CHAPITRE II
Spinoza
i. — Le traité THÉOLOGICO-POLITIQUE
Jusqu'en 1670, les libres-penseurs français du xvir siècle, avaient été plus amateurs de liberté que de pensée. Un penseur de génie, dont la critique devançait les temps de deux siècles, allait les munir d'armes solides. L'année même où sont éditées les Pensées, paraît le Tractatus theologico-politiciis de Spinoza.
La traduction française par St-Glain, capitaine au service des Etats de Hollande, parut en 1678 sous les trois titres suivants, destinés à ménager au livre une circulation plus étendue : « La clé du sanctuaire » (1), « Réflexions curieuses d'un esprit désintéressé sur les matières les plus importantes au salut tant public que particulier » (2), « Traité des cérémonies superstitieuses des juifs » (3). Dans l'intervalle, le cartésien Pierre Poiret avait réfuté l'athéisme métaphysique, mais ses « Cogitationcs rationales de deo, anima et malo » (4), ne constituant pas proprement une apologie du christianisme, n'ont pas leur place ici. Rien que rEthique paraisse en 1677 avec les « Opéra posthuma » du philosophe juif, le Traité attirera davantage l'attention des apologètes (5) ; c'est par le Traité que Spinoza agira d'abord sur l'opinion de nos « philosophes » du xviii* siècle et sur celle du
public lettré.
L'Ethique fut, en effet, mal comprise de nos Français rompus