‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 195 sur 390 · Traduction française par Sinson, La Haye · texte numérisé non relu

Traduction française par Sinson, La Haye

1007lof ^'"'''"' '''''''' ""' '""* l'évolutiop des idées Religieuses au xvni* siècle,

4. Lond. 1720. S». Ce titre bizarre, les 4 jumeaux, annonce 4 dissertaUons.

5. Le seul martyr du déisme anglais (1669-1733). Renvoyé pour sfes opinions du collège de Sidney à C^mlxridgek où il avait une chaire, il fut condamné à payer 25 livres sterling d'amende pour chacun de ses discours contre J -C 1727-29* s't ^o^^'""^' " ''^**^ ^" P"^""" **^ '^ mourut. Ses discours parurent en

6. Woolston dit aussi : « taies ». « romances ». L'eau changéte en vin. aux' noces de Cana. signifie l'interprétation spirituelle de l'Ecriture remplaçant la littérale. Si Lazare est vraiment sorti du tomheau. c'était un co.up monté par Jésus et ses disciples.

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DE BAYLE A VOLTAIP.E

et jugé^ selon les règles du barreau (1) devait être utilisé par tous nos apolcvgètes.

EnftB, si Londres avait eu les prophètes cévenols, Paris eut les conmlsionnaires de St-Médard qui fournirent aux incroyants l'occasion bienvenue d'étudier in anima vili le mécanisme des miracles. Le spectacle de guérisons imparfaites ou accompagnées de crises nerveuses, parfois de gestes et de paroles obscènes ou ridicules, jetait le discrédit sur les cures miraculeuses. Elles étaient le fait d'une imagination blessée. On pensait invinciblement à telles guérisons du Christ et des apôtres et Ton murmurait î « ah uno disce omnes ». La tentation était bien forte quand les, jansénistes assimilaient eux-mêmes ces miracles à ceux de révangile et y reconnaissaient le doigt de Dieu. Quand un ConseiUer au Parlement» Carré de Montgeron, versé dans la pratique judiciaire, établit en plein xvni' siècle la vérité de ces prodiges avec un luxe d'enquêtes, de témoignages et de gravures justificatives qui manquaient aux anciens miracles, les bonnes âmes raisonnables purent mesurer le mal qu'avait fait son livre, véritablement consternant (2). •

En vain deux écrivains s'étaient plus spécialement appliqués à conserver aux pxodiges évangéliques leur valeur privilégiée. BvpiN avait remis à leur vraie place ceux û'^Apollonius de Thyane (^ue le déiste anglais BlauntiS} rapprochait de ceux de Jésus.

Pans, une conversation Dupin entendait faire cette comparaison. Un autre assistant attribuait à la magie les actes merveilleux du thaumaturge. Cette hypothèse n'est pas nécessaire. L'histoire d'ApoWone e&t probablement un roman. Si elle est vraie, elle s'explique sans mystère. — Cette démonstration scientifiquement conduite est, à quelques détails près, un chef-d'œuvre. — L'histoire est destituée de témoignages dignes de foi. Lucien, le seul auteur qui mentionne Apollonius avant Philostrate, parle de lui

1. Tryal of the witnesses of the résurrection, LonxL 1729, 8» ; (r. fr. sur la 0* édition, La Haye 1732, 8" et Paris 1753, 12 par Le Moine, ministre à La Haye. Sherlock réfute l'hypothèse de l'illusion, d*un spectre par exemplq apparaissant il des femmes nerveuses. L'idée conraniençait donc à se faire sa placq à côté de celle de l'imposture.

2. La vérité des miracles opérés par l'intercession de M. de Paris et autres appelans, démontrés contre M. l'archevêque de Sens, Utrecht 3 v. 4», 1737-41-48. V. Léon Cahen. : « Les querelles religieuses et parlementaires sous Louis XV », Hwchette 1913, 16, p. 46 sq.

3. Blount, pl,us connu comme apologiste du suicide, auquel il eut recours en 1693, avait pubUé en 1680 une traduction anglaise des 2 premiers livnes de Philostrate. Il y a»;cusait les ressemblances d'Apollonius avec Jésus. Il a fait,, en somme, un des pr»emiers pas vers l'élude comparée des religions. La riposte de Dupin prouve que l'idée cheminait dans les esprits : L'Histoire d* Apollonius de Thyane convaincue de fausseté. 1705, 12.

sans estime ; tous ceux qui lui sont favorables depuis Philostrate en parlent d'après Philostrate lui-même. Or celui-ci écrit 120 ans après Apollone, alors que tous les témoins oculaires sont morts. Son but est de représenter un homme plus divin que Pythagore. Pour cela il accumule invraisemblances^ anachronismes> erreurs de géographie, prédictions manquées ou post eventum. Il n'est pas un seul miracle d'Apollone qu'on ne puisse donner au hasard ou à la supercherie (1). Le principal est la résurrection d'une fille : mais Philostrate avoue que sa mort n*était pas certaine^ au lieu qu'on riait quand Jésus dit la fille de Jaïrus endormie ; quant à Lazare, il « sentait ». Enfin la doctrine d'Apollone est contraire en beaucoup de choses à la sagesse naturelle et à la droite raison, puisqu'il travaille à rétablir les dieux du paganisme, enseigne le fatalisme et la métempsycose. Sa morale ne dépasse pas « les préceptes ordinaires des philosophes païens » (2).

Il importait de ruiner la considération que les incrédules affectaient d'avoir pour ces miracles ou de les empêcher d'englober les miracles du Christ dans un égal mépris.

Pour tout lecteur impartial, Dupin a, nous semble-t-il, réussi.

Le P. Buffler (S. J.), dans le 9* traité de son Cours de sciences, donne une apologie du christianisme uniquement fondée sur les miracles (3). Il reprend avec confiance les arguments battus en brèche mais sans rien apporter de neuf qui les confirme. Le miracle est un fait contraire aux lois naturelles établies par Dieu et que Dieu viole lui-même. — Ceux de l'évangile sont avoués par les juifs et les païens. — Buffier ne voit pas que les juifs modernes y regarderaient de plus près. Il y a une sorte de traîtrise pour un chrétien moderne à triompher du facile aveu des anciens.

Si les miracles ne sont pas vrais, ils sont le fruit d'une imposture grossière. Mais ils sont vrais, car, faux, les premiers spectateurs ne les auraient pu croire. Des prodiges tels que la multiplication des pains frappaient trop brutalement les sens pour faire illusion. — Sans doute, s'ils sont rapportés par des témoins oculaires, mais Buffier admet de confiance que Marc les raconte vers 36, Matthieu vers 43, Luc vers 47. De plus, en les prouvant par leur nombre et par leur énormité, il adopte après tant d'autres la thèse insoutenable de l'examen. *

La notion traditionnelle du miracle ne trouva pas en France

1. Dupin faiblit ici sur un point II dit que le fait de retirer son pied d^ ceps peut être l'œuvre desi démons.

3. Paris 1732, fol. II annojnce au début une utilisation de l'argument du pari : « la prudence porte mandfestement au parti de la religion » (V), mais c'est une velléité non &uivie d'eflfet.

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à cet instant de champion mieux armé. Réellement étranger à l'esprit du siècle, Buffîer, incapable de concevoir l'emprise souveraine du déterminisme sur les esprits, entretient le fossé qu'Houteville essaie de combler. Le succès relatif de son Traité, qui fut réédité à part en 1723 et que Migne a fait figurer dans son encyclopédie, ne s'explique que par sa forme courte, claire, bien divisée, en un temps où les seuls jésuites gardaient Tart précieux de la composition.. Il se souvenait en effet que la manière « où il se « trouve le plus... de facilité et d'ordre est celle peut-être qui « convient davantage au génie des hommes en général et en parce ticulier à ceux de notre nation » (1).

Mais si l'Angleterre avait donné Woolston à nos déistes, elle donnait aussi Sherlock à nos chrétiens.

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L'excellence On peut à la rigueur être chrétien sans croire aux miracles ou

du christia- aux prophéties, l'accent pascalien d'Houteville, la piété de Locke

nisme et sa mort ne laissent aucun doute à cet égard ; on ne l'est pas

si l'on n'estime pas l'enseignement du Christ supérieur à celui

des autres religions du monde.

Ces religions ne sont guère connues que depuis un demi siècle. Au temps où elles étaient mal ou point étudiées, la supériorité du christianisme était un lieu commun d'école incontestable. Le judaïsme du talion et des holocaustes était dépassé, la polygamie et un paradis sensuel souillaient le mahométisme propagé par le fer et le feu, le paganisme multiforme divinisait les passions. L'argument tantôt comprenait l'excellence de la doctrine et de la morale chrétiennes, tantôt se limitait à la morale.

Il est exposé en 1692 dans les Hé flexions sur le christianisme (2) de l'académicien de Chaumont, ancien lecteur du roi et « ancien évêque d'Acqs ». L'auteur développe l'idée que la religion du Christ étant la plus choquante aux passions est la plus conforme à la raison. L'élévation de sa morale empêche les prédicateurs de faire plus de 5 à 6 conversions par an et les missionnaires de conquérir les païens polygames (3). Aussi l'établissement du christianisme est-il « contre H règle ».

Leclerc dans son Historia ecclesiastica (1716) trouve le merveilleux non dans l'extension de notre religion mais dans la supériorité de sa doctrine.

Or cette supériorité qui est vraiment le réduit de la défense

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