‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 198 sur 390 · Ib · texte numérisé non relu

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DE BAYLE A VOLTAIRE

reste pour eux un recueil de préceptes assez peu différents des règles d'action les plus hautes auxquelles sont parvenus les sages de tous les temps.

Ils ne s'élèvent pas au-dessus de la médiocrité spirituelle de leur siècle. Qui s'en étonnerait ?

C'est ainsi que la tentative de Thomassin est strictement sincère. Il est difficile d'étudier de près la fleur des anciens sans y trouver, comme chez les juifs, le meilleur de la morale humaine. Ces ressemblances ne leur, causent aucune inquiétude puisque tout ce que les poètes ont de bon est un écho de l'enseignement des prophètes ou un reste de la lumière naturelle primitive (1).

En 1693 son volume sur les historiens {2) aggrave, s'il était possible, l'imprudence de sa thèse. Il s'en dégage l'idée que l'antiquité profane a connu et pratiqué en somme la vraie morale, la vraie politique, presque la vraie religion. Les historiens donnent sur ces trois objets des leçons analogues à celles d'un instituteur chrétien. Ils ont connu le vrai Dieu qui gouverne tout par ses anges sous les noms de Destin, Fortune, Nature. Ce vrai Dieu était honoré sous les noms de Pudicité, Vertu, Intelligence, Foi, Paix. On commençait toutes les entreprises par la prière et la divination. La revue des vertus païennes, y compris la pauvreté et la virginité, prouve la « conformité de la nature et des usages universels du genre humain avec l'Ecriture et l'Evangile » (3). Fuir la louange et les honneurs, bien traiter ses ennemis, ses esclaves, sont des conseils fréquents chez les historiens. Leurs maximes politiques sont modernes : les grands doivent modérer leur puissance et leur gloire, ne faire la guerre que pour des causes justes, la déclarer toujours, cesser de tuer dès que l'ennemi cesse de combattre. Ils ont laissé sur les vicissitudes de l'histoire des réflexions conformes à celles des Pères, et l'on peut dire que Sénèque développe dans la préface des Questions naturelles la belle idée de S. Augustin : « quid sunt régna nisi magna latrocinia » (4).

Quand on ferme le livre de Thomassin, une question vient à l'esprit : à quoi bon le christianisme et sa morale ? qu'ont-ils apporté de nouveau ?

Elle ne se posait plus quand on lisait les préfaces du naïf et enthousiaste Dacier en tête de ses traductions de Platon, de l'em-

1. La méthode d'étudier e\t d'enseigner chrétiennement... les poètes. Paris 1681'-82, 3 v. 8«.

2. La méthode d'étudier et d'enseigner chrétiennement et Solidement les historiens profanes par rapport à la religion chrétienne et aux Ecritures. Ib. 2 v. S».

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