V. le « Discours sur Platon
3. Publiciste et jurisconsulte, né à Béziers en 1674, mort à Groningue en 1744. II collabora aux Nouvelles de la république des lettres, à la Bibliothèque britannique, à la Nouvelle Bibliothèque et à la Bibliothèque rationnée. Sa traduction du traité de Puffendorf l'ayant mis en vue, il fut nonuné professeur de droit et d'histoire à l'Académie de Lausanne (1710), puis professeur de droit public et privé à l'université de Groningue. Il a traduit aussi les Devoirs de l'homme et du citoyen de Puffendorf (1707) et le DroU de la guerre et de la paix de Grotius (1724).
4. « ou système général des principes les plus importants de la morale, de la jurisprudence et de la politique », Anut. 2 v. 4°. V. du même Barbeyrac : Traité de la morale des Pères de l'Eglise, Amst. 1728, 4».
DE BAYLE A VOLTAIRE
n'était pas pour lui déplaire, celui des Pères moins encore. Mais il goûtait aussi le conseil donné aux prédicateurs d'enseigner la morale plutôt que le dogme (1).
Cette morale, dont les laïques sont les principaux promoteurs, se développe rapidement dans la première moitié du xviii* siècle en dehors des églises. Sous la forme parfois un peu étriquée de la morale mondaine, elle exalte d'autres principes de , conduite que les principes chrétiens, l'honneur par exemple, stigmatisé par Bossuet. Sous la forme de la morale philosophique, elle opère un renversement des valeurs qui est un des traits caractéristiques de l'évolution des idées au moment où nous sommes : elle réhabilite la nature humaine déclarée bonne, les passions source de l'action, ressort d'énergie pour l'individu, agent de prospérité pour les peuples, — le luxe, le goût de la vie large, péchés pour lé chrétien condamné à l'humilité ; elle rompt le lien qui unissait la morale à la religion chrétienne puisque les païens anciens ou modernes sont reconnus capables de vertus (2), celui qui l'unissait à la Religion puisque les lettrés chinois si vertueux sont athées ; — elle met l'humanité au-dessus de la vérité en faisant de la tolérance, avec Barbeyrac, une vertu essentielle, en jugeant l'homme sur ses actes non sur ses pensées (3).
« Chacun s'est accoutumé, dit Houteville, à n'apprécier les autres hom- « mes que par leurs talents sans égard à leur croyance, à n'exiger d'eux « qu'une probité mondaine, des vertus philosophiques et des mœurs sociables. « L'opposition des sentiments en matière de religion a cessé de surprendre et « d'alarmer. On n'a pas adopté formellement dans la spéculation le mons- « trueux système de la Tolérance, mais sans y penser et je ne sais par quels « degrés insensibles on est arrivé enfin à n'en plus avoir d'horreur et à le « suivre dans la pratique. On laisse chacun arbitre de ses opinions particu- « lières et libre de se composer à son gré sa propre religion. » (4).
1. Barbeyrac a certainement contribué à orienter au moins la prédication protestante vers le moralisme qui la desséchera jusqu'à Tépoque du « Réveil » entre 1»30 et 1850.
2. « On vient de réimprimer VHistoire du christianisme dans les Indes par « La Croze... On y lit avec plaisir la morale admirable de ces Indiens tirée de « leurs livres religieux. Quand on voit de tels morceaux on s'étonne de la « vanité que nous tirons de la morale chrétienne. Il n^y a point de .peuple au « monde, quelque sauvage qu'il soit, qui ne pût prouver la divinité de son « culte par les principes de sa morale, si cette induction était d'une certaine « validité ». Grimm, éd. Tourneux [73], t. lY, 99.
3. Xous n'insistons pas sur cette transformation des idées morales qui est bien connue aujourd'lwii. Elle a été admirablement mise en lumière par Lanson, dans son cours s^r les Origines de l'esprit phUosophique, déjà cité,, dans un article sur « le Rôle de l'expérience dans la formation de la philosophie du xviii» siècle ». iR. du mois, 10 janv. -^ 10 avr. 19^10). V. aussi Morize : « L'Apologie du luxe au xviii» siècle », Didier 1909. (V. Revue universitaire, 15 avr. 1910, p. 346). Pellisson : « La sécularisation de la morale au xviii» siècle ». (Rév. fr. 19<K3) Gf. Lanson : Manuel bibliographique, xvin«> siècte p. 714 sq.
4. La Religion prouvée par les faits:. Préf. de la 2» éd'. p. X.
Une société qui voyait des chrétiens faire entrer l'intolérance dans la morale chrétienne, et, au nom de cette morale, brûler ce qu'e//e adorait, n'était plus prête à en avouer l'excellence.
Plusieurs chrétiens sentirent le danger. A Thomassin un jésuite répond sans le nommer. C'est le P. Moiirgues dans son Parallèle de la morale chrétienne avec celle des anciens philosophes, pour faire voir la supériorité de nos saintes maximes sur celles de la sagesse humaine (1).
La différence des deux morales est dans leurs principes. Celui du chrétien est d'aimer Dieu et de lui rapporter ses intentions et ses actions, celui du philosophe est d'aimer son propre repos et d'y rapporter toutes choses (2). L'un entretient, l'autre éteint l'amour-propre. Comment sur des principes opposés a-t-on bâti deux systèmes fort semblables ? C'est que le chrétien doit « se « concilier du repos et de l'indépendance du côté des créatures « pour donner avec liberté toute son application à son Créa- « teur » (3). Mais, alors que le philosophe s'en tient à cette indépendance, « l'autre passe outre » pour aller à Dieu. Chez l'un la religion est une partie de la morale, qui contient une maxime touchant le culte de Dieu. Chez l'autre la morale est une partie de la religion, du culte dû à Dieu qui doit absorber toute la vie. De cette dépendance du chrétien riait l'humilité, son sentiment dominant.
Ce dernier trait est juste, et il est possible en effet que la couleur propre de la morale des hommes de foi lui vienne de son union avec le sentiment religieux de la dépendance. Mais l'incrédule répondrait à Mourgues qu'il voit un a priori dans le principe de tout rapporter à Dieu et qu'il ne sent aucun besoin de ce recours. Or, ce point réservé, de l'aveu même de l'apologiste, les deux morales sont identiques.
Contre Barbeyrac, le bénédictin dom Ceillier défendit les Pères (4). Il les venge du reproche d'être tombés dans des superstitions, des bévues, et un ascétisme contre nature. Il examine.