III. L*APOLOGÉTIQUE HISTORIQUE
HoUTEVILLE
« Je veux prouver par les faits seulement que la religion chrétienne est véritable et divine. » '1 ,
Claude François Houteville, né à Paris en 1688, appartint pendant 18 ans à la congrégation de l'Oratoire, puis devint secrétaire du cardinal Dubois. Il mourut en 1742 : il était depuis huit mois secrétaire perpétuel de l'Académie.
En un siècle où les productions religieuses éveillaient un intérêt décroissant, son apologie, parue en 1722, excita de l'effervescence e1 des polémiques. C'est que l'auteur de la Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits avait essayé, dans la mesure où les séculaires traditions du genre le permettaient, d'accommoder l'apologétique aux besoins des esprits contemporains.
Chez ses prédécesseurs la preuve de fait n'était qu'une preuve entr'autres. « Je m'y suis renfermé, dit-il, parce que je la trouve « la plus convaincante et la plus simple de toutes... Celui qui « n'occupe pas un si grand terrain n'est pas si riche, mais « peut-être aussi qu'il le cultive mieux » (2).
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Dans l'examen de l'histoire évangélique, ne perdons pas de vue que la conduite des hommes est soumise à des lois presqu'aussi constantes que celles du monde physique, notamment « qu'il ne « saurait y avoir entre eux de concert unanime pour la fraude ; « que s'ils trompent quelquefois ils ne le font point sans motif « ni sans intérêt ; qu'ils ne sont point tels dans un temps et tels « dans un autre, je veux dire tous fourbes dans un siècle et tous « sincères dans un autre siècle, que tout le monde ne conspire e point à tromper quelqu'un ; que personne ne réussit à tromper « tout le monde » (3). Un fait vrai doit être possible, c'est-à-dire ne pas impliquer contradiction, comme l'existence d'une montagne sans vallée, — constaté par plusieurs témoins oculaires ou contemporains ni dupes ni trompeurs, — intéressant et public, —
1. Houteville : « La Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits, précédée d'un Discours historique et critique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son origine. » Paris, 1722, 4«. La 2^ édition, expurgée d'une préciosité qui fit scandale, est b/ien meilleure, 1740, 3 v. 4o. Nous nous servons de la 3«, 1749, 4 v. 12. Ua citation ci-dessus est tirée de la Préface, p. XXXIX.
2. Conclusion de son excellent Discours historique, t. I, 311. La démonstration par les faits est, d'après le journal de Trévoux, « la plus courte voie, la plus victorieuse des révoltes de l'esprit ». 1722, p. 1160.