MM
le fondement du salut : Jacques le fait reposer sur les œuvres, Paul sur la grâce : il mêle même à la religion les spéculations de la philosophie pour agréer aux Gentils. Il y a beaucoup de choses dans leurs livres qui sont maintenant de nulle importance pour
la foi.
On connaît la partie politique du Traité sur les fondements de la république. Le droit naturel va aussi loin que les forces de chacun, mais chacun s'en démet entre les mains du Souverain pour éviter les luttes. Il est cependant un droit dont nul ne peut se défaire, encore qu'il le voulût : c'est la liberté d'opinion. Le droit des Souverains, tant sur les choses saintes que sur les profanes, ne regarde que les actions et le culte extérieur. Peu importe la foi-opinion. La religion, qui est obéissance, n'a rien à voir avec la connaissance où chacun est libre. On ne doit juger si la foi de quelqu'un est bonne ou mauvaise que par ses œuvres. La liberté d'opinion ne saurait être préjudiciable à l'Etat (1).
On le voit, le déisme est contenu dans le Traité théologicopolitique. Même sans tenir compte du « fatalisme » latent de Pouvrage, il s'en dégage un rationalisme essentiel, négateur de toute révélation privilégiée autre que la lumière universelle de la raison et de la conscience. Ainsi plus de théopneustie, de prophétie, de miracle. — La religion se réduit à la pratique de la justice et de la charité. La Bible est un livre de morale et de piété, non de philosophie et de science. — Elle est de plus un livre relatif et historique, comme tous les autres, et doit être étudiée par les mêmes moyens. — L'Ecriture laissant la raison libre, l'indépendance du philosophe à son égard est absolue. La liberté de conscience est un droit naturel ; elle entraîne la liberté de parole dont chacun peut user, sauf l'intérêt du Souverain et la paix de l'Etat. Le culte extérieur est indifférent, le magistrat peut le prescrire.
L'influence de Spinoza ne se limita pas aux petits cercles panthéistes dont M. Lanson a commencé l'étude (2) et aux athées tels que Meslier ou Fréret dont les impiétés manuscrites coururent longtemps sous le manteau. Elle est sensible à l'émotion des prédicateurs et des apologistes qui en constatent les ravages autour d'eux. Massillon attaque l'empressement des gens du monde à visiter Spinoza (3). François Lamy se justifie de le réfuter en