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DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L*ENCYCLOQÉDIE 315
Il admet bien encore l'imposture chez les premiers chrétiens, mais elle était sans malice. « Le zèle de religion est capable de rendre « les hommes de mauvaise foi sans avoir de remords, souvent « même sans s'en apercevoir, et les auteurs de ces faux évangiles « en ont peut-être attesté la vérité par leur sang » (1).
Mais d'aucun côté le problème n'est pris largement. L'attaque affirme l'illusion, plus qu'elle ne la démontre par une analyse psychologique un peu poussée. La défense ne s'entend pas mieux à porter le débat dans le monde de l'âme et de la vie, à montrer par exemple comme le fera l'apologétique moderne, les phénomènes de régénération spirituelle « au contact de la personne du Christ ». Nous restons dans le domaine des idées et dans le cercle de la discussion historique, dont on sort par un acte de foi reli- '
gieuse ou philosophique. La réfutation du Celse moderne est ce que peut donner un chrétien de bon sens et de culture moyenne en 1750. Il peut jeter à bas les exagérations où le parti pris entraîne les incrédules, mais il n'ébranle pas le fondement de leur critique.
Nous trouvons chez Gautier une nouveauté cependant ; c'est son admirable modération. Il supporte les blasphèmes et les sarcasmes les plus outrageants, sans perdre u;i moment son sangfroid. Cela prouve combien l'éducation de la sensibilité chrétienne et de la tolérance est avancée chez quelques bons esprits. Car le livre qu'il réfute est, nous l'avons dit, redoutable.
Si les succès de l'impiété valaient à Montesquieu des attaques 9. — Bayle. i-étrospectives, il ne faut pas être surpris de voir fleurir entre Nouvelles 1730 et 1750 toute une littérature anti-baylienne. Après la Théodi- attaques cée de Leibniz, il s'était fait autour de Bayle ce silence relatif qui se prolonge communément une dizaine d'années après la mort des grands hommes. Les protestants avaient dit ce qu'ils avaient à dire, les catholiques dans leur ensemble n'ouvraient pas encore les yeux. Le silence régna vingt ans, bien faiblement troublé à deux reprises par les réfugiés David Durand et Philippe Naudé. Le premier établit par l'exemple de Vanini que Bayle raisonnait quelquefois sur des faits douteux. Bayle cite en effet le philosophe athée pour prouver que l'athéisme peut faire un honnête homme et la raison pure un martyr. Vanini ne fut l'un ni l'autre (2).
2. Durand (1680-1763), fils d'un ministre de Sommières (Gard) fut pasteur de l'EgIis« de la Savoie à Londres et membre de la Société royale. Polygraphe estimé dans son milieu, il publia des Sermons, des Tradulctions d'auteur» latins, une utile édition de Télémaque avec les passages grecs et latins imités, des ouvrages d'histoire, une Dissertation sur la poésie française etc.. Sa cri-
\ il
ouvrent les yeux
Le second réfuta le Commentaire philosophique et défendit l'intolérance (1).
Les En 1728, Houteville ménage encore le grand critique mais on le
catholiques jjent alarmé. Sans doute Bayle n'est pas un ennemi, mais enfin i< il cherchait plutôt à multiplier qu'à lever nos doutes » (2). En 1732 le P. Merlin S. J. professeur de théologie, annonce enfin une réfutation générale du Dictionnaire, où il s'est réservé les matières sacrées. Il en donne un fragment : la Réfutation des critiques de M. Bayle sur S. Augustin (3)l, où il se préoccupe de montrer qu'Augustin n'est pas janséniste, sans aborder les questions brûlantes comme sa controverse avec les Manichéens sur le problème du mal. En 1737 c'est une Apologie de David (i), en 1738 une Dissertation sur les miracles contre les impies (5), et, entre temps, dans le journal jésuite, 13 « défenses », « examens » ou « réflexions » sur des points particuliers du Dictionnaire (6).
L'abbé Laurent Josse Leclerc lançait aussi une Lettre critique sur le Dictionnaire de Bayle (7).
En même temps que les catholiques s'éveillent ainsi, les protestants se réveillent, mais aucun ne vaudra les adversaires de \l première heure.
Au moment où les Lettres philosophiques donnent le modèle de la littérature appropriée au goût du jour, Crousaz assène un énorme et indigeste in-folio sur les pyrrhoniens en général et sur
tique de Bayle est intitulée : La vie et les sentiments de Lucilio Vanini, Rote 1717, 12 (an.). On peut lui accorder que Vanini emprisonné fit tout pour échapper au supplice, ce qui n'est pas le fait des martyrs ordinaires. V. Pensées sur la comèie t. I, 356.
1. Réfutation du Commentaire philosophique Berlin 1718, 8». V. supra p. 169. La seule critique un peu importante de Baylei dans cette période est l'œuvre de l'allemand Buddée : « Thèses theologicœ de atheismo et superstitione », léïia 1716, 8», tr. fr. en 1740. V. Acta erud. 1716, p. 549, J. sav, 1717. p, 316.
2. Discours sur les apologistes éd. ciU 306. Bien des années plus tard un naïf, Dubois de Launay, dans sa Nouvelle analyse de Bayle, nous offrira encore un Bayle bien pensant. On y voit « qu'il ne croyait point dans le cœur toutes ces erreurs abominables qu'il débite et qu'il paraît enseigner ». Migne, Dém. év. [9], t. VI. 605.
3. Paris 1732, 4° ; rééd. M. Trév. 1736 p. 2605-16 ; et 1737 sous le titre de Véritable clef des ouvrages de St Augustin. Paris 2 v. 4«.