‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 233 sur 390 · Examen de l'Apologie de M. l'abbé de Prades s. 1. 1753 8o · texte numérisé non relu

Examen de l'Apologie de M. l'abbé de Prades s. 1. 1753 8o

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de %rader'oJZrZ"f^ des impiétés de la Thèse et de l'Apologie de M. l'abbé de Prades ou recueil de 9 écrits contre ces deux pièces et contre les imniété» des libertins de notre siècle. Montauban 1754 12 "mpiete»

prélidem de1« f ""^ ^'''':i''^' professeur à la'sorbonne, maître de Prades et Ti^ni. 1 ' , ^«"*^"»"ce de sa thèse, pensait qu* la religion révélée est un :Z'1Z1Z%T:1^^^^^^ naturene. ...,.o.. na'turalis, r Jwa^L T.

La thèse

Levée de boucliers générale

Pezron. Il parle sans égards des Pères et conteste enfin nettement

l'infaillibilité du pape. ^ , - *..„

L'émoi se justifiait. Même en faisant la part de la reaction convulsive du christianisme blessé, de l'envie jésuite, de 1 empressement du clergé à frapper celui des Encyclopédistes qu il pouvait le mieux atteindre, il reste que tous les critiques de la thèse ont senti la portée de ses concessions. C'est l'intrusion de l'esprit du siècle dans l'Eglise (1). '

Au moment où le matérialisme commence à dogmatiser (2), de Prades adopte la philosophie dont, à raison ou à tort, on le croit sorti. En histoire, il donne la main à Deslandes et à tous ceux qui affaiblissent la valeur d'un témoignage lointain et unilatéral. En critique biblique, il émet l'idée que les 3 chronologies qu'on peut tirer du texte de Moïse y ont été introduites après coup. On en retiendra le principe de l'altération possible de l'Ecriture. En théologie, il n'admet pas le double sens de Téconomie mosaïque et, par son apologie de la religion naturelle, exténue le rôle du Christ. Sa défection sur tous ces points marquait un recul général de la défense catholique.

Deux hérésies indignèrent particulièrement les autorités civiles et ecclésiastiques: le sensualisme et la notion d'un « état de nature » qui anéantissait le péché et fondait l'égalité des hommes.

La Censure de la Sorbonne (3) critique l'expression « substantiam igneam « appliquée à l'âme, l'affirmation de l'égalité naturelle, la suspicion jetée sur le Pentateuque (4), sur les faits attestes par deux ou trois témoins, le rejet de la preuve par les miracles et le mépris des Pères (5). Cayliis affirme la chute (6), le droit divin des rois, l'origine surnaturelle et non empirique de la loi

1 Prades n»était pas le seul ecclésiastique atteint par cet esprit. En 1752 le ^euneLomén^e de Brienne, âgé de 25 ans, admettait dans sa thèse de doctorat le i:n"aHsme?ïéfernité du monde et que l'autorité des princes vient en partie du neuDle II était lié avec d'Alembert, Turgot. Morellet.

"^TlaLiTrie : Histoire naturelle de l'âme 1745 ; - VHomme machine 1748 ; — Vénus métaphysique ou de l'Origine de l'âme 1751. ,^„^^

3 Christophe de Beaumont dans son Mandement ne fit que la dévelo,pper. 4. Par Tes doutes émis a.u sujet de la chronologie, et quand Prades msmue que Moïse ne prévoyait que des peines temporelles. ,^^»,«î^„«nt^

5 Prades estime que leurs raisonnements ne sont pas contraignants. l: ! Dans cet étalée nature pure, tel qu'on le suppose et ;j;^^l- ^"f/^^J^^ « ont intention de le réaliser, l'homme n'aurait POinireçud « «^;^/7/ « surnaturels et par conséquent n'aurait pu en être dépouille . il auraii été suiefnamort^lu^ maladies et aux autres misères de la vie comme nous le : otL^s à pr'és^nt. et cela sans être coupable, parce qu'il^'^^-raU pom eu « de oéché orijîinel >> p. 44. V. sur cette hypothèse de « 1 état de natu^Ç PonaHsT. De%usage It de l'abus de l'esprit philosophique durant le xvnr siéde >., 3' éd. Paris 1834, 2 v. 8« ; t. II, 228 sq.

morale, la nécessité de la foi en J.-C. (1) ; il exhorte avec émotion le clergé à lutter contre les incrédules, au moyen de l'apologie par les faits. Mais il se contente de dresser les vérités orthodoxes en face des erreurs, sans réfuter à proprement parler ces dernières.

UArrêt du Parlement juge fort sainement que l'inculpé soumet la foi à la raison et la raison aux sens (2), qu'il attribue une origine empirique à la société, aux lois, à la conscience (3), qu'il affaiblit les preuves victorieuses de la religion. Mais le magistrat devient téméraire quand il arrête que la plus ancienne histoire certaine des Chinois ne remonte qu'au ix* siècle avant J.-C. Il est surtout ému par la monstrueuse égalité naturelle. « Pour lui « (l'abbé) toute supériorité est une usurpation, toute domination « une tyrannie... Les rois mêmes, si l'on ose le penser, ne seraient « pas à l'abri de la vengeance de leurs sujets » (4).

Ce spectre de l'égalité a épouvanté Verthamon qui présage la fin du monde. La thèse « confondant tous les états et toutes les o conditions traite la subordination de droit barbare, l'obéissance « de faiblesse, la principauté de tyrannie... Jusqu'ici l'enfer avait « vomi son venin pour ainsi dire goutte à goutte ; aujourd'hui « ce sont des torrents d'erreurs et d'impiété qui ne tendent à « rien moins qu'à submerger la foi, la religion, les vertus, « l'église, la subordination, les lois et la raison » (5).

A qui la faute, dit Gourlin ? aux molinistes, qui depuis un siècle et demi fraient la voie au déisme en minant « les vérités qui sont comme l'âme de la religion » (6). « Le péché originel est le fondement et la base de tout l'édifice » (7). Or, d'une part ils ne cultivent pas le sentiment du péché et de l'impuissance de l'homme ni celui de la toute puissance de Dieu dans notre faiblesse, d'autre part « suivant leurs principes, le péché originel n'a fait aucune plaie

1. Le péché, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption sont-ils un simple développement de la religion naturelle ? L'attente du Sauveur (A. T.) et sa venue (N. T.) font la différence propre de la religion chrétienne.

2. A quelle école se formeront les ministres de la religion si l'on introduit dans l'Université « une théologie tout humaine » ? p. 32.

3. Bâtir sur l'hypothèse chimérique de l'état de pure nature, c'est « ne rien " attribuer à Dieu dans les rapports qui forment la société, ni à la religion « dans les lois qui la soutiennent, faire descendre la loi naturelle du vice et de « l'intérêt ». Ib.

6. Observations, p. 33. Gourlin a des remarques pénétrantes sur le rôle vivifiant de la croyance aux dogmes, où l'on veut voir un joug « qjii n'ait d'autre effet que d'abaisser notre orgueil, de captiver notre raison et de nous procurer le mérite d'une aveugle docilité ! » 33.

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« à notre âme : le seul changement qu'il ait produit a ete de „ nous dépouiller des dons gratuits et surnaturels dont Dieu avait « enrichi Adam... L'ignorance et la concupiscence ne sont pas „ des maladies, mais des suites et des apanages de notre na- « ture » (1) Les jésuites font bien de poursuivre de Prades, mais ils ne sont pas conséquents.

Oue répondit de Prades ?

A Verthanwn, qu'il aurait dû, depuis 20 ans, censurer des ouvrages bien plus pernicieux. A Ca.jlus, qu'il faut distinguer entre les vérités de la foi et les démonstrations qui les établissent. Celles-ci « ne peuvent être examinées avec trop de rigueur et ce « serait un blasphème que de les supposer incapables de soutenir ,, la critique des hommes » (2). Puis, prenant vigoureusemen l'offensive contre les jansénistes, il leur reproche d avoir fait « plus d'incrédules que toutes les productions de la philosophie... « C'est vous qui avez encouragé les peuples à lever un œil « curieux sur les objets devant lesquels ils se prosternaient avec « humilité... C'est l'incroyable audace avec laquelle vos fanati- « ques ont affronté la persécution qui a presque anéanti la preuve « des martyrs... C'est le spectacle abominable de vos convulsions « qui a ébranlé le témoignage des miracles... Vos déclamations . contre les souverains pontifes, contre les évêques, contre tous « les ordres de l'hiérarchie ecclésiastique ont presque achevé « d'avilir cette puissance » (3). . , .

A tous ses censeurs, de Prades répondit dans son Apologie, avec quelque subtilité (4). A l'appui des guérisons d'Esculape i invoqua, pour une fois, la tradition des Pères : le démon peut taire des miracles, - l'opinion de l'abbé Le Rouge, dénonciateur de sa thèse, et celle de M. de Bethléem qui l'avait taxée d impiété.

1 P 34 L'abbé Paris développe cette critique dans la Préface de sa ReUgion «enaée (1754) et fait un relevé auquel il n'y a rien à ajouter de tous les pomts dé fontaet du molinisme et du rationalisme. Il confond dans la même réprobation ^l^énl" rènenne. Do«, la Tasie et Pabbé le Rouge. Ces deux dern.ers

'"T'«i;"^iô"» ':urnlZc1tri ré.é,„e d-Au«rre. p. 86. dans le Recueil ae pttoefd^Tà ci," Il critique les « déclamations vagues de quelques theolog.ens f comre laTaison. On dirait, à les entendre, gue le, A»"""" - Z'ireZaTZ . dans le sein du christianisme que comme un troupeau de bêles entre dans une l é/able et qu'il faille renoncer au sens commun soit pour embrasser notre rel.- « gion soit pour y persister >». Ib.

4. L'intèrp(ilation de la chronologie mosaïque ne compromet pas l'authenticité du Pentateuque, puisque les 3 systèmes liés et suivis qu'on y trouve ne sont pa une altération kue à la négligence des copistes. - Le ^^^tq^ae Mo.se prome des rétributions temporelle, prouve la divinité de ^^,"^:,\^^^"; ..VcrcnrTjudaïque étant une constitution civile et politique ne devait pas offrir les carac tères d'une religion obligeaiU tous les peuples etc.. (c 6 et 7).

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A l'enCYCLOPÉDIE

Tous deux avaient prouvé contre les jansénistes que la guérison miraculeuse est un signe équivoque ; le surnaturel qu'il pouvait y avoir dans les guérisons de St Médard était Touvrage du démon comme les convulsions le montrent (1). '

Les protestants n'avaient pas encore dit leur mot. Boullier entre en lice parce que Prades n'a pas omis le développement deja classique sur le protestantisme père de l'incrédulité

Il défend les idées innées, réfute le paradoxe de Deslandes que 1 abbe a copie maladroitement, n'a pas de peine à montrer que sa conjecture sur les 3 chronologies intéresse bien la foi puisqu'il s'agit de l'histoire du monde, mais la faiblesse de sa critique sur deux points ne sert qu'à découvrir deux brèches irréparables • / économie mosaïque ignorait la vie éternelle, — les miracles ne prouvent plus (2).

En 1759, il fournit cependant un bon « discours » sur le discernement des miracles (3). Prades les rapporte, après Locke, a 1 action de lois inconnues ; mais un effet naturel, même iHouï se reconnaît toujours ; ainsi l'aimant, le télescope, les bombes pour qui les verrait la première fpis. « La rareté de ces phéno- « menés ou leur apparence imprévue n'empêchent personne « pourvu qu'il ait des yeux et de la raison de découvrir non préi< cisement la cause d'un tel effet, mais que cet effet dépend d'un « ordre établi dans la nature » (4). Dans les miracles bibliques Il y a une brusque interruption des lois sans aucune analogie avec des effets déjà connus, sans l'intervention d'agents corporels sans réitération facultative. « Qu'une seule fois en 4.000 ans un « seul homme ait marché sur l'eau sans y enfoncer, il est clair « que la loi de la pesanteur n'est point là suspendue par une « autre loi mais par une volonté particulière c'est-à-dire par un « miracle » (5).

Que résultait-il de cette mêlée ?

Sans parler de l'immense publicité faite aux idées de l'abbé de Prades (6), et de la sympathie que lui assurait cette lutte inégale avec les puissances augustes, la Sorbonne avait été une fois de plus odieuse et ridicule ; tous les partis chrétiens blessés par

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certitude évidente des évangiles. p » *«

riiînl^! vk"*?'* de meilleur sur le miracle préétabli d'Houteville c'est qu'il ruine la liberté par le déterminisme physique.

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