‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 18 sur 390 · Amsterdam, pet. in · texte numérisé non relu

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4. Amst., 1677, 4« ; 2* éd. 168Ô ; 3" 1715. L'auteur confw)nte Descartes et

Spinoza. ^

5. V. Van der Linde : « Bibliografie van Spinoza », La Haye, 1871. Les principaux réfutateurs étrangers de la première période sont : Regnerus a Mansveldt, qui attaque la théologie du traité : « Adversus anonymum Theologopoliticum liber singularis ». Amst., 1G74 ; — Batalerius : « Vindicia- miraculorum », Amst., 1674 ; — Fréd. Spanheim prouve Dieu et la Providence par des arguments populaires contre les spinozistes : « L'athée convaincu », Leyde, 1676, 8« (4 homélies sur le psaume, 14, 1) ; — Kortholt : « De tribus împostoribus magnis » (Herbert, Hobbes, Spinoza), Kilonii, 1679, 12 ; — Limborch : « De veritate religionis christianae coUatio cum erudito Judaeo », 1687, réimpr. à Bâle, 1740, bonne apologie écrite par un arminien en dehors de tout parti pris ecclésiastique.

SPINOZA

à la terminologie scolastique et à la cartésienne, habitués d'autre part aux copieux développements des théologiens et des philosophes tels qu'Arnauld, Malebranche, Descartes même dans les Méditations. L'extrême concision des propositions de l'Ethique, l'allure géométrique qu'on prend pour une affectation et qui diffère profondément de la dialectique « en forme » de tant' d'ouvrages composés, eux aussi, « more geometrico », le sens inouï des termes connus : substance, attributs. Dieu et âme, la plus haute spiritualité fondée sur la mathématique (1), tout concourt à dérouter le lecteur. Aussi demeure-t-il entendu que rEthique est à peu près inintelligible (2). Elle étonne et irrite plus qu'elle n'effraie. Le petit nombre de chrétiens qui en voit le fond se réjouit que l'ouvrage soit illisible (3). Les autres se borneront à dénoncer les conséquences horrifiques du fatalisme et le chapitre des passions. « Spinoza, dit Jurieu, semble n'avoir écrit que pour dégoûter ses lecteurs et par ses principes énormes, et par les obscurités de son style » (4). Et, trente ans après, l'abbé Houteville (5) écrivait encore que tous les spinozistes interrogés par lui avaient déclaré ne pas comprendre la philosophie de leur maître, mais s'attacher à lui parce qu'il niait.

Le Traité, lui, épouvante (6). Du premier coup paraissent con-

1. V. Brunschvicg : « Spinoza et ses contemporains ». R. met., 1906, p. 47.

2. De là l'effort de vulgarisation fait par Boulainvilliers qui, dans sa prétendue « Réfutation de Spinoza », mit à la portée de tous les esprits les principales idées de l'Ethique : « Réfutation des erreurs de Renoist de Spinosa par M. de Fénelon, archevêque de Cambrai, par le P. Lamj% bénédictin et par M. le comte de Roulainvilliers. Avec la vie de Spinosa par M. Jean Colerus... » Rrux., 12, 1731 (pp. Lenglet-Dufresnoy). Cet exposé avait d'abord circulé à part et manuscrit sous le titre d' « Essai de métaphysique dans les principes de Spinosa ». On attribua aussi à Roulainvilliers « la Vie et l'Esprit de M. R. de Spinosa », s. 1., 1719, 8«, réimprimé sous le titre « De ttibus Impostoribus », Francfort-sur-Mein, 1721, 4«. Il ne faut pas confondre cet ouvrage français spinoziste avec le traité latin et déiste de même titre imprimé vers 1753. (V. Lanson, R. h. 1., janv.-mars 1912).

3. « On n'a pas fait beaucoup d'attention sur cet auteur parce que l'on savait qu'il n'avait point de religion, et q,ue d'ailleurs l'obscurité et la négligence qui régnent dans ses ouvrages les ont rendus moins considérables. On ne craint pas de tels ennemis. » — Groteste de la Mothe : « Tnaité de rinspir. des livres sacrés du N. T. » Amst., 8«. 1695, p. 4. Dortous de Mairan, le discitple de Malebranche conquis par Spinoza sous les yeux de son maître déconcerté, est du petit nombre de ceux qui comprennent à fond les principes énormes. (V. Ollé-Laprune : « La philosophie de Malebranche », Paris, Ladrange, 2 v. 8», 1870, t. I, 18, 22 ; t. II, 125).

4. « Le Philosophe de Rotterdam accusé, atteint et convaincu », p. 137. Amst., 1706, 12.

5. « Discours historique et critique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son origine », en tête de la 2* éd. de « la Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits »,. Paris, 3 v. 4«. 1740, p. 189).

6. On peut y voir cependant une apologie de la religion, une tentative pour concilier les sectes en posant les principes d'une interprétation objective de

La Bible

densées, aux yeux des croyants confiants et des sceptiques mal informés, à peu près toutes les raisons de douter de la Bible en tant que document exclusif de la révélation. Ce livre vraiment divinatoire contient en germe mieux que la critique du xviir siècle, celle du xix% et Texégèse moderne en développera et c^onfîrmera graduellement les principaux points. Il procède de la philosophie de Spinoza pour les principes, d'Aben Ezra et La Peurère, pour l'exégèse, de Hobbes pour la partie politique. Il voit plus large et plus juste que l'explication trop aisee par faussaires et imposteurs. Le philosophe donne parfois l'impression d'avoir un sens historique plus profond et plus exact que celui de l'érudit Bayle. Voici son point de vue :

La Bible n'est pas une révélation privilégiée, mais une adaptation aux facultés d'un peuple grossier de la pure révélation naturelle (1). La loi divine originale qui nous enseigne à aimer Dieu est inscrite dans le cœur de tous les hommes. Il ne faut pas . être idolâtres de je ne sais quels caractères, de l'encre et du papier » (2). La Bible, émanée de la conscience humaine, est parole de Dieu par ce qu'elle contient de cette loi, et non en tant que recueil dicté par Dieu. La connaissance intellectuelle de Dieu, la seule réelle, est un don réservé à quelques-uns. Dieu n exige pas que la masse des hommes le connaisse autrement que par les attributs de justice et de charité, les seuls que nous devions et

puissions imiter.

Le livre qui enseigne à obéir à Dieu de tout son cœur par la pratique de ces deux vertus est une voie de sagesse à l'usage des humbles, car tous peuvent obéir alors que peu deviennent vertueux en ne suivant que les lumières de la raison. La Bible est donc un livre de piété, non un livre de philosophie. La raison et la science gardent leur entière indépendance à l'égard d'un ouvrage moral, étroitement conditionné par les circonstances historiques de son apparition et adapté à un public populaire.

C'est pour s'accommoder à sa faiblesse que l'Ecriture représente anthropomorphiquement Dieu comme un législateur, alors qu'il agit par la seule nécessité de sa nature et qu'une connais-

rEcriture et en déKaKeunt l'csence du chrislianisme. Mais c'est une apologie qm paraissai. deux si*cles et Memi trop tôt. Nous ■V»™'". , " '°"''?:;;7 '" nue relTet contemporain produit par ies ouvrages et ieur rôle historique. Sur l'àme religieuse du Traité, v. Couchonâ : « Benoit de Spmoza „ Alcan.

1902, 8», p. 95 sq. .

1 « La foi et l'histoire n'auront donc pas un autre objet que la science et la raison ; elles représenteront seulemicnt, appliquées à la mênie matière, un autre procédé de connaissance. >> Brunschvicg. o. c. R. met., 190o, p. 683.

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