‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 15 sur 390 · Les Provinciales et les Pensées », p · texte numérisé non relu

Les Provinciales et les Pensées », p

VUE D ENSEMBLE. — LES PRECURSEURS

tant à Martini un peu de son érudition juive pour faire progresser le^ incrédules vers la foi. Un incrédule moderne ne pouvait entrer dans l'esprit du vieillard Siméon ; nous ne le voyons pas aisément convaincu par les subtilités du symbolisme rabbinique ou par la revue des prophéties messianiques. Cette partie de l'apologie est tellement faible qu'elle arrachait à Scherer ce jugement outré : « L'apologie de Pascal est aujourd'hui nulle ; elle a vieilli, vieilli « tout entière, méthode et arguments... il n'est plus aujourd'hui « qu'un des plus éloquents de nos moralistes » (1).

Montrer dans les personnages et les faits de l'Ancien Testament des « ombres » et des « préfigurations » des personnages et des faits du Nouveau est une preuve où l'imagination a trop de part. Chez les prophètes, Pascal ne dégage pas l'élément spécifiquement religieux, il s'attache au merveilleux des prédictions. Pour croire à la divinité de J.-C, il suffit d'avoir de bons veux. Mais ceux de l'incrédule sont mauvais. Sur la preuve par les miracles, ce ferme esprit se débat dans le cercle vicieux : les miracles prouvent-ils la doctrine ou inversement ? Il en sort par l'aflirmation a priori: Dieu ne peut pas tromper les justes. Donc il ne peut permettre que le miracle et la doctrine soient équivoques en même temps. Un miracle douteux accompagnant une doctrine évidemment fausse est faux. Une doctrine douteuse accompagnée de miracles est divine (2). Par instants, il semble faire bon marché de ce bagage imposé par la tradition, qui deviendra de jour en jour plutôt un fardeau qu'un viatique. « Ceux que nous voyons chrétiens sans la connaissance des prophéties et des preuves ne laissent pas d'en juger aussi bien que ceux qui ont cette connaissance. »

Ainsi les modernes discernent dans l'œuvre apologétique de Pascal deux parties (3), sans qu'il y ait lieu de parler d'un dualisme dans sa pensée. Uunité de son œuvre est dans son intention à*écrire une démonstration par les faits : faits psychologiques / d'une part, faits historiques de l'autre. Le rejet de la métaphysi-

1. Nouvelle Revue de théologie, 2» vol., p. 103 (juil.-déc. 1858) : « Quelques questions d'Apologétique ».

Page 1