Genève 1719. 8<>. V. Nouv. lit. t. X p
5. 1640-1715. C'est le pieux oratorien curieux des sciences et disciple fervent de Malebranche. qui fut exilé par lettre de cachet dans le diocèse de Grenoble pour cause de cartésianisme. Il finit ses jours à Rouen, V. Ollé-Laprune . « Malebranche » t. II. 175. Sa Démonstration ou preuves évidentes de la vérité et de la sainteté de la morale chrétienne commença à paraître en 1688 (2 entretiens). La 1" édition complète en 5 entretiens est de 1706-11, Paris 5 v. 12. Elle fut rééditée en 1722.
l'apologétique. La raison et l'expérience intime nous révèlent la fin de l'homme : c'est un bonheur parfait. Il ne peut le trouver qu'en s'unissant à l'Etre infini. La morale chrétienne est la seule voie pour y parvenir (1). Ainsi Lamy part de l'expérience et, malgré de fréquentes incursions dans la métaphysique, il ne la perd pas de vue et remplit ses Entretiens d'une riche observation
morale.
Son plan s'inspire de Pascal. Une fois établi que « la morale doit enseigner l'art de devenir heureux » (2), il passe en revue les faux systèmes où on l'a cherchée. La science des philosophes païens n'a servi qu'à rendre les hommes coupables, car en leur proposant les vérités qu'ils tiraient de la lumière naturelle, ils ne leur ont pas donné la force de s'y conformer. Encore n'ont-ils pas conçu l'union avec Dieu. Dieu, auteur du plaisir et de la douleur, peut faire goûter à une âme qui lui est unie des plaisirs infinis et faire souffrir à ceux qui sont séparés de lui des douleurs inexprimables. Cette union, le malebranchien la fait consister à écouter ce que dicte la raison, qui est « un langage de Dieu intérieur » (3), et à faire la volonté divine. C'est la conformité à l'ordre dont les règles sont innées en nous et que le péché a renversé. « Un chrétien semblable à J.-C, qui est la souveraine « raison, est par conséquent fait comme la raison dicte qu'un « homme doit être » (4). La morale chrétienne restaure en nous l'homme voulu par Dieu. Et quoiqu'elle impose un entier renoncement, il ne faut pas la dire contraire à la nature. Quoi de plus conforme à la nature que la solidarité avec les faibles ? « Dans le corps naturel tous les membres compatissent et se secourent » (5). « La charité chrétienne rétablit l'égalité qui doit être « entre tous les hommes que la nature a faits égaux » (6).
Telle est la forme la plus noble qu'ait prise l'argument tiré de la morale au moment que nous étudions. Or, dans leur désir de faciliter l'accès de la foi ou de s'adapter aux idées du temps, plusieurs chrétiens détruisent de leurs propres mains la supériorité de cette morale. Ils sont de bonne foi. Alors que pour Lamy la morale chrétienne est riche de la vie religieuse et a par conséquent sa saveur propre et une incomparable « eflîcace », elle
1. Lamy ajoute : la religion catholique est la seule qui donne les moyens de suivre la morale chrétienne, mais cette partie de son ouvrage rentre dans la controverse entre sectes.