleuses les histoires égyptienne et chinoise, pour n'avoir pas à les concilier avec la chronologie biblique.

1. Rotterdam 1715, 12. Il fut souvent réimprimé. Nous citons la 3^ édition, Amst. 1752, 2 v. 12. Viguié, dans son Histoire de Vapologétique flans l'Eglise reformée française, Strasbourg 1858, 8», en fait, à notre sens, trop de cas

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