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miracles
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« même, à ce qu'il croit, aux lois établies de la nature » (1). Donc ce qui est miracle pour Tun ne le sera pas pour un autre ; leur degré de science en décide. Cela n'annule pas l'usage des prodiges ; ils restent preuve s'ils sont unis à une doctrine saine, répétés, et tant qu'aucune puissance plus forte ne paraît. Car Dieu ne peut permettre qu'on use d'un pouvoir extraordinaire pour nous tromper (2).
En se rangeant parmi ceux qui jugent du miracle par la doctrine, Locke prépare la ruine de l'argument traditionnel. Il marche, quoiqu'avec prudence, sur les traces de Spinoza (3).
Un autre anglais, Blackmore, enseigna que le miracle ne consiste pas dans une suspension des lois de la nature mais dans une nouvelle détermination de son cours. Cette idée fera son chemin ; elle aboutit à la comparaison moderne de l'action de Dieu avec celle du savant qui combine intelligemment les forces physiques pour les faire servir à ses desseins et produit volontairement, à un moment donné, des phénomènes, des corps, parfois des monstres, que le cours normal des choses n'eût point créés.
Nous avons vu la grave atteinte portée par Houteville à la notion classique : le miracle paraît hors nature, mais il ne peut pas y être. Le panthéiste n'en demandait pas plus. Houteville va répétant que « toute doctrine autorisée par des interruptions de la loi commune est autorisée de Dieu même « (4), mais son hypothèse entraîne un fatalisme général que la conscience morale accepte malaisément. Jésus, les apôtres, les saints que nous croyons libres sont « agis » et l'œuvre de la rédemption est confiée à l'ensemble des choses.
La même année qu'Houteville, Crousaz aff'aiblit de son côté la valeur apologétique des prodiges dans 2 sermons sur la divinité des miracles ib). Il accorde que certains faits peuvent passer à tort pour miraculeux. Pour les miracles authentiques, peu importe qu'ils aient été faits par Dieu directement ou simplement « par son aveu et sous sa direction » (6). La puissance qui était
2^ « Ues marques d'un pouvoir supérieur ont toujours été et seront toujours « un guide infaillible pour conduire les hommes dans l'examen des religions... « quoiqu'ils ne puissent point déterminer au juste ce qui est ou qui n'est pas « au dessus des forces d'un être créé, ou ce qui requiert le bras immédiat de
« l'Eternel ». 367. ^,.^^ ^ , » »x ^«
3. C'est en effet dans le Tractatus que se trouve l'idée qu« ta sainteté de l'auteur du miracle, la conformité de sa doctrinie à la lumière intérieure sont les seuls signes garants, et seuls édifiants pour les sages.
5. Cinq' sermons sur la vérité de la religion chrétienne, Amst. 1722, 8°. Serm. 3 et 4.
DE BAYLE A VOLTAIRE
en J.-C. était toute sainte et bonne. Il suffit. — Mais dès lors le miracle ne prouve plus la mission spécifique du Christ, encore moins sa divinité personnelle. Il implique seulement l'approbation divine donnée à tout homme vertueux qui fait des prodiges pour rendre sa prédication recommandable.
La controverse de Serces contre Clarke qui discernait les miracles par la doctrine n'était pas de nature à fixer les croyants (1). Si la discorde régnait au camp chrétien, on pense bien que les ennemis du dehors ne faisaient pas trêve. Shaftesbury, triomphant de réchec des thaumaturges cévenols, leur conseillait de parcourir les hôpitaux pour guérir à peu de frais les malades. Son scepticisme était, semble-t-il, celui de la bonne société londonienne, car ses Lettres sur l'enthousiasme eurent un grand succès (2). Il s'en dégageait l'idée qu'il faut, au nom du bon sens, éliminer des cerveaux modernes la notion du surnaturel. Shaftesbury n'est ni un philosophe ni un savant, c'est un homme du monde pour qui « le ridicule est la pierre de touche des doctrines ; celles qui ne peuvent pas soutenir cette épreuve sont condamnées » (3). On sait combien Voltaire l'estimait.
Toland, dans la première dissertation du Tetradymus(4), appliqua ce critérium au prodige de la colonne de nuée. Mais 1 ouvrage le plus hardi, celui que nos philosophes devaient utiliser avec prédilection fut les Six discours de Woolston (5) sur les miracles de notre Sauveur. Le récit de ces miracles pris littéralement n'a aucun sens. Ce sont des allégories (6). Car de tels prodiges, notamment la résurrection, sont physiquement impossibles historiquement incroyables. Le scandale était tel que l'auteur fut emprisonné, mais les idées étaient lancées. Le public conclut de son livre que le surnaturel des évangiles est une invention d'imposteurs. Le principal de ses réfutateurs ici encore fut Sherlock, dont l'ouvrage Les témoins de la résurrection de J.-C, examitiés