‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 148 sur 390 · Préface · texte numérisé non relu

Préface

5. C. 3. Penser que l'intérieur peut rester bon, l'extérieur étant mauvais, c'est, dit Pictet, « ressembler à une femme qui dirait qu'elle a donné son cœur è son mari et qu'elle u'abandonne que son corps aux autres » iib. 116). Leclerc, le latitudinairei, adresse à ceux qui glissent ainsi sur la pente du scepticisme, un énergique appel. C'est le Contra indifferentiam religionum liber, La Haye 1724, 12 (22 p.) publié à la suite de son édition de Grotius : De veritafe rcligionis. Sa conclusion est celle-ci : sur les* questions controversées, dissimulez votre opinion pour ne pas engendrer d-e perpétuelles querelles. Dissimuler n'est pas simuler ; dans les questions obscures la liberté chrétienne reste entière. Mais sur l'essentiel de la religion confessez hautement votre foi. L'errant peut plaire à Dieu, le simulateur jamais. j. , ^

6. Il avait commencé un ouvrage sur l'Etat du christianisme en France, divisé en 3 parties, ou Lettres adressées aux catholiques romains, aux protestants temporiseurs et aux déistes, La Haye 1725, S». H n'en publia que la 1« partie, probablement découragé par l'însuccès ; mais la préface est un sommaire suffisant.

DE BAYLE A VOLTAIRE

Il s'en veut de morigéner des malheureux sur leurs défaillances, mais ces défaillances mènent promptement au déisme les « temporiseurs ». Faute de pasteurs et de culte, « ils ne connaissent « qu'imparfaitement la religion protestante, et ils sont imbus de « tous les préjugés imaginables contre la religion romaine ». Chez les fils le mal est pire. Lors même qu'un père est incapable de leur découvrir les erreurs du catholicisme il les persuade que par sa cruauté persécutrice il mérite l'aversion. « Mais la haine pour cette religion jointe à l'ignorance de la nôtre produira bientôt la réjection de toutes les deux, » (1).

Et en eff'et au cours du siècle, les « pasteurs du Désert » feront entendre à ce sujet des plaintes de plus en plus vives (2).

Avec l'indiff'érence on voit apparaître dans la foule grandis- Formes santé des libertins un type nouveau, Vincrédule impartial {3), de Tincré- Quand il est vertueux il est bien plus redoutable, car il se fait dulité honneur de son désintéressement. « Les athées de spéculation, « dit Basnage, qui se piquent de pureté de mœurs, de grandeur « d'âme et de force d'esprit qui les élève au-dessus du vulgaire, « sont presqu'invincibles. » (4). Aussi les chrétiens sont-ils obligés de leur attribuer la passion raffinée de l'orgueil intellectuel, pour conserver une raison de les dépriser.

C'est bien aussi l'orgueil que leur reproche l'abbé Boileau dans ses Pensées choisies (5). « N'être assujetti à aucune religion c'est « vouloir être maître de la sienne. C'est s'ériger un tribunal, « décider de la divinité, juger la cause de Dieu. C'est mettre « l'Evangile et l'Alcoran sur le bureau, c'est citer J.-C. à compa-

1. Préface. V. aussi le témoignage d'Angliviel de la Beaumelle : « La Spectatrice danoise », Copenhague 1749, 8«>, t. I, 157 sq.

2. V. Albert Monod : « Les Sermons de Paul Rabaut » [167 &i«], 19, 154. Chez les catholiques, dit Saurin, le déisme vient de l'insuiffisance . des lumières en matière de religion. Le catholique formé dès l'enfanoe « à ji'examiner qu'impar- « faitement... découvre sans peine à un certain âge qu'on a abusé de sa crédu- « lité. Il ne possède pourtant pas un assez grand fonds de lumières pour « découvrir où est la vérité, lors même qu'il en a suffisamment iK)ur voir où « est le mensonge ». Quoi qu'il en soit, le déismie « fait plus de ravages en France que partout ailleurs >» et, chose remarquable, « on trouve rarement dans ce royaume des incrédules éclairés ». Un Français libertin « fonde tout son système sur cette bonne opinion de soi-même qui est innée à notre nation » ; et « quand on lui demande s,ur quoi il s'appuie... il répond avec un souris i' moqueur, avec un air décisif, avec un bon mot, avec quelqu'un de ces secte ment s dont il a de si riches formulaires. Voilà sa^ logique, voilà sa théolo- « gie » p. 44.

3. Saurin : « Sermon sur la suffisance de la révélation. » Sermons, La Haye 1708-25, t. I, 9.

4. Discours sur l'existence de Dieu, en tête de VHistoire du Vieux et du Nouveau Testament, 1704. p. 4.

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